Peugeot 505 « Production »: une autre époque du sport automobile

Vendredi 18 novembre 2016
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J’ai toujours eu un faible pour les Peugeot 505. Pendant longtemps, je n’ai pas su pourquoi, mais je le sais aujourd’hui : cette berline statutaire (j’aime bien les berlines statutaires) faisait impeccablement le lien entre l’ancien Peugeot (avant les années 80) et le nouveau Peugeot (celui qui sort ses griffes, pendant les années 80) ; à l’ancienne (propulsion), sérieuse (descendante de la 504), classe (V6), sportive (Turbo injection, lire aussi : 505 Turbo Injection), 4×4 s’il le faut (lire aussi : Peugeot 505 4×4 Dangel), américaine (lire aussi : 505 USA) ou chinoise (lire aussi : La 505 en Chine); voiture mondiale quoi qu’il en soit, moderne mais traditionnelle, que bien des amateurs du Lion regrettent aujourd’hui.

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Et puis il y eut Michel Vaillant, dessiné par Jean Graton. Dans quelques albums, on pouvait voir des 505 de course luttant contre les Vaillante Commando, ou autres… Avec cette particularité qui me marqua : des phares avant teint en blanc. Il n’en fallait pas plus pour que le gamin que j’étais tombe amoureux de la 505, et de ses déclinaisons les plus puissantes ou sportives, GTI, V6, Turbo Injection, et bien entendu les versions « Production », « Trophée » et « Superproduction ».

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Parlons-en, tiens, de ces versions. Tout commence en 1976, lorsque la FFSA lance le Championnat de France de Production (poussé par le pilote Claude Ballot-Léna). Jean-Pierre Beltoise se greffe au projet, et pilote des BMW avec lesquelles il gagnera les deux premiers championnats (1976 et 1977). En fin de carrière en F1, Beltoise devient un ardent défenseur de ce championnat, mettant en piste des voitures finalement très proches de la série (d’où le nom, mais le règlement évoluera ensuite pour proposer plus de puissance et de spectaculaire). Pour promouvoir la série, il va tout d’abord créer une agence avec Philippe Gurdjian (qui ne laissera pas que des bons souvenirs) entre autres, NOSCAR. Contrairement à ce que l’on a pu dire, NOSCAR s’occupait de la promotion, mais le Championnat restait sous l’égide de la FFSA. Il va ensuite tenter d’intéresser les constructeurs français. Pour appâter le chaland, il va lui-même engager en 1980 une 505 préparée par Danielson, une 2 litres poussée à 188 ch (grâce à deux carbus double corps Weber au lieu de l’injection), et allégée à 870 kg.

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Cette 505 ne fera pas tout de suite des étincelles, mais aura le mérite d’attirer l’attention sur ce championnat, avec de nombreuses participations pas toujours officielles (BMW 635, Alfa GTV6, Renault Fuego, et même une Tablot Tagora dont je reparlerai). Il faudra pourtant atteindre 1982 pour que la 505 de Beltoise gagne enfin : Magny-Cours et Montlhéry). Les courses sont en tout cas spectaculaires, à touche-touche, hargneuse jusqu’à la fin, et rassemble un public de passionné relativement nombreux. Une sorte de DTM à la française.

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Pourtant, Peugeot ne s’engage pas vraiment, malgré un soutien amical. C’est grâce au Groupement des Concessionnaires des Automobiles Peugeot (GCAP) que les 505 sont engagés. En 1983, Peugeot sort enfin la version Turbo de sa 505, et offre une nouvelle base pour les 505 de Production. Dès lors on change de dimension : la nouvelle 505 dite Superproduction offre pas moins de 440 chevaux. La première année, les problème d’électronique n’aideront pas les concurrents, Beltoise en tête, mais aussi Jean-Pierre Jarrier, Jean-Pierre Malcher (pourtant vainqueur en 1981 sur BMW 320), ou Anne-Charlotte Verney. L’année suivante, la 505 passe à 550 chevaux tout de même… Entre 1984 et 1987, les 505 Turbo de production glaneront 8 victoires, 4 pour Beltoise, 4 pour Jarrier.

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Si Peugeot ne s’engagea pas directement dans le championnat « production » (qui deviendra Supertourisme en 1994) avec la 505, la démonstration donnera des idées : remplacer la coupe monotype Talbot Samba, formule de promotion, par le Trophée 505 en 1985. Histoire d’accompagner des ventes stagnantes, voire descendantes pour la grande berline. Les 505 Turbo de série perdent 40 kilos, et gagne presque autant de chevaux pour atteindre 200 canassons. On est loin de la puissance des 505 « Production » ou « Superproduction », mais il y a de quoi s’amuser sur circuit avec une propulsion. Surtout qu’ensuite, un kit permettra de faire passer la voiture à 230 ch. Le Trophée durera 3 saisons, jusqu’en 1987.

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Si la 505 ne fut jamais championne de France en Production, elle marquera à jamais une génération d’ado par son look agressif naturel (voire bodybuildée en « Superproduction »). Nous ne le savions pas à l’époque, mais il s’agissait de la dernière propulsion française, presque incongrue dans le paysage national, et c’est sans doute ce qui, inconsciemment, nous titillait. Ce fut aussi la dernière « grande berline française » à courir, si l’on considère que les 405, 406 et Laguna de Supertourisme étaient plus petites… Bref, toute une époque. Et puis les souvenirs ça déforme tout, ça rend beau ce qui était moche, ça rend puissant ce qui ne l’était pas toujours, ça rend victorieux tout le temps (alors qu’en réalité…). La 505 Production ? Une belle madeleine de Proust !

Au coeur du Championnat de France de Production, avec Jean-Pierre Beltoise:

En savoir plus sur les 505: Club 505

Crédit Photo: DR (je recherche le propriétaire des photos en noir et blanc, que je n’ai pas pu retrouver)

 

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15 commentaires

Eddy123

Le 18/11/2016 à 13:57

Il y a eu des 505 de circuits aux USA…
Moi j’adore la 505 US. .. mieux proportionné surtout les feux arrières. ..

vavon205

Le 18/11/2016 à 13:59

Trop fort! A exactement le même temps en plus!

vavon205

Le 18/11/2016 à 13:57

Tu savais que les 505 ont même couru aux Etats-Unis?

Michel

Le 18/11/2016 à 14:50

Mince Doc BROWN a piloté une 505 et a gagné des courses, pourquoi a t-il pris une DE LOREAN pour faire une machine a voyager dans le temps? 😀

Eddy123

Le 18/11/2016 à 18:05

Par ce que « Quitte à voyager dans le temps au volant d’une voiture, autant en choisir une qui ait de la gueule ! »
Et aussi la carrosserie en acier inoxydable facilite la dispersion des fluides ou autres, je ne souvient plus bien de la réplique… 🙂

Adrien B..

Le 18/11/2016 à 14:08

Haaaaa l’influence de la bande dessinée…

Je dois dire que malgré mes 22 ans, Michel Vaillant a autant d’influence dans mon amour de l’automobile que les jeux vidéo dans lesquels je pouvais prendre le volant de ces bolides qui me faisais tant rêver…

YO

Le 18/11/2016 à 20:10

Sympa le reportage d’epoque !

fc30

Le 18/11/2016 à 22:23

Moi aussi j’aime bien la 505 (et encore plus la version US), à mon sens la dernière « vraie » Peugeot, propulsion un peu rustique mais increvable, un peu comme les Mercedes de l’époque… A partir de la 205, ce fut une autre tendance à mon avis très influencée par Simca/Talbot, donnant lieu à de brillants produits mais avec une philosophie très différente.
Je pense que Peugeot aurait dû laisser l’entrée et milieu de gamme à Simca
et se concentrer sur des « grosses » voitures propulsion en adoptant un positionnement qui avec le temps aurait pu se rapprocher de ceux de Mercedes et BMW (Citroën, lui, aurait adopté un positionnement « décalé » orienté technologie et originalité sur tous les segments).

Vincent

Le 19/11/2016 à 00:10

Dans mon cher département de la Mayenne se trouve un garagiste un brin passionné, un peu BR d ailleurs (304 , nuova Giuletta ou 348 TB),autant dire que la boutique attire malgré son anodine enseigne Peugeot en bord de nationale.Et c est la bas que j ai pu croiser un soir en bord de route (si si) une 505 superproduction ,déco d’époque, moteur tournant (et quelle sonorité avec le tromblon devil court).
Un genre de souvenir qui marque surtout de façon aussi imprevue

Malo

Le 19/11/2016 à 12:40

Elle est super la 242 production !

Maranhello

Le 20/11/2016 à 08:55

« il s’agissait de la dernière propulsion française »… disons plutôt la dernière berline propulsion française de grande série. Dans l’absolu, l’Alpine A610 est sortie plus tard, tout comme un certain Spider Renault Sport. Mais on est certes très loin de l’esprit de la 505 qui marque en effet la fin d’une époque.

Pierre V.

Le 20/11/2016 à 22:52

Lors d’une course du championnat Production, j’avais gagné un concours organisé par le GACP : super souvenir d’un tour de circuit (ancien tracé) au côté de Guy Fréquelin ; la 505 Turbo envoyait velu, avec une poussée typique, assez on / off : sacré souvenir !!!

Paul

Le 20/11/2016 à 22:56

Ahhhh j’adore ce genre de souvenirs !!!

Pierre V.

Le 20/11/2016 à 22:57

Oups… Magny-Cours, oubli réparé !

Pierre

Le 14/08/2017 à 01:35

Et dire que j’en vois une production presque tous les jours

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