Pontiac Fiero : ersatz de sportive ?

Publié le mardi 28 janvier 2020.
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Un deuxième article en 2 semaines sur une mini sportive à moteur central, serais-je atteint d’un syndrome ou d’un virus ? Si l’article sur la MR n’est pas étranger à celui qui suit, je dois avouer que ces curiosités automobiles m’ont toujours plu, grâce à leur côté exclusif, mais aussi accessible. C’est évidemment le cas de la Fiero, une autre voiture digne d’intérêt.

Le prototype de la Pontiac Fiero et ses créateurs en 1981

Si les premiers chocs pétroliers ont sonné le glas des grosses motorisations V8 américaines et des muscle-cars, il faut leur reconnaître aussi de bons côtés. Ils auront notamment permis l’internationalisation du marché américain, avec l’arrivée de produits plus adaptés à la mobilité et à l’économie de l’époque. Ces marques, japonaises en tête, vont alors se permettre quelques fantaisies pour améliorer leur image encore bas de gamme. Pour lutter, les « historiques » vont donc développer des châssis compacts à petits moteurs. Si les berlines perdent globalement de leur superbe (grosses voitures avec empattement court, impliquant d’immenses porte-à-faux), certaines tirent plutôt bien leur épingle du jeu. C’est le cas de la Fiero.


Sportive abordable

Le projet naît en 1978. Initialement pensé pour recevoir un petit V6 (histoire de ne pas concurrencer la Corvette), la seconde crise de 79 va rapidement le réorienter vers un petit coupé économe. Ce sera donc un plus modeste 4 cylindres qui équipera la Fiero. Les cours du pétrole redescendant, le moteur cubera tout de même 2 500 cc, mais avec une puissance ridicule au vu de la cylindrée : 93 chevaux ! Contrairement à ce que laisse croire l’architecture, pas de quoi se réjouir devant la fiche technique… 

Une série limitée “Indy pace car replica” sera lancée à 2 000 exemplaires

Le 4 cylindres reste calibré pour limiter la consommation, associé à une boîte manuelle 4 vitesses assez longue, et il n’est pas plus aidé par les 1 135 kg à vide de la voiture. Pour vous donner une idée, à 120 km/h, le moteur tourne à peine à 2 500 trs/min. Digne d’un sixième rapport de diesel ! Si la consommation en profite (moins de 5 litres au 100 annoncés en extra urbain), le caractère est, lui, en berne et les performances plus proches de la vieille X1/9 que de la nouvelle MR de chez Toyota, avec un 0 à 100 en 11.9 secondes. Une boîte auto 3 rapports est évidemment proposée, mais augmente la consommation et abaisse les performances.


Propulsion et moteur central arrière

Il s’agit quoiqu’il en soit d’une base populaire chez GM puisque, comme le moteur, l’ensemble provient de modèles compact et traction. La General Motor ayant alloué un budget très limité au développement de l’auto, les ingénieurs se contentent de retourner le châssis pour installer le moteur en position centrale, et rendre les roues arrière motrices. Le reste des parties mécaniques suit, avec des suspensions, freins et pneus de grande série, rendant la Fiero peu adaptée aux sportifs.


Mais la Pontiac, malgré son curieux positionnement, va rencontrer le succès grâce à un prix agressif inférieur à 8 000$ (7 999 pour être exact, on n’a rien inventé…) quand la Fiat en vaut presque 11 000 ! Elle bénéficie aussi d’une campagne de lancement réussie (Pace Car aux 500 miles d’Indianapolis et Darryl et Hall comme parrains). Résultat : 136 000 exemplaires écoulés la première année.

La Pontiac Fiero GT, légèrement différente, notamment dans sa partie arrière

Un design réussi

Il faut dire que le design est plutôt réussi : lisse, large, basse, agressive avec les gimmicks de la sportive de l’époque, phare pop-up en tête. La Fiero en impose et semble bien plus robuste que sa frêle concurrente italienne. À l’intérieur, c’est l’Amérique : énorme tunnel de transmission, gros bloc de plastique, il manque de charme à mon goût, mais peut prendre un peu de cachet selon les couleurs proposées. Mais pour l’originalité, prière d’aller voir ailleurs, si ce n’est les aérateurs latéraux joliment intégrés ou la plaque métallique du tableau de bord.


Des options supplémentaires vont accompagner la vie de la voiture qui restera toujours à la page côté look, avec l’introduction d’un pare-choc avant plus enveloppant sur la GT (inspiré de la pace car des 500 miles). Mais c’est surtout en 1986, avec l’arrivée d’une version fastback, qu’elle devient plus désirable, allant jusqu’à être confondue avec une nouvelle Corvette ! En 1987, l’option T-Top fait son entrée au catalogue, permettant l’achat d’une voiture à la carte. Une étrange version, appelée Mera, est même vendue à partir de 1987 dans le réseau Pontiac sur la base de la Fiero : il s’agit tout simplement d’une réplique de Ferrari 308 GTB/GTS.

La Pontiac Fiero Mera, réplique distribuée dans le réseau de la marque d’une célèbre italienne !

Fiabilité perfectible et image dégradée

Le look ne sera pas le seul à évoluer. Comme il est de coutume aux USA, chaque millésime apporte son lot de nouveautés. En 1985, une boîte 5 rapports est proposée. D’un point de vue moteur, le tir est rectifié en 1986, avec l’arrivée d’un V6 de 140 chevaux. Les suspensions sont alors raffermies, et la monte de pneus plus larges améliore le comportement. Ce coup-là, on est prêt à lutter contre la Toyota MR, qui bien que moins vendue, rencontre un succès d’estime sur le marché américain. 

Malheureusement, c’est ce moteur qui sonnera le glas de la Fiero. Pour entrer dans le compartiment, les ingénieurs vont réduire la taille du carter d’huile, provoquant des surchauffes, voire des départs d’incendies sur 135 moteurs. Qui plus est, le réservoir se retrouve réduit à 38 litres, menant à une autonomie ridicule, particulièrement au pays des grandes lignes droites. Les soucis du V6 vont être réglés au fil des millésimes, mais paradoxalement, GM décide d’arrêter les frais en 1988, année où le modèle rencontre enfin la fiabilité voulue et est équipé de nouvelle suspensions, développées spécifiquement !


Succès commercial 

L’image dégradée aura donc raison de la Fiero, dont les chiffres de ventes se sont effondrés sur cette année 1988. Pourtant, Pontiac préparait déjà sa remplaçante. Aujourd’hui, elle garde aussi la réputation d’une fausse sportive, un peu ringarde, et un peu de voiture de kéké (la faute aux répliques parfois ratées dont elle sert de base ?). Elle n’en reste pas moins désirable pour qui cherche une voiture connue, mais que l’on voit peu. Pas rare, elle s’est même bien vendue en seulement 4 ans : 370 168 exemplaires ! Des chiffres à comparer aux 160 000 X1/9 (en 15 ans) ou aux 10 680 Matra Murena.

Vous pouvez chercher une Fiero en France, les annonces ne sont pas nombreuses, mais fréquentes. Avec elle, vous aurez quand même accès à un morceau d’Amérique, une marque assez sexy, un ersatz de sportive, et une voiture confortable, plus adaptée au marché européen que ses grandes et grosses sœurs.

Texte : Maxime Mouliney

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