Rayton Fissore Magnum : le SUV de luxe un temps trop tôt

Publié le mercredi 23 juillet 2014.
Mis à jour le jeudi 25 octobre 2018.
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Je vous avais déjà parlé de Giovanni Malvino lors de la tentative de renaissance de la marque Isotta Fraschini (lire aussi: Isotta Fraschini T8). Il fût aussi à l’origine d’une marque qui dura un peu plus longtemps : marié à la fille du carrossier Fissore, il relance l’activité sous le nom de Rayton Fissore.

Au départ, il ne s’agit que de continuer l’activité de carrosserie en proposant des prototypes, mais aussi des véhicules blindés (à la façon de Labbé en France par exemple). Mais au début des années 80, Malvino a une vision : proposer un 4×4 de luxe, pour concurrencer le Range Rover alors seul sur son marché. Il prend donc son bâton de pèlerin pour aller convaincre les grands constucteurs italiens Fiat et Iveco : peine perdue, personne n’y croit. Qu’à cela ne tienne, Malvino décide de le réaliser lui-même.

C’est Tom Tjaarda, le créateur de la de Tomaso Pantera qui sera chargé du design, tandis que la base choisie est celle du 4×4 militaire Iveco WM 40-10 raccourcie. En 1984, le prototype Magnum est enfin présenté au public. Le look est assez moderne et éloigné des canons utilitaires de l’époque (même si aujourd’hui il paraît plutôt daté) et surtout l’intérieur est ultra luxueux, tout tendu de cuir. Outre un 2 litres Fiat de 138 ch, Rayton Fissore propose aussi le V6 Busso d’origine Alfa (2,5 litres et 160 ch), ainsi qu’un diesel VM 2,4 litres de 110 ch. Malgré un accueil mitigé, la production est lancée

Sans déchaîner les foules, le Magnum rencontre pourtant son petit succès. Il sera importé en France par Auverland par exemple. Surtout, l’Etat italien commande 1500 exemplaires pour la police, les Carabiniers ou les gardes forestiers. De quoi assurer un certain volume à Rayton Fissore. En 1989, le Magnum II (légèrement restylé) reçoit des moteurs BMW (6 cylindres turbo diesel 2,4 litres 125 ch et 6 cylindres essence 3,4 litres de 211 ch). Mais Malvino a d’autres ambitions : conquérir l’Amérique avec son 4×4 de luxe. Le calcul n’est pas idiot, mais tout ne sera pas aussi simple.

Alors que les ventes en Europe baissent, la société Laforza aux USA commence à importer le Magnum sous sa propre marque. Les véhicules sont mis aux normes chez Pininfarina, puis sont envoyés dans le Michigan chez Cars & Concepts pour y recevoir un moteur Ford V8 de 5 litres de 187 à 320 ch. Laforza est mise en faillite en 1990. L’histoire pourrait s’arrêter là, mais Badrahn Entreprises décide de relancer la marque en rachetant Laforza et en achevant 150 Magnum en cours de fabrication et en les écoulant en Arabie Saoudite.

En 1993, Rayton Fissore arrête la commercialisation du Magnum II en Europe, faute de ventes suffisantes. Aux Etats-Unis en revanche, Monsters Motorsports relance la marque Laforza à partir de 1994, en rachetant des exemplaires non finis à Badrahn (50 en 94, puis 43 en 95), avant de signer un accord de distribution exclusif avec Rayton Fissore en 1996. En 1998, un nouveau Laforza Magnum, redessiné par Tom Tjaarda, est présenté, et la production redémarre en Italie, à destination exclusive des USA où il sera vendu jusqu’en 2003.

Au total, depuis 1984, près de 6000 Magnum auront été construits, dont 1200 à destination des USA. Le Magnum aura payé cher son concept avant-gardiste (aujourd’hui, l’idée d’un SUV de luxe n’est plus incongrue, contrairement au début des années 80), son prix trop élevé, et son design un peu maladroit. On en trouve aujourd’hui en occasion à un peu tous les prix, et dans toutes les finitions. Certaines versions, équipées du V6 Busso ou du 6 cylindres en ligne BMW, sont particulièrement intéressantes. En tout cas, si vous désirez rouler original dans un SUV d’exception, pensez au Magnum !

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1 commentaire

francoistasiaux

Le 17/01/2015 à 19:57

Lire aussi le témoignage de Tom Tjaarda (« Thoroughbred & Classic Cars » de janvier 2015 page 45) qui apporte quelques anecdotes, rejoint et complète cet excellent article.

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