Porsche 356/B Carrera GTL Abarth : une Porsche à l’italienne

Publié le mercredi 14 décembre 2016.
Mis à jour le jeudi 18 octobre 2018.
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La Porsche 356/B Carrera GTL Abarth est une voiture particulièrement séduisante. Certains n’aimeront peut-être pas sa ligne avec son long capot fin et son popotin rebondi, certains préféreront même les lignes originelles de la 356, mais l’alliance du sorcier italien en devenir et de la jeune marque de sport allemande ne peut que faire rêver. Sa rareté alliée à l’explosion des prix des voitures de collection la laissera irrémédiablement dans le domaine du rêve, mais qu’importe, c’est ça aussi l’automobile : rêver et imaginer plutôt qu’envier (même si parfois, les ventes aux enchères relèvent de la distribution de confiture aux cochons, mais passons).

Ceux qui ne connaissent pas l’histoire d’Abarth peuvent s’étonner de cette alliance germano-italienne alors que l’Axe n’existe plus depuis lontgtemps. Elle est pourtant logique, même si à l’origine du projet, c’est Zagato qui devait s’occuper d’une version compétitive de la 356 alors trop lourde pour rivaliser en GT avec les productions italiennes justement. Approchée en 1959, la carrosserie milanaise va commencer à travailler sur cette version GT de la Porsche 356, mais de peur de se brouiller avec son principal donneur d’ordre, Alfa Romeo, concurrent de Porsche à l’époque, elle va préférer renoncer. C’est alors que Porsche va se tourner vers une vieille connaissance : Carlo Abarth.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Abarth n’est pas un « pur italien ». Né à Vienne d’un père italien et d’une mère autrichienne, il est germanophone autant qu’italophone. Il ne cessera avant guerre d’aller et venir entre Italie et Autriche, et se prénomme encore Karl. Dans les années 30, il fait la connaissance d’Anton Piëch, le gendre de Ferdinand Porsche (on en parle un peu ici : l’histoire de Wolfsburg). Il semble le fréquenter suffisamment pour épouser sa secrétaire, c’est dire que les liens sont d’ores et déjà solide entre les deux familles. Après avoir passer à toute la guerre en Slovénie, à Ljubljana, il retourne en 1945 en Italie, en prend la nationalité, et abandonne le très germanique Karl pour un Carlo plus « couleur local ».

A partir de 1946, Abarth va représenter Porsche en Italie, distribuant les brevets de ce qui n’est encore qu’un bureau d’étude et d’ingénierie. Il va aussi s’associer avec Piero Dusio au sein du projet CIS Italia (qui deviendra Cisitalia). A la demande de celui-ci, il va faire jouer ses relations avec la famille Porsche pour obtenir les droits et brevets de l’Auto-Union Grand Prix conçue par Ferdinand Porsche. L’aventure tournera court en 1949, mais ce petit intermède historique permet de comprendre quels liens unissent Abarth et Porsche !

En 1959, les choses ont changé : Porsche est devenu un constructeur d’automobile sportive en vogue, tandis qu’Abarth va gagner en renommée en préparant pour la course des modèles Fiat de série. Lorsque Zagato jette l’éponge, c’est donc auprès du vieil ami Karl (pardon, Carlo) que les Porsche se tournent. Ils sont persuadés à l’époque qu’il faut, pour pouvoir rivaliser avec les italiens, s’allier avec un italien… ou presque. La communication est facile (Carlo parle allemand), l’officine est compétente, et la voiture de base bien née malgré la prise de poids au fur et à mesure des nouvelles versions.

Justement, le problème de la 356B c’est son poids. Profitant d’une faille du règlement d’engagement en catégorie GT, Abarth va trouver la solution. En effet, à l’époque, il n’y a pas d’obligation d’une carrosserie identique à la version de série, pourvu que la poids de la voiture de course ne soit pas moins lourde de 5 %. Abarth va faire appel en vitesse au designer Franco Scaglione qui va dessiner une toute nouvelle carrosserie. Plus légère certes, mais surtout plus aérodynamique, offrant un surcroît de performance. En septembre 1959, le contrat est passé pour 20 exemplaires et une option pour 20 de plus, tous destinés à la course.

La production commence en 1960. Les 3 premières voitures dont les châssis et moteurs viennent de chez Porsche commence chez le carrossier Rocco Motto à Turin. Les carrosseries sont en aluminium (ce qui explique le gain de poids). Cependant, la qualité des 3 premiers modèles laisse vraiment à désirer, et rapidement, la production est rapatriée chez Abarth, qui construira 17 ou 18 modèles supplémentaires durant l’année 1960 (il existe 21 numéros de châssis, mais il semblerait qu’une des voitures construites, détruite dans un accident, ait été reconstruite avec un nouveau numéro de châssis, d’où les doutes sur le nombre « réel » de voitures produites).

A l’origine, les 356/B Carrera GTL (c’est leur petit nom officiel) disposent d’un Flat four Porsche de 1,6 litre et 115 ch, mais rapidement, cette puissance passera (grâce à la modification de l’échappement notamment) à 128 puis 135 ch. On trouvera aussi quelques exemplaires dotés d’un 2 litres développant entre 155 et 180 ch (pour un poids de 780 kg, ça laisse songeur). Les suspensions sont améliorées par rapport à la 356/B de base, mais les GTL conservent les freins à tambour (plus tard, des freins à disque expérimentaux seront testés sur certains modèles, notamment celui des 24 heures du Mans 1960).

Cependant, tout ne restera pas au beau fixe entre Abarth et Porsche. Le constructeur allemand se plaindra tout d’abord de la piètre qualité des constructions italiennes (et oui, c’était déjà comme ça au début des années 60), mais aussi de problèmes de direction. Sans parler des retards dans la fabrication des voitures. Porsche va donc à la fin de l’année 1960 signifier la fin de la collaboration avec Abarth. Il n’y aura donc pas les 20 voitures supplémentaires prévues en option.

Pourtant, la 356/B Carrera GTL « Abarth » ne va pas démériter en course, au contraire. Elle démontrera un excellent potentiel. Dès la Targa Florio, la GTL remporte sa catégorie, et finit 6ème du général. Elle gagne (dans sa catégorie là encore) aux 24 heures du Mans (1960, 1961, 1962), les 1000 km du Nurburgring (1960, 1961, 1962, 1963) sans compter de nombreuses autres courses de moindre importance. Cela ne fera pas revenir Porsche sur sa décision, et la Carrera GTL restera la seule collaboration de l’allemand avec Abarth, qui se consacrera désormais à d’autres voitures, italiennes, pour finir dans le giron de la Fiat.

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6 commentaires

Babre

Le 14/12/2016 à 10:43

Etrange beauté… a l’instar de certaines femmes au nez aquilin!

Mat Ador

Le 14/12/2016 à 11:14

Magnifique histoire et non moins magnifique auto que vous me faîtes découvrir; Merci !

Greg

Le 15/12/2016 à 11:28

Au sujet du moteur, ne pas oublier que, s’agissant d’une « Carrera », on a à faire au moteur « Fuhrmann » à 4 ACT et vilebrequin Hirth à rouleaux 😉
Il s’agit bien du très coûteux moteur de course qui distingue toutes les 356 « Carrera » du tout venant 😉
Question à Paul: une explication sur les photos d’illustration, qui montrent des disparités significatives?
Avant-avant dernière photo = feux arrière de 356B, c’est la norme pour une Carrera Abarth
Avant dernière = feux ronds à la mode italienne? Pas la même série?
Dernière photo = roues tôle type 906 « Carrera 6 » (à vue de nez, bien trop larges pour venir d’une 901/911 contemporaine) or les Carrera Abarth ont des freins à tambour, la 356 ne recevant des disques qu’à partir de la spécification C (ne pas confondre avec 356 B T6 qui ressemblent comme 2 gouttes d’eau…)

Paul

Le 15/12/2016 à 11:35

S’agissant d’une petite série, avec des améliorations constantes, je ne suis pas étonné de certaines différences. Comme indiqué dans l’article, les Abarth ont à l’origine des freins à tambours, mais certains modèles (notamment pour le Mans) recevront des freins à disque « expérimentaux »…. Ensuite, certaines modifications ont peut-être été effectuées depuis par les propriétaires… En si petite série, chaque exemplaire est en quelque sorte une pré-série sans cesse améliorée 😉

Jota

Le 15/12/2016 à 21:48

On me dit dans l’oreillette que Porsche fera bientôt les 20 exemplaires non construits, il parait que cela se fait en ce moment!

Greg

Le 16/12/2016 à 10:19

En effet, Aston Martin a annoncé la mise en production de 25 DB4 GT!!!
Les numéros de série « prendront la suite de ceux attribués aux modèles construits entre 1959 et 1963 ».
Et les heureux clients qui auront déboursé 1 million et demi de livres -c’est cadeau, moitié moins qu’une originale au cours du jour!!!- recevront des cours de pilotage sur circuit.
Cela répond par avance aux questions d’homologation et de respect des normes actuelles: si la DB4 GT Continuation (c’est son nom) est faite pour le circuit, il faut comprendre « en creux » qu’elle ne sera pas homologuée pour circuler sur la voie publique.
Pour ma part je commence à mettre 2-3 sous de coté pour une 250 GTO « continuazione » à prix cassé! 😀

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