Pierre Honegger : une vie d’aventures automobiles

Publié le mercredi 30 janvier 2019.
Mis à jour le vendredi 29 mars 2019.
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Pour un amateur d’automobile comme moi, les 24 Heures du Mans représentent l’une des courses les plus mythiques du monde mais aussi l’une des plus exigeantes. Aussi, pouvoir discuter avec un pilote plein d’humour et de recul ayant participé à deux reprises à l’épreuve mancelle ressemble à un privilège. Pierre Honegger s’est prêté avec gentillesse à cet entretien, racontant avec un plaisir non dissimulé les anecdotes de sa vie de pilote.

Pierre Honegger est quelqu’un d’étonnant. Lorsqu’il évoque sa vie, on aperçoit un homme plein d’entrain, enthousiaste, bienveillant et toujours prêt à changer de carrière ou de vie, pourvu que cela soit amusant ou stimulant. Né en Suisse, vivant aux Etats-Unis, il commence sa carrière en tant que journaliste/photographe au Time Magazine. L’homme est curieux, ne se prend pas au sérieux et ce qui l’intéresse c’est de raconter des histoires : toutes les qualités d’un journaliste en somme.

De journaliste à garagiste

Il aurait pu suivre une voie toute tracée, celle d’un grand reporter travaillant pour un canard réputé, parcourant le monde puis revenant à Boston pour profiter de la bonne société de la côte Est. Mais c’est mal le connaître. Le hasard le fait hériter d’un garage Mazda, transformant notre journaliste en garagiste. C’est avec l’enthousiasme qui le caractérise qu’il va se lancer dans une nouvelle aventure.

Dans les années 70, Mazda n’est pas très bien implantée aux USA. Leurs produits sont techniques et différents : après les abandons de Citroën (GS Birotor) et de NSU (Ro80), seule la marque japonaise persiste dans l’utilisation du moteur à piston rotatif. En qualité de concessionnaire, Pierre Honegger va rapidement devenir consultant pour les japonais aux USA. 

Pilote de course pour Mazda aux 24 heures du Mans

Il s’agit alors de développer un réseau de concessionnaires et les japonais ont besoin d’être “drivés”. Pierre Honegger n’hésite pas à comparer les nippons aux anglais : leur qualité d’insulaires les rend différents et parfois hermétiques à la pensée continentale. Petit à petit, notre homme va non seulement aider au développement du réseau Mazda en Amérique, mais se constituer un petit groupe de 5 concessions Mazda mais aussi Honda.

C’est encore le hasard qui fera de lui un pilote de course. Ses liens avec Mazda lui permettent de participer à la première participation de la marque japonaise aux 24 Heures du Mans avec une RX7 coursifiée et mise en conformité du groupe 4. Avec de faibles moyens, Pierre Honegger, Mark Hutchins et Ernesto Soto terminent à la 21ème place : des débuts encourageants qui pousseront Mazdaspeed à poursuivre l’aventure directement, avec des RX7 d’usine et sans Honegger.

Celui-ci n’abandonne pas la compétition : un proto destiné au Groupe C, fabriqué en Italie mais équipé d’un moteur rotatif, servira à participer à diverses courses aux Etats-Unis, notamment les 24 heures de Daytona en 1981. Ces expériences pousseront Mazda à s’investir toujours plus en endurance, jusqu’à la victoire de 1991 avec la désormais célèbre 787.

Pilote de Mig

De son côté, Pierre Honegger poursuit ses multiples vies, développant ses concessions, voyageant autour du monde et développant son réseau dans le milieu de l’automobile. Il fait ainsi la connaissance d’un ancien pilote de course devenu le premier constructeur automobile de la principauté de Monaco : Fulvio Ballabio, créateur de MCA (Monte Carlo Automobile) et qui produit tant bien que mal la Centenaire, une supercar à moteur V12 issue de la Lamborghini Countach. Présentée en 1990, pour le centenaire de l’Automobile Club de Monaco (d’où son nom), la voiture ne trouve pourtant pas son marché et MCA se retrouve rapidement en difficulté financière.

Pour se renflouer, Ballabio va s’engager dans une rocambolesque aventure qui mènera Pierre Honegger vers une deuxième participation au Mans. La jeune république de Géorgie désire faire sa promotion et pense pouvoir atteindre ses objectifs grâce au sport automobile. On achète deux Centenaire à Ballabio, on les re-baptise Mig 100 et on engage un des deux exemplaires aux 24 heures du Mans 1993. Cette étonnante Mig intrigue tout le monde dans le paddock. Son équipage est constitué de Philippe Renault, Gianpierro Consonni et notre ami Pierre Honegger, entraîné dans l’aventure par son ami Fulvio Ballabio.

Avec les 720 chevaux tirés du V12 Lamborghini modifié par Motori Moderni, la Mig peut atteindre 350 km/h en ligne droite. Malgré cela, son agilité laisse à désirer et malgré la ténacité des pilotes, elle n’arrivera pas à se qualifier. Pour Honegger, cette deuxième participation tourne court, mais il se rappelle avec humour de cette période : “je me souviens que le chef de l’Eglise Orthodoxe de Géorgie voulait bénir à grand coup de seaux d’eau les pilotes et la voiture au milieu du paddock, c’était épique”. L’aventure Mig se termine et MCA sera revendu en 1996 à Mega qui développera sur cette base la Monte Carlo, qui restera aussi sans suite.

L’aventure c’est l’aventure

Peu importe pour Pierre Honegger qui poursuit sa route. Désormais, il ne courre plus officiellement mais aime à conduire ses voitures dans les courses historiques. On le retrouvera aussi à participer au Canonball au travers des Etats-Unis. Avec le sourire en coin, il s’amuse : “on avait une Mazda trafiquée bien sûr et notre sponsor principal, c’était un fabricant de papier à cigarette pour pétard”. Des aventures comme ça, il en a des centaines en stocks, avec des courses, des histoires d’hommes, des belles voitures et même parfois des parrains de la Mafia napolitaine.

Aujourd’hui, Pierre Honegger alterne voyages autour du monde et le calme du Perche où il s’est installé, lui et sa collection de voitures anciennes. Il a repris avec un associé un ancien piano-bar à Mauves sur Huisne, le rebaptisant bien évidemment “Le Volant” et devant lequel trônent parfois quelques unes de ses voitures.

Images : DR, LAT Photographic, ACO, Ouest-France

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1 commentaire

brumos

Le 04/06/2019 à 12:31

Belle opportunité d’avoir faire les 24h du Mans et aussi de DAB à une époque ou c’était surement plus facile …mais quand meme , bien joué !

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