Renault 16 TX : mamie fait de la résistance !

Publié le jeudi 21 mai 2015.
Mis à jour le vendredi 5 juillet 2019.
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Il m’arrive de pouvoir tester des autos neuves, ou de me balader dans des autos anciennes, mais pouvoir tester une automobile ancienne aussi neuve qu’à sa sortie d’usine, cela ne m’était jamais arrivé. Pourtant, je vous le garantie, la R16 TX qui m’a servi de monture hier après-midi était encore plus rutilante qu’en tombant des chaînes de Sandouville en 1973 : moquettes impeccables, carrosserie sans rayures ni bosses, plastiques et sellerie sentant le neuf, chromes brillants et compartiment moteur aussi propre que possible, sans tâche ni noirceur. Non vraiment, la R16 TX que j’avais entre les mains était parfaite.

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Une belle Renault 16 d’époque

Par quel miracle une voiture de cet âge (42 ans tout de même) pouvait se retrouver dans cet état ? Tout simplement parce que la belle était passée entre les mains expertes des membres de l’équipe Renault Classic, structure basée à l’usine Renault de Flins et chargée d’entretenir le patrimoine automobile du constructeur français. Et croyez-moi, rentrer dans cet atelier, c’était comme rentrer dans un magasin de jouets : R5 Turbo, Espace F1, Alpine et Interlagos, Formules 1, et bien entendu une tripotée de R16 toutes plus neuves les unes que les autres, ainsi que leurs prototypes (étude à 4 portes dits projets 114, prototype de coupé/cabriolet…). Et encore n’était-ce qu’une petite partie des véhicules en attente ou en cours de restauration.

La R16 est une affaire d'homme, à tel point que Publicis utilisera une photo de Yves Georges et son équipe pour annoncer le projet !
La R16 est une affaire d’homme, à tel point que Publicis utilisera une photo de Yves Georges et son équipe pour annoncer le projet !

Si l’atelier était plein de ces R16 (des Supers, des TS, des TA, de TX et même un modèle export ou un modèle 3 places revenant du Monte Carlo historique qui se planquait discrètement sur le parking au milieu de modèles anonymes et modernes), c’était parce que cette année se fête les 50 ans d’un modèle devenu mythique. Et si j’étais là, c’était pour profiter de la superbe campagne du Vexin et des boucles de la Seine pour tester « comme une moderne » ce modèle révolutionnaire pour Renault.

FAMILLE SUR LE DEPART

Petit flash back dans les années 50 ! En 1955, Pierre Dreyfus prend les rênes de la Régie Renault suite à la mort du PDG Pierre Lefaucheux après un accident de voiture. Il n’est pas ingénieur, mais juriste, et apporte avec lui une nouvelle vision de l’entreprise, mettant au centre l’homme plus que la technique. Il lui donnera un nouveau souffle en attirant de jeunes talents venus d’horizons variés. Parmi eux, Yves Georges qui deviendra le patron du Service Etudes. En 1958, conscient de l’échec de la Frégate, alors le haut de gamme chez Renault, et désireux de lancer un véhicule capable de consolider les positions du constructeurs aux Etats-Unis notamment, Dreyfus donne le feu vert pour l’étude du projet 114. Le brief est simple : une voiture de standing « 6 glaces », destinée essentiellement à séduire une clientèle américaine alors que les ventes de Dauphine commencent à s’essoufler là-bas.

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Avec un tel carnet de route, les propositions du service études vont naturellement s’orienter vers une berline tri-corps, à moteur 6 cylindres en ligne à l’avant et propulsion, classique et statutaire. Mais la tournure que prend le projet 114 ne plaît pas au dynamique président de Renault, qui finira par signer son arrêt de mort en février 1961. Pour autant, Dreyfus n’a pas fait une croix sur un véhicule coiffant la gamme, mais son esprit disruptif le pousse à explorer d’autres horizons. Il demande alors à Yves Georges et à ses équipes de réfléchir autrement, à imaginer « la voiture qu’ils aimeraient avoir », laissant une part de liberté et d’imagination à des ingénieurs et designers qui n’attendaient que cela. Ce qu’il veut ? Prendre le contre-pieds de la concurrence et proposer quelque chose de nouveau !

Renault 16 TX vert - 1975

Le lancement réussi de la Renault 4 donne alors des idées du côté de Billancourt : pourquoi ne pas décliner le concept dans une version plus grande, plus statutaire (moins camionnette quoi!), et plus performante ? C’est ainsi que démarre l’aventure du projet 115. Reste un souci de taille : Renault a perdu du temps avec le projet 114, et Dreyfus demande à Georges de se débrouiller pour rattraper le temps perdu. Et notre camarade, galvanisé par un président novateur et des équipes motivées, va trouver les solutions pour raccourcir les délais. D’une part, il récupérera tout ce qu’il était possible de récupérer du projet 114 pour raccourcir les études (le 6 en ligne créé pour le 114 sera amputé de 2 cylindres pour donner naissance en un temps records à un 4 cylindres alu par exemple), et surtout, il révolutionnera la conception automobile en réalisant les études et l’ingénierie simultanément (méthode qui sera par la suite appliquée par tous les constructeurs).

Renault 16 TX0_© B. Canonne

C’est donc vers une modèle totalement nouveau que s’oriente Renault : traction avant, moteur central avant, ligne « bi-corps » avec une cinquième porte à l’arrière (la porte de service qu’on appellera plus tard hayon). A l’intérieur, la voiture s’adapte aux nouvelles demandes des utilisateurs, qu’ils soient des villes, des champs ou de la banlieue, cette terre nouvelle qui n’a à l’époque rien à voir avec ce que l’on connaît aujourd’hui. Pas moins de 6 possibilités d’aménagement sont proposés, ce qui en fait la première voiture « modulaire » : une voiture à vivre en somme !

Renault 16 TX1_© B. Canonne

Le dessin si particulier mais aujourd’hui si familier de la Renault 16 sera l’oeuvre de Gaston Juchet. Contrairement aux idées reçues, Philippe Charbonneaux, à qui l’on attribue souvent la paternité de l’oeuvre, n’aura qu’un rôle de consultant, contribuant notamment au dessin de l’arrière, afin de lui ôter toute image « d’utilitaire » d’un hayon trop abrupt. Malgré un style novateur, la R16 reste une « 6 glaces » et doit pouvoir séduire une clientèle bourgeoise.

Renault 16 TX4_© B. Canonne

Lancée en 1965 (soit tout juste 4 ans après le lancement du projet 115, un temps record au lieu de 6 habituellement), la Renault 16 mettra quelques temps à s’imposer tant elle innove en beaucoup de points. Mais petit à petit, elle prendra une place de choix dans le cœur des français, offrant une réelle alternative à sa rivale la Peugeot 404, bien plus classique de conception. Elle sera par ailleurs élu voiture de l’année en 1966 devançant la Rolls Royce Silver Shadow, excusez du peu. A tel point même qu’elle restera en production jusqu’en 1980, date à laquelle la dernière Renault 16 TX tombera des chaînes après 1 845 959 exemplaires.

Renault 16 TX2_© B. Canonne

Ce n’est qu’en 1973 qu’apparaîtra la version la plus huppée de la 16, la fameuse TX. Et comme je suis snob, c’est bien entendu celle-là que j’ai choisie : moins pure que les premières, mais correspondant plus à mon standing. Rendez-vous compte : fermeture centralisée des portes, vitres électriques à l’avant, autant de petit plus qui font la différence. Sous le capot, le 1,6 litres développe 93 chevaux pour un poids contenu à 1060 kg. Ca paraît rien aujourd’hui, mais c’était quelque chose dans les années 70. En option, on pouvait rendre la voiture encore plus premium avec des sièges en cuir, un système à air conditionné, ou le toit ouvrant.

Renault 16 TX5_© B. Canonne

A la conduite, passées les premiers kilomètres à digérer les particularité de la voiture (direction non assistée qui « fait les bras », surtout dans les virages serrés qui montent à la route des Crêtes au dessus de la Roche-Guyon ; dosage du freinage non assisté lui aussi ou de l’accélérateur ; gestion de la boîte de vitesse « au volant », très agréable et bien guidée une fois qu’on en a compris le fonctionnement), on finit par la trouver étonnamment moderne. Performante, souple, voire moelleuse, rageuse si l’on monte dans les tours, elle s’insère très facilement dans une circulation « moderne » (même si elle n’est pas faite pour la circulation urbaine d’aujourd’hui), on en descend après plus de 100 km avec le sourire jusqu’aux oreilles. Ou comment découvrir une nouvelle façon de conduire sans pour autant souffrir le martyr. C’est un excellent moyen de remonter le temps sans trop se sentir largué.

Renault 16 TX7_© B. Canonne

Si j’ai de nombreux souvenirs des retours de week-end à Louveciennes dans la R16 TX de la mère d’un ami, je n’en étais que le passager, à une époque où elle était encore une voiture relativement récente. Désormais, je m’aperçois de l’évidente modernité de ce modèle TX. Cette expérience de conduite m’a confirmé qu’elle peut être une bonne base pour un collectionneur néophyte, désireux de s’initier à la restauration et à l’entretien d’une « ancienne » tout en bénéficiant d’un véhicule utilisable au quotidien. Profitez en pendant que la côte est encore basse !

Photos : Renault Communication / © B. Cannone

 

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16 commentaires

L CH

Le 21/05/2015 à 19:16

J’ai possédé une 16 TX automatique pendant quelques années, c’était une sacré bagnole ! Souple et confortable, je parcourais de longues distances sans me rouiller les articulations en soutenant une moyenne assez élevée malgré tout.

Je n’ai retrouvé un pareil confort que des années plus tard en achetant une Saab 900 s quasiment neuve : aussi délicate à mener sur route mouillée que la TX qui elle aussi exigeait des pneus de très bonne qualité pour bien tenir le bitume. Seul bémol, une boite auto 3 vitesses fragile et peu endurante qui exigeait une vidange et un changement de crépine régulier. Elle possédait des freins et embrayages vite usés qu’il fallait remplacer soit même (assez facile) sans passer par la case échange standard très coûteux chez un concessionnaire.

http://www.renault16.com/onderd_hb.htm

AOD (Nicolas F.)

Le 21/05/2015 à 20:07

Pssst « Elle sera par ailleurs élu voiture de l’année en 1996 devançant la Rolls Royce Silver Shadow » … Erreur dans l’année 😉

Paul

Le 22/05/2015 à 02:07

oups 1966 ahaha, je corrige asap !

Alan Each

Le 21/05/2015 à 21:42

L’année des 50 ans, il est probable que la cote remonte, comme tous les anniversaires décennaux. Le problème avec cette voiture pour des collectionneurs néophyte, c’est d’en trouver une, et surtout une qui ne soit pas bouffée par la rouille, parfois invisible dans les corps creux des longerons qui amenait la voiture à se couper en deux par le milieu, comme la DS dans Le Cerveau. Donc quand même une affaire de spécialiste au moment de l’achat… :\

J2M

Le 22/05/2015 à 17:18

Un moteur merveilleux, un des meilleurs de Renault, qui fera d’ailleurs les beaux jours des Gord’ et autres Alpine, en faisant plus que doubler la puissance initiale.
Immense regret du six en ligne (l’architecture reine), qui aurait assurément laissé un souvenir impérissable…

mad

Le 25/05/2015 à 13:34

Il n’y a qu’une chose à dire concernant cette voiture. C’est une formule un peu usée mais elle lui va si bien : l’essayer, c’est l’adopter ! Pour ma part, ce sont plusieurs années de bonheur, avec une petite préférence pour les « haut de gamme » et la formidable boîte automatique à pilotage électronique. La Renault 16, comme la Citroën DS, sont totalement incontournables et méritent leur place au Panthéon de l’auto.

cirman

Le 30/08/2015 à 19:53

Comme dit plus haut, la rouille est un mal endémique sur cette voiture et elle réserve des surprises qui ont de quoi dégouter un restaurateur en herbe. Franchement pas le genre de voiture avec laquelle débuter….j’ai eu deux TS à une époque où on les trouvait pour une bouchée de pain, c’était vraiment une bonne voiture, mais la première partait en morceaux.

Jo

Le 01/03/2016 à 21:54

Bonsoir,
J’aimerais faire un petit rectificatif dans le commentaire de notre ami de BR, concernant le système de freinage de cette TX, contrairement à ce qui est écrit, celui-ci est bien assisté !
Le système de freinage assisté par servo à dépression est arrivé pour la première fois sur la R16 lors de la sortie de la toute première TS sortie en 1968.
Par ailleurs, je suis l’heureux propriétaire de plusieurs R16, a savoir, une R16 USA de 1968,une R16 TA de 1970, une R16 TLA de 1975, une R16 TX de 1975 et une magnifique R16 TS de 1973 (restaurée de A à Z comme la TX de l’essai) avec de nombreuses options comme les vitres teintées à commande électrique à l’avant, le toit ouvrant à commande électrique, la sellerie cuir d’origine et, cerise sur le gâteau, le verrouillage central ! Et oui, il existait déjà sur une R16 avant la sortie de la TX fin 73 (millésime 74).
J’ai aussi eu la chance de trouver des exemplaires très sain au niveau de la corrosion.
Je reste à disposition de BR pour toutes informations complémentaires ou photos.
Merci de m’avoir lu.

Paul

Le 01/03/2016 à 22:16

Noté et avec plaisir pour des infos/photos voire un essai un de ces jours (surtout l’USA qui m’intrigue beaucoup) 😉

Denis the Pest

Le 04/03/2016 à 11:00

…et techniquement, où étaient les allemandes de l’époque? Très en retard!

Fane

Le 10/04/2016 à 12:41

Merci pour se reportage , Flins , la Roche Guyon tout mon univers
Le rêve , une 16 TX Vert 977

Frédéric

Le 06/08/2017 à 13:16

Bel article sur un modèle qui a contribué à changer le statut de l’automobile. Bravo. Bravo parce pas facile d’être bon sur un sujet évoqué pour la 164 635 ème fois au moins.
J’aimerais m’en offrir une un jour. Une TL des premières années du restylage, 71, 72… Dans une livrée bleu pâle si possible.
En 76 mon père a acheté une « vert bouteille » neuve. En 1980 le cric traversa un longeron lors d’un changement de roue.
Je tiens d’une source à priori fiable que toutes les voitures ne faisaient pas trempette dans les bains électrochimiques de protection et qu’avant emboutissage, certains mauvais crus de rouleaux de tôle étaient réceptionnés piqués. C’est-y donc vrai toutes ces horreurs ?

David

Le 06/09/2017 à 10:41

Et les MVS Ventur(y)i lui doive leurs regards si caractéristiques . Rien ne se perd…et bravo aux designers qui ont des visions superbes qui aujourd’hui ne font toujours pas démodées …( pour moi )

Devanlay

Le 16/04/2018 à 20:05

Gaston Juchet père de ….. Jean-Michel. Qui officie désormais dans une marque allemande renommée.

Mike

Le 20/10/2018 à 18:51

C’est le même modèle que conduit François Berleand, dans le « Transporteur 3 », je pense.

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