Pontiac Star Chief Custom Bonneville 1957 : l’hommage à Ab Jenkins

Publié le mardi 10 septembre 2019.
Retour

Le plus souvent, l’utilisation de noms mythiques de l’automobile n’est qu’une pure opération marketing. Mais il arrive que cela soit aussi tout bonnement un hommage. C’est le cas de la Pontiac Star Chief Custom Bonneville convertible qui commémore la disparition de David Abbott “Ab” Jenkins peu de temps auparavant, après avoir une fois de plus conquis des records pour Pontiac sur les pistes du désert salé de Bonneville. Retour sur cette voiture en série limitée, la plus rare produite par Pontiac à ce jour.

Les Mormon Meteor II (en haut) et Meteor III (en bas)

Pour comprendre pourquoi cet hommage n’est pas anodin, il faut remonter le temps. Ab Jenkins est né en 1883 dans l’Utah et fait fortune dans le bâtiment et les travaux publics, mais il a une passion : la vitesse. Tel Mr Pump dans la série Jo, Zette et Jocko de Hergé, Ab passe son temps libre à battre des records. En 1925, au volant d’une Studebaker, il bat de 5 minutes le train de l’Union Pacific reliant Salt Lake City à Wendoven (à l’est du désert de Bonneville). L’année suivante, il vise plus haut encore en reliant New-York à San Francisco en 86 heures et 20 minutes, soit 14 heures d’avance sur le train. Par la suite, il va s’attaquer aux records de vitesse dans son Utah natal, sur l’ancien lac de Bonneville devenu un désert de sel : un endroit idéal et sans obstacle permettant les records les plus fous.

Ab Jenkins seul (en haut) ou avec son fils Marvin (en bas)

Bonneville et la Mormon Meteor

Sous l’impulsion de la passion dévorante de Jenkins, Bonneville devient un haut lieu la haute vitesse, comme à l’époque Daytona Beach ou Montlhéry. Ab Jenkins, en bon mormon, ne boit ni ne fume et s’avère particulièrement résistant dans les épreuves d’endurance. Il est capable de conduire 24 heures d’affilée là où ses concurrents se relaient, et sa réputation grandit avec les années. Quelque soit l’engin, il aime aller chercher les limites, que ce soit avec un tracteur Allis-Chalmers ou bien une Pierce-Arrow.

Ab Jenkins, star de la vitesse aux Etats-Unis, fait de la publicité (en haut) et bat des records avec Pontiac (en bas)

En 1934, grâce au soutien du PDG de Duesenberg, Errett L Cord, Jenkins s’attaque à nouveau au record sur 24 heures avec une Duesenberg Special conçue exclusivement pour lui. Il bat le record mais ne le conserve que quelques jours, le pilote anglais Georges Eyston ravissant la couronne avec une voiture dotée d’un V12 Rolls-Royce d’aviation de 700 chevaux. Piqué au vif, Jenkins rachète la Duesenberg pour l’équiper elle-aussi d’un moteur d’avion, un V12 Curtiss Conqueror de 25,7 litres et 750 chevaux. Un concours est lancé dans les pages du Salt Lake City Desert News pour lui donner un nom : ce sera la Mormon Meteor, un nom qui s’explique par la forte présence de la communauté mormone dans l’Utah. A force de modifications sous la supervision d’Augie Duesenberg et réalisées par Marvin Jenkins, le fils d’Ab, la voiture prend le nom de Mormon Meteor II et bat le record de vitesse à nouveau. En 1937, une Mormon Meteor III voit le jour, au châssis plus adapté au puissant moteur, pour aller encore et toujours plus vite.

La Pontiac Star Chief Custom Bonneville rend hommage à Ab Jenkins, promoteur du désert salé de Bonneville.

Retour à l’endurance avec Pontiac

Pendant la guerre, les courses sont “suspendues” et Ab Jenkins se reconvertit dans la politique, devenant maire de Salt Lake City sans dépenser un dollar en campagne électorale, preuve de sa popularité. Une fois la guerre terminée, il rempile à nouveau, jusqu’à ce qu’un accident (heureusement sans gravité) ne le pousse à se ranger des voitures en 1951. Pourtant, en 1956, la marque Pontiac, du groupe General Motors, va le faire sortir de sa retraite pour accrocher un nouveau record avec la 860 (une version de la Pontiac Chieftain). Ce dernier défi à Bonneville l’enthousiasme et, avec son fils Marvin, il va rouler 2 861 miles à la vitesse moyenne de 118 km/h. Quelques temps plus tard, revenant d’un match de baseball avec les dirigeants de Pontiac, ses souvenirs des débuts lui remontent et il se met alors à leur raconter ses aventures, sans jamais atteindre la fin : il décède d’une crise cardiaque en plein milieu de son récit. L’Amérique automobile venait de perdre un champion.

La Star Chief Bonneville en hommage

En son honneur, Pontiac va donc prendre son modèle déjà haut de gamme Star Chief pour base et réaliser un cabriolet particulièrement bien équipé mais aussi doté d’un V8 à injection de 5,7 litres particulièrement puissant (317 chevaux). Voiture de luxe, la Star Chief Custom Bonneville coûtait presque deux fois le prix d’une Star Chief classique dont elle dérivait (soit 5 782 dollars contre 3 105). Seuls 630 exemplaires furent produits, à raison d’un par concessionnaire Pontiac.

Autant dire que cette première Bonneville (ce nom deviendra dès 1958 celui d’un modèle à part entière) est particulièrement rare et recherchée. Hommage à un grand homme, initiatrice d’une lignée, typiquement américaine dans sa carrosserie, suréquipée, puissante et véloce, elle a tout du collector pour amateurs éclairés. A condition d’en trouver une, de convaincre son propriétaire de vous lâcher ce petit bout d’histoire automobile américaine et de vous délester d’une coquette somme, assurément.

 

Articles associés

Soyez le premier à commenter cet article

Aucun commentaire

Laisser un commentaire