Rallycross de Lohéac: le show avant tout

Vendredi 8 septembre 2017
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Boîtier Rouge a suivi de l’intérieur la manche française du championnat du monde FIA de Rallycross. En intégrant l’écurie Volkswagen Motorsport, Niko vous livre les secrets de cette compétition qui monte.

Un peu d’histoire

Le Rallycross et la Bretagne c’est une longue histoire qui remonte à 1976. Une “rencontre” que l’on doit à Michel Hommell (celui-là même qui créera quelques années plus tard la Berlinette Echappement, construite à Lohéac d’aileurs, lire aussi : Hommell Berlinette). Celui ci est alors le jeune et dynamique éditeur des magazines Echappement et Auto Hebdo. Lors d’un voyage en Belgique, il assiste à une course de Rallycross et c’est le coup de foudre. De retour à Lohéac, le jeune éditeur rencontre le maire du bourg breton et lui propose d’organiser une épreuve. Le village au 500 âmes se mobilise et un tracé de 850 mètres est dessiné dans un champ. Avec l’aide du comité des fêtes et de l’écurie Bretagne on organise ce qui sera la première épreuve française de la discipline.

Le 5 septembre 1976 ce sont 38 pilotes de 4 nationalités différentes qui s’affrontent sur le tracé de terre battue sous les yeux de 10 000 spectateurs accompagnés des commentaires enflammés de Stéphane Collaro. Pescarolo et Ragnotti qui ont répondu présents sont sous le charme de cette compétition sur terre. Suite à ce premier succès et au plus gros embouteillage que Loheac n’ai jamais connu, un championnat est créé dès l’année suivante.

Les règles du jeu

Le championnat du monde de rallycross est appelé World RX et la manche française est toujours organisée à Lohéac. Le World RX c’est 12 épreuves disputées autour du globe. Chaque week-end de course débute par les manches qualificatives, qui sont au nombre de 4. Cinq bolides s’affrontent au cours d’une manche destinée à choisir qui participera aux demi-finales. La qualification se fait au temps et non au classement.

Les choses sérieuses commencent alors avec 6 voitures par demi finale placées sur une grille de départ en fonction de leur temps en qualification. Les 3 premiers de chacune des deux  manches vont en finale. Les courses font 4 tours puis 6 à partir des demies-finales. Les pilotes ont l’obligation d’emprunter une fois par course “le tour joker”. Il s’agit d’une boucle plus longue qui rejoint le tracé juste avant la ligne d’arrivée. Le but étant d’apporter un supplément de spectacle et de ménager le suspense. Les pilotes sont en contact radio avec un “spotter”, un membre de leur équipe qui les informe sur l’état du trafic et le moment idéal pour emprunter le tour joker.

Les points au championnat sont distribués à l’issue des demi-finales (6 points pour le vainqueur puis dégressif d’un point) et de la finale (8 points au premier, puis 5, 4, 3, 2, 1). A Lohéac, 4 catégories de voitures s’affrontent : les RX Lites, Touring Car, Super 1600 et Supercar. C’est cette catégorie qui nous intéresse et que l’on va suivre au sein de l’écurie Volkswagen Motorsport.

Présentation de la Volkswagen Polo

Volkswagen c’est l’équipe à battre dans ce championnat du monde. Leader incontesté du championnat, Johan Kristoffersson est l’homme en forme du moment. Déjà victorieux en 2016, il fait office de favori en Bretagne même si un Loeb évoluant à domicile ne l’entend pas de la même oreille.

Les caractéristiques du bolide sont impressionnantes. Surtout si on les compare à une WRC par exemple . La Polo est pourvue d’un moteur 2 litres pour respecter le règlement. Ce moulin, équipé d’un Turbo, développe la bagatelle de 600 chevaux pour un couple de 900 Nm. La base du châssis est celle d’une Polo de série sur laquelle on vient adapter une carrosserie spécifique. Les 4 roues motrices sont indispensables avec autant de puissance mais la boîte reste manuelle! Les assistances sont interdites, ici c’est le pilote qui fait la différence.

Le moins qu’on puisse dire est que le résultat est à la hauteur de la fiche technique. Les supercars sont comparables au mythiques Groupe B, aussi bien en performance qu’en spectacle. Pour vous donner un ordre d’idée, sachez que le 0 à 100 est avalé en 1,8 secondes. C’est mieux qu’une Formule 1 au démarrage. Ici tout est étudié pour avoir une accélération optimale au détriment de la vitesse de pointe, peu utile vu la taille des circuits.

Les enjeux sportifs

Depuis quelques années le championnat tend à sérieusement se professionnaliser. Depuis toujours affaire d’écuries privées, le Rallycross a vu l’arrivée officielle de gros constructeurs. Ford associé au Hoonigan Racing de Ken Block, Peugeot impliqué officiellement dans la structure scandinave Hansen, Audi Sport avec EKS, puis l’arrivée officielle de Volkswagen Motorsport, ont fait monter la compétition de plusieurs crans. En attirant les stars et les constructeurs, on interpelle le public. Il fallait voir la foule présente devant le stand de Sébastien Loeb pour comprendre que la majorité des spectateurs présents sur le circuit Breton avait choisi leur favori. Résultat, malgré le temps Breton du dimanche, le week-end de course a attiré 75 000 personnes, constituant un record dans la discipline.

Pour marquer de son empreinte le championnat, Volkswagen Motorsport s’est assuré les services de la meilleure paire de pilotes disponible. Les statistiques parlent d’elles même. Peter Solberg, double champion de la spécialité en 2014, 2015 est un pilier solide de l’équipe et son équipier Johan Kristoffersson s’est hissé en tête d’un championnat marqué par ses 3 victoires d’affilée en Norvège, Suède et Canada, au cours des 7 premières manches.

Derrière ça grimace et même l’ogre Audi ne parvient plus à maintenir le rythme. Chez Peugeot on peut compter sur la présence du champion Loeb pour accomplir des exploits mais chez Ford on subit cette saison 2017. Effet pervers de cette mainmise des constructeurs, les privés ne peuvent que ramasser les miettes.

Alors qu’une saison coûtait 700 000 euros pour les écuries privées, on me fait comprendre que ce chiffre a explosé avec l’apparition des constructeurs. A voir la taille des motorhomes Peugeot ou VW je n’en doute pas une seconde. Mais dès notre arrivée à Lohéac à l’aube de ce week-end, je suis frappé par l’ambiance familiale et détendue de l’organisation. Le site est à taille humaine et le public a accès au paddock et au village adjacent situé juste derrière la piste. On observe alors des choses impensables sur d’autres championnats pro. Les voitures traversent la foule avant et après chaque manche, les pilotes se prêtent volontiers au séances photo et autographes. Pour qui a déjà connu un grand prix de Formule 1 ou des 24 Heures du mans c’est le jour et la nuit.

Entre chaque manche les équipes ont un temps imparti pour réparer les véhicules et effectuer les réglages. Toutes les opérations se font sous les yeux d’une foule compacte avec qui les membres des équipes n’hésitent pas à échanger. Imaginez vous à Monza, Suzuka ou Spa, tailler la causette avec un mécano Ferrari ou Mclaren pendant que celui ci dépose une boîte ou un moteur. Bien sûr avec l’arrivée des stars, cette proximité atteint ses limites et il est plus compliqué de parler cambouis avec Sébastien Loeb qu’avec Cyril Raymond, champion du monde RX2.

Et c’est parti pour le show , le stade est chaud

L’avantage du Rallycross c’est que le spectacle ne connaît pas de temps mort. Du vendredi midi avec la parade des pilotes jusqu’au dimanche après midi 16h avec la finale, les épreuves s’enchaînent. Le samedi les essais permettent au pilotes de peaufiner les réglages avant d’entamer les choses sérieuses en début d’après midi avec les séances qualificatives. N’allez pas croire que ça se traine en prévision de la course du dimanche. Dès les qualifs le spectacle est là. Ca se double, ça se frotte, ça glisse et tout ce petit monde est déjà au taquet.

Après avoir assisté au manches des catégories inférieures, je croise dans le paddock un Sébastien Loeb au regard déterminé. De toute évidence galvanisé par le soutien du public Breton, l’Alsacien n’est pas venu pour étendre du linge. Je me précipite vers la tribune située sur la ligne de départ pour assister à la mêlée. A elle seule, la procédure de départ des manches est un vrai spectacle. Les voitures patientent dans une file traversant le paddock puis s’avancent vers une pré-grille puis font cirer leurs boudins jusqu’à leur emplacement afin de faire monter les gommes en température.

La ligne droite est courte et le premier virage fait office d’entonnoir pour les 6 pilotes de la manche. Sébastien Loeb sous la hola de la foule prend le meilleur départ et passe les premiers virages en tête. L’écart grandit assez rapidement sur les poursuivants mais à l’approche du dernier tour rien n’est joué. En effet Sébastien, qui a profité de sa position de tête pour claquer un chrono sans être gêné doit encore emprunter le tour joker. Le public de Loheac est debout pour un seul homme, le speaker perd sa voix dans le micro, et c’est un Loeb plein de confiance qui nous gratifie d’un joli saut et déboule dans le dernier virage avec une confortable avance. Loeb est qualifié, le plus dur reste à faire. Le premier enseignement de ces qualifs est que sur terrain sec la Peugeot 208 de Loeb est dans le rythme.

J’en profite pour aller faire un tour dans le stand VW où m’attend le staff de Solberg et Kristoffersson. Ici tout est réglé au millimètre et rien n’est laissé au hasard. Le team manager nous explique que le temps imparti pour les réparations et opérations de maintenance est compté et que chaque intervention est chronométrée. Kristoffersson me confie que la pluie annoncée pour le lendemain est de bonne augure pour le team. La Polo GTI étant très à l’aise sous la pluie grâce à sa motricité au dessus de la concurrence.

Dimanche de glisse

Notre arrivée sur le site le dimanche matin me fait dire que je vais devoir dire adieu au blanc immaculé de ma nouvelle paire de pompes. La boue a pris possession du site et les ponchos fournis par le Team VW  prennent ici tout leur sens. Au moins on va assister à de belles glissades et pas seulement sur la piste. Les manches se succèdent et en fin de matinée la dernière qualif des World RX place Johan Kristoffersson en tête et Sébastien Loeb en 3ème position. La prédiction de la veille semble bonne. On peut observer la maîtrise des Polo dans ces conditions difficiles. A l’oeil nu, la vitesse de sortie de virage semble faire la différence, le français se bat comme un diable et rien n’est encore joué pour la finale qui s’annonce grandiose.

Après cette belle bataille je remonte jeter un oeil  sur la manche des Rallycross Legend. Si vous êtes nostalgique des Groupe B, cette course est faite pour vous. Ici les anciennes gloires du rallye se retrouvent pour offrir un spectacle inespéré. Les 205 Turbo 16 de la grande époque affrontent leurs concurrentes contemporaines. Citroën BX 4X4, Austin Metro 6R4 (lire aussi : MG Metro 6R4), Ford Escort Cosworth, les gloires des années 80 font le spectacle.

The final countdown

La grille de départ de cette finale du championnat du monde est composée de Johan Kristoffersson sur la Polo GTI, suivi de Timmy Hansen et Sébastien Loeb, tous les deux sur Peugeot et de Petter Solberg et Mattias Elkström. La foule retient son souffle contrairement au speaker du circuit qui lui, semble être au bord de l’AVC et devra sûrement sucer des pastilles toute la semaine pour récupérer l’usage de la parole. Dans la tour officielle surplombant le circuit, les spotters en liaison radio avec leurs pilotes sont concentrés, à commencer par Tommy Kristoffersson, père de Johan. A l’extinction des feux, ce dernier prend le meilleur départ et franchit en tête le premier virage. Sous son aileron arrière, Hansen et Loeb lui collent au train. Pris dans le trafic, Elstrom et Solberg effectuent leur tour joker.

A l’issue des 3 premiers tours marquant la mi-course Kristoffersson a réussi à creuser un écart presque confortable sur les deux lionnes qui ont inversé leurs positions. Mais tout reste à faire pour les 3 hommes de tête qui ne sont pas encore passés par le tout joker. C’est à cet instant que Hansen voit tous ses espoirs réduits à néant suite à un problème technique. Il se fait doubler par les poursuivants et Mattias Elkstrom le gratifie même d’une petite poussette. Ça sert à rien mais c’est joli. Sébastien Loeb, unique Peugeot rescapée choisit alors ce moment pour se débarrasser de son tour joker.

En tête le pilote VW enchaîne les tours parfaits. Les trajectoires sont acérées, la glisse parfaitement maîtrisée, rien ne semble pouvoir perturber Kristoffersson dans ses œuvres. Le public est encore debout. Malgré le froid, malgré la pluie, malgré la fatigue, le tonnerre gronde dans les tribunes. L’atmosphère est remplie d’électricité et l’homme de tête se décide à mettre fin au suspense dans l’ultime boucle en empruntant la voie du tour le plus long. A la sortie le match est plié, c’est avec une très confortable avance qu’il franchit la ligne d’arrivée. Le demi dieu Loeb fait mieux que sauver l’honneur avec une belle seconde place. Le public exulte, et d’immenses gerbes d’étincelles saluent le champion à son passage. On se croirait à un concert de Johnny, un autre monument national.

Au championnat Kristoffersson établit un nouveau record avec cette 4ème victoire d’affilée et conforte sa place de leader avec 241 points, devant son équipier Solberg et ses 195 unités. La prochaine étape sera en Lettonie le 15 septembre. Sachez que les courses sont retransmises sur l’Equipe 21. Je ne m’étais jamais rendu sur une manche de Rallycross et je dois avouer qu’à l’issue de ce week-end je suis absolument conquis. Les places sont accessibles (58 euros pour le week-end complet), on est au coeur de l’événement avec un accès permanent au stands et au paddock. Tout est pensé pour le spectacle. La bagarre en piste est permanente, les contacts nombreux, en tribune on voit tout le circuit, et l’ambiance est incroyable. Ici les stars côtoient les amateurs et tout ce petit monde est content d’être là, surtout qu’il y a de la galette saucisse au menu.

Tout le monde est logé à la même enseigne, à commencer par nous, VIP pieds dans la boue et rincés, pris au piège du traditionnel bouchon de sortie de parking, nous avons loupé notre train. C’est aussi ça le World RX et c’est terriblement Boîtier Rouge !

Pour découvrir l’ambiance de Lohéac, je vous propose de suivre notre amie Monika, de l’excellentissime magazine Champion:

Photos : Jack Stouvenin, Niko Laperruque, Volkswagen France

 

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3 commentaires

Eric

Le 08/09/2017 à 20:11

wow,… la première photo après les vignettes de 205,la Wv au freinage? 1 peu style 5 Turbo deux en course de cote (hé hé)
Rageux de ne pas avoir de circuit comme ça dans ma région …smile

Eric

Le 23/09/2017 à 21:10

mea culpa, il s’agissait de R5 Turbo et non Turbo 2 !! malédiction ..Heureusement que je lis le Boitier Rouge de temps à autre !

Greg

Le 11/09/2017 à 13:26

C’est bien l’une de mes disciplines préférées depuis fort longtemps! 😉
Dès 1987 les groupe B exclues du Championnat du Monde on trouvé refuge en Rallycross: 205 T16 (Fréquelin), Delta S4 (Saby), Maxi Turbo (Roussel, un privé qui avait élaboré seul dans son coin une transmission 4×4!) en championnat de France, Metro 6R4 et Ford RS200 en championnat d’Europe…
Cette année l’Equipe 21 diffusait aussi le Global RX, la série américaine qui est survolée par… les VW Beetle de Tanner Foust et du bien nommé Scott Speed…

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