Range Rover mk2 P38A : une histoire de transit !

Mercredi 6 janvier 2016
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Le Range Rover de 2ème génération, appelé P38a par les spécialistes, est un Range un peu particulier. Aujourd’hui, on en est à la 4ème génération, et chacun a pu s’habituer à l’évolution de la bête, mais Dieu qu’il était difficile en 1994 de remplacer l’iconique tout-terrain anglais qui sévissait sur les routes du monde entier depuis 1970. 24 ans de carrière auront permis à ce Range « Classique » de marquer les esprits de tous les amateurs de bagnoles (et pas seulement de 4×4) et de devenir une légende au même titre que son concurrent allemand, le Mercedes Classe G (lire aussi : Mercedes Classe G). Il suffit de regarder le P38a pour s’apercevoir qu’il a été conçu dans un unique but : ne surtout pas choquer le client habituel de Land Rover, et assurer la filiation avec le Range Classic.

Cette photo des 4 générations de Range permet de bien en voir l'évolution stylistique !
Cette photo des 4 générations de Range permet de bien en voir l’évolution stylistique !

Tout commence dans les années 80. Plus les années avancent, plus le besoin de remplacer le Range Classique se fait sentir. Oh bien entendu, il continue à se vendre plutôt bien, et surtout plutôt cher, car le Range a lentement évolué depuis son lancement, passant d’un statut de baroudeur à celui de véhicule de standing à capacité tout-terrain, ce qui n’est plus tout à fait pareil. Lentement, l’embourgeoisement s’était emparé du Range, tandis que les tarifs augmentaient aussi. D’autant plus qu’en 1989 apparaissait un Discovery plus accessible et moins luxueux. Pourquoi changer une méthode gagnante ? C’est officiellement en 1988 qu’est lancé le projet de remplacement du Range Rover Classique (sous le numéro 38A) avec deux objectifs majeurs : rassurer le client type du Range en proposant une ligne immédiatement identifiable comme un Range, mais aussi séduire de nouveaux clients (notamment ceux qui roulent en Classe G).

P38 02

Il n’y a rien de plus dur que de remplacer un mythe : si vous en faites trop dans la nouveauté, on vous taxe d’iconoclaste, mais si vous restez trop sage, on vous condamne pour manque d’imagination. Autant dire que les équipes chargées de ce challenge ne devaient pas en mener bien large. Pour éviter une trop grande pression, et pour mettre toutes les chances de son côté, la direction décide de mettre en concurrence plusieurs officines de design : le design interne Land Rover (of course) mais aussi Pininfarina, Bertone, Ital Design et les designers britanniques John Hefferman and Ken Greenley (qui seront à l’origine du Ssangyong Musso). Une compétition dont seuls le bureau de style maison et Bertone sortiront vainqueurs, avec le droit d’une maquette grandeur nature.

P38 05

Le nouveau Range allait-il recevoir un style plus italien ? La proposition de Bertone est à vrai dire assez intéressante, mais sans doute trop novatrice pour Land Rover qui s’appuie sur des études de consommateurs pour valider son choix : le nouveau Range devra rester très classique. Il est évident que la clientèle de ce type de véhicule est assez conservatrice, et la situation du Groupe Rover ne permet pas l’échec sur un tel véhicule. La marque va donc jouer la prudence en choisissant la proposition interne.

P38 01

C’est donc le projet Pegasus qui est choisi. C’est ainsi que le nom de code adopté aujourd’hui par les spécialistes pour le distinguer de ses frères est apparu : le projet 38A récupère le P de Pegasus pour devenir P38A (souvent raccourci en P38). D’autres parlent du nom du Hangar P38 de Solihull pour expliquer son nom. A vous de choisir la légende qui vous va le mieux ! Parlons-en de ce style. Si le P38 paraît bien plus moderne que le « Classique », il en garde les fondamentaux : les proportions sont identiques, et l’impression d’un toit flottant au dessus des vitres reste entière. En les voyant de loin, on peut avoir l’impression que seuls les phares avant changent (devenant rectangulaires sur le P38). En fait tout change, mais seulement en terme de design. Techniquement, le P38 est cependant plus une évolution du Classique qu’une vraie nouveauté. Il est basé sur le châssis du Classique LWB (Long Wheel base), dispose de la suspension pneumatique des Range LWB apparus en 1992 (était-ce pour tester la solution ?).

P38 04

A ses débuts, le Range récupère le fameux V8 Rover de 4 litres, développant 185 ch, et un 6 cylindres en ligne Turbo Diesel de 2,5 litres pour 136 ch. Ce moteur remplaçait à point nommé l’antique diesel VM, et avait été choisi chez BMW. Ironie du sort, lorsque le Range Rover P38 sort en septembre 1994, la marque bavaroise avait racheté Rover et Land Rover dans l’année ! En 1995 apparaissait une nouvelle évolution du V8 Rover, cubant 4,6 litres et développant 218 ch. A sa sortie, le P38 ne choque personne, et rassure la clientèle : l’objectif est atteint. Mais avec le recul, difficile de ne pas le trouver très (trop?) timoré. Son design paraît déjà un peu daté (il me fait penser au Rayton Fissore Magnum dessiné par Tom Tjaarda et sorti au milieu des années 80 (lire aussi : Rayton Fissore Magnum). Mais pouvait-il en être réellement autrement ?

P38 06

Le P38 poursuivra sa carrière tranquillement jusqu’en 2002, avant qu’une 3ème génération plus ambitieuse sans doute ne vienne le remplacer. Entre temps, il aura connu quelques versions spéciales, comme celle du 50ème anniversaire de la marque, ou alors la plus désirable d’entre elle, en 2000, issu d’un partenariat avec la célèbre marque britannique Holland & Holland et dont seulement 400 exemplaires furent produits (dont 300 pour les USA et 100 pour le marché anglais). Ce partenariat sera repris plus tard sur la 3ème génération de Range par Overfinch (lire aussi : Overfinch).

Le Range P38 Holland & Holland, sans doute l'un des plus désirables !
Le Range P38 Holland & Holland, sans doute l’un des plus désirables !

Aujourd’hui, le P38 est cependant un excellent choix : moins rustique que les premiers Range orientés baroud, moins recherché que les Range Classique orienté « luxe », et moins cher que les Range de 3ème et 4ème génération qui restent des valeurs sûres de l’occasion, le P38 permet de toucher du doigt le mythe, sans se ruiner pour autant. Il faudra cependant se contenter d’un look moins vintage que les premiers, moins bling bling que les suivant, plus passe-partout. En résumé, le P38 est avant tout un modèle transitoire ce qui lui donne une valeur historique intéressante. A vous de voir !

Pour en savoir plus sur le développement du P38, je vous encourage à dévorer l’article paru sur l’excellent site britannique AROline: Range Rover P38 Development History

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6 commentaires

mOX

Le 06/01/2016 à 23:11

Salut Paul,

Je trouve que ce P38 ne vieillit pas. Mais est-ce qu’un Range-Rover vieillit ? Aujourd’hui encore il semble plus élégant que bien des SUV qui lui ont emboîté le pas. Et puis un Range ce n’est pas seulement une auto mais c’est un morceau d’Angleterre, un passeport à 4 roues pour les week-ends à la campagne. Un savonnette à vilain qui vous transforme en gentleman farmer livrée avec un chien, un fusil de chasse et une paire de bottes… La vraie vie ? Jag la semaine, Range le week-end et… Ferrari pour les vacances (la Jensen, elle reste au garage).

Bises.
MD

wolfgang

Le 07/01/2016 à 13:57

Le plus beau c’est pour moi le Vogue série 3 noir avec cuir clair. C’est la Jag du 4×4.
Le nouveau série 4 est moins bien. D’ailleurs le 3 n’était pas démodé, ils auraient pu garder le même design qui était plus classique et plus élégant.
Le 1 a beaucoup vieilli, il fait presque 4×4 pur et dur.
Le 2, esthétiquement je l’ai toujours trouvé sans intérêt. Comme tout le monde j’ai été déçu des par les phares rectangulaires. Mais en contrepartie, sa cote est plutôt faible.

Julien

Le 08/01/2016 à 13:56

C’est pour fêter le rachat par BMW qu’il porte un nom de flingue allemand ?

JN

Le 17/08/2016 à 13:01

Un engin très confortable et qui en impose, mais une fiabilité pas terrible, notamment à cause des 2.5 DT/DSE équipés du moteur BMW, un véritable nid à emmerdes.

Gilles

Le 03/05/2017 à 14:14

Le moteur BMW n’a pas remplacé le VM mais le 300tdi qui a remplacé lui même le 200tdi qui lui a remplacé le VM (qui a d’ailleurs encore été monté au debut du 200tdi)

Suisse

Le 29/04/2018 à 18:13

Overfinch qui a réalisé une version dotée du V8 6.2 de la Corvette pour remplacer son modèle 5.7 basé sur le Range Classic. Cet Overfinch 63S était même doté de feux de croisement au xénon.

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