Renault 20 : le cul entre deux chaises

Mercredi 12 avril 2017
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Au début des années 70, il faut bien l’admettre : si Renault cartonne avec ses petites populaires 4 et 5, c’est un peu la Bérézina en haut de la gamme. La Rambler a été enterrée rapidement, en 1967, après seulement 4000 exemplaires produits (lire aussi : Renault Rambler), tandis que la Renault 16, lancée en 1965, tente de maintenir un semblant de présence sur le créneau (lire aussi : R16 TX). Pendant ce temps-là, Citroën trustait les charts avec sa DS depuis 1955, et lançait la CX en 1974, Peugeot rattrapait son retard avec une intéressante 504 dévoilée en 1968 (lire aussi: Peugeot 504) avant de lancer sa 604 en 1975 (lire aussi : Peugeot 604). Pour Renault, il est temps de rattraper son retard.

Un dessin de Gaston Juchet pour le duo R20/R30

Le retour du losange dans le haut du panier se fera en deux temps : tout d’abord une Renault 30 en 1975, dotée du V6 PRV (lire aussi : Renault 16) puis enfin la 20 qui complète l’offre par le bas et qui sera lancée commercialement en 1976. C’est cette dernière qui nous intéresse aujourd’hui.

De la 30, elle reprend le style général dû au coup de crayon de Gaston Juchet, tout en adoptant des optiques rectangulaires, et une présentation simplifiée. De la 16, elle reprend le Cléon-alu 1.6 litre de 96 ch tout en étant beaucoup plus lourde : un déficit de performance que la presse n’hésitera pas à épingler. A côté de cette nouvelle 20, la 16 va continuer sa carrière (et ce jusqu’en 1980), tout comme la 12 ! Un empilement de modèles qu’aggravera encore le lancement de la 18 en 1978 (lire aussi : Renault 18). Avouez qu’à l’époque, les choses n’étaient pas très claires chez Renault.

La R20 (comme on la surnomme) est plutôt jolie, même si elle pâtit un peu de la comparaison avec la 30, plus élégante, et conserve une belle habitabilité encore augmentée par son hayon, mais ce type de carrosserie n’est pas forcément toujours apprécié à l’étranger. On loue aussi son confort mais il faut réagir côté moteur. En juillet 1977, elle reçoit donc le moteur Douvrain 2 litres de 110 ch qu’elle va partager avec ses concurrentes Citroën CX et Peugeot 505. Décidément, cette 20 devra toujours tout partager.

En 1979, elle reçoit l’évolution diesel du Douvrain, un 2.1 litres de 63,5 chevaux, tandis que la TX reçoit en 1981 un Douvrain essence 2.2 de 115 ch. Cette même année, c’est la version turbo diesel qui fait son apparition, avec 83 chevaux sous le capot. Un moteur qu’elle partagera là encore avec sa grande sœur la 30 ! Elle finira par disparaître en 1983, remplacée par une 25 qui fait alors coup double.

N’allez pourtant pas croire que la 20 est un échec total. Certes, son positionnement compliqué, dans une gamme compliquée, ne l’aura pas vraiment aidée, tandis qu’à l’export, on frôlera la correctionnelle, mais malgré tout, elle se vendra à 607 405 exemplaires. D’une certaine manière, elle offrait dans le paysage automobile français une autre vision, moins statutaire et bourgeoise que le duo 504/604, moins excentrique que la CX, et d’une certaine manière plus « à gauche » à une époque où l’automobile voulait aussi beaucoup dire de soi (lire aussi : « Ta berline est politique, camarade »).

Contrairement à d’autres Renault, elle ne sera jamais construite à l’étranger, à une exception près: en Roumanie, sous la dénomination Dacia 2000 (lire aussi : Dacia 2000) mais en très petite série (environ 250 exemplaires réservés aux dignitaires et à la toute puissante Securitate). A défaut de trouver cet oiseau rare, n’hésitez pas à vous rabattre sur une 2 litres TX ou sur une 2.2 TX, toutes deux bien équipées, voire à une solide version Turbo diesel. A défaut de puissance, vous obtiendrez une très honnête voiture, dotée d’un espace à bord plutôt impressionnant (oui j’ai déjà eu l’occasion de … dormir dedans), et au look devenu attachant avec le temps.

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32 commentaires

Jérôme

Le 12/04/2017 à 17:50

Merci Paul pour encore un bel article.

Mais je ne crois pas que la R20 GTX aie jamais existé.
A ma connaissance, le haut de gamme a été la TX. Mais je peux me tromper 🙂

Paul

Le 12/04/2017 à 17:54

Non c’est toi qui a raison, dans mon envie de différencier la 2 litres de la 2.2, j’ai fini par inventer une appellation ahahah… je corrige 😉

Docteur Oliv

Le 12/04/2017 à 17:57

C’est la 1ère RENAULT DIESEL.
à rappeller à tous les « écolos » qui nous bassinent avec le DIESEL, toute la production RENAULT n’est pas DIESEL depuis des Siècles
Malheureusement elle a pénalisée la R30 en faisant version Pauvre.
Donc j’ai pris une 604 pour laquelle pas de 4 Cylindres, Pas de DIESEL (au début…)

Quentin R.

Le 12/04/2017 à 20:25

Il y a eu des 604 2.0L en 4 cylindres mais seulement pour l’Administration.
Faut-il déjà en trouver une?

Docteur Oliv

Le 12/04/2017 à 20:39

OUI mais à cette époque avoir une V6 ça n’avait rien à voir avec une L4
PS : Pour ceux qui sont tentés faites attention à faire un devis chez l’assureur car ce genre de véhicule n’est pas répertorié chez eux

Quentin R.

Le 12/04/2017 à 20:59

On est d’accord

sam

Le 15/04/2017 à 08:35

oui…tout comme beaucoup de modéle populaire des années 70 , produit par renault ,fiat,simca, qui ont inventé avant l heure les voitures biodégradables , avec une corrosion galopante et impossible a arrêter.. conséquence on en voit quasiment plus sur les routes

Patrick

Le 12/04/2017 à 19:17

Ai possédé une 20 TX, ce moteur était d’une élasticité incroyable, avec une boîte bien étagée (les 20/30 n’ont jamais brillé par leur vitesse de pointe), qui lui donnait des facultés de reprises incroyables – une E28 (520i) BMW était mangée.

Confort remarquable, pas plus de 8.5 L aux 100. Une méchante propension au freinage plongeon, défaut majeur de la 20, corrigé sur les 25.

Un physique ingrat (?), mais attachant – personnel (je roule aujourd’hui en Vel Satis, que je considère plus dans la ligne de la 20/30 que des 25 et Safrane).

Docteur Oliv

Le 12/04/2017 à 19:22

Et avec une R30 c’est SUPER plongeon ! j’aurais bien aimé ces grands disques sur la 604 !

Docteur Oliv

Le 12/04/2017 à 19:24

J’ai oublié de mentionner la surface des Plaquettes…le DOUBLE de celles de la 604

Patrick

Le 12/04/2017 à 19:58

Oui mais avec 2 roues au sol, ça revient à la même surface 😉

Ai eu une CX Athena 2.0l ensuite, ça plongeait moins au freinage … et aussi à l’accélération 🙂

Par contre c’était imperturbable sur autoroute à grande vitesse

Docteur Oliv

Le 12/04/2017 à 20:36

Faut quand même essayer de comprendre !
La 604 avec les freins AV de la R30, ça aurait été impec
c’est sûr qu’en comparaison la CX c’est royal. Dito pour une XM. Par contre sur une route viroleuse tu vas te fatiguer
Rien n’est parfait en ce bas monde.
Dans ce genre la 605 SV 3.0 c’est mon meilleur souvenir ! La preuve je me souviens encore de l’immat 256 KPD

Quentin R.

Le 12/04/2017 à 20:20

Mince… Une idée d’article que j’avais mis sur ma liste à te proposer Paul…
J’vais la rayer alors…

Sinon, j’avais failli me retrouver avec une turbo-mazout, mais ça c’est pas fait… comme bien d’autres malheureusement…

Pour la production à l’étranger, elle fut aussi assemblée en CKD en Australie (env. 6000) et en Thaïlande (env. 1150). Une usine aux Philippines devait également en produire mais ça ne s’est pas fait apparemment.

Barbezinc

Le 12/04/2017 à 23:27

Tu peux rajouter les R15/17 dans ta liste! Des curiosités comme ce coupé bien discret au dédoublement de personnalité manifeste valent bien un boitier rouge!

Quentin R.

Le 13/04/2017 à 13:04

C’est déjà noté 😉

lionel

Le 12/04/2017 à 22:02

Oui, le moteur de la 16 était juste mais la stratégie de Renault était pas mal : prendre le moteur de la 16 TX pour la mettre dans une caisse plus lourde de R20, mais en appelant le résultat L / TL / GTL, donc clairement le bas de la gamme 20 en attendant les 2l TS et enfin la 2,2l TX.
Les L avait une particularité à l’arrière: Pour une raison d’économie, Renault avait enlevé l’encadrement noir peint sur le hayon et ca lui donnait vraiment un look particulier, bcp plus laid, mais peut être parce que c’était la seule a être ainsi….
Les 20 en 4 cylindres et 30 en 6 cylindres, c’était bien aussi par contre le diesel a mis a mal cette stratégie…

bruno

Le 12/04/2017 à 22:08

j’ai toujours préféré la 20 a la 30, avec ces feux qui lui faisait un regard moins agressif pour cette dernière Renault à calandre inversée
oui, le roulis et le freinage plongeant sont particuliers, mais venant d’une R16 puis d’une Ami 8, ce n’était pas déroutant (lol)
et avec une TS de 1984 en boite 5 courte (11 cv !!), donc trains roulants de phase 2, et bien mieux finie qu’au début, le comportement est royal et très progressif, et est moins pataude que la 25 GTS (même moteur)
moins puissante que la TX mais suffisante pour s’amuser, par contre la conso du carbu !! (10 litres sur route et 14 en ville)
un bon autoradio et ça a fait 350000km sans pannes …

Docteur Oliv

Le 13/04/2017 à 10:13

Moi qui ai fait ma jeune carrière en 4L R5 R6 R16…la R20 ou 30 étaient dans la droite ligne en termes de comportement du Train AV

wolfgang

Le 12/04/2017 à 23:01

Bagnole officielle de tonton avant les r25 baccarat qui occupaient les voies de bus pendant que les apparatchiks bouffaient au frais du peuple dans les restau de luxe…
En 68 Jag sortait la XJ.
Une autre idée du haut de gamme, de l’élégance et du bon goût…
Quand on est une marque de prolo communistes, on n’essaie pas de faire du haut de gamme, on n’est pas crédible. La preuve, ça se vend pas.

Quentin

Le 13/04/2017 à 16:06

Il s’est vendu plus de R20/30/25 que de 604/CX/Tagora…

Franck Kegelart

Le 13/04/2017 à 01:19

Petite correction : la R20 a été produite – ou du moins assemblée – à l’étranger, notamment en Australie – cfr l’excellent ouvrage d’Armagnacq sur les R20/30

Quentin R.

Le 13/04/2017 à 13:10

J’en parle dans un commentaire un peu plus haut… en utilisant la même source!!!
Bon ouvrage en effet, dans la même collection, on doit aussi à cet auteur les Twingo, Supercinq et R14.

Philippe

Le 13/04/2017 à 02:33

J’ai une TL de 1977. Côté moteur le 1.6L est tout à fait recommandable, sa boite bien étagée donnant le change voire faisant illusion. Il manque juste un 5eme rapport qui abaisserait le volume du moulin, on est déjà à 3200 trs/min à 90km/h ! Sinon pour le reste c’est effectivement spacieux, modulable (mais moins pratique que la 25 que jai possèdé) et sa silouhette taillée à la serpe fait bizarrement tourner les têtes aujourd’hui. Petit succès garanti dans les rassemblements Youngtimers !

J2M

Le 13/04/2017 à 15:41

La caisse était particulièrement solide, et donc un peu lourde.
La disposition avec le moteur (faible) en porte-à-faux, le poids et les petites roues de 13 en faisaient un engin pataud et sournois sur le mouillé.
Tout ça la mettait loin de la CX.
Les trains roulants furent repris comme certains moteurs, pour la 25, qui fut en tous points meilleure.
Mais il restait à cette dernière ce moteur tout au bout du capot, avec la place perdue et les variation d’assiette au freinage qui délestaient (un peu moins) l’arrière.
Bof-bof, donc. C’est à mon sens la Safrane qui resolut tous ces problèmes, et que je regrette encore !
Notons dans les trois cas que ce sont des voitures particulièrement résistantes. Les premières Renault à pouvoir afficher des kilométrages « satellitaires »…

Docteur Oliv

Le 13/04/2017 à 15:54

J’ai encore une 25 GTX dans la cour avec presque 300 000 kms donc moteur 2,2 litres injection J7S quasi incassable. Pour voir j’avais mis dedans de la MOTUL 300 V Power Racing très fluide et pas de consommation.
Pour la rouille ?? La R30 à finie en stock-car tellement elle était atteinte ! Boite 4 et poignées inversées
Pour la SAFRANE, ma femme s’en sert régulièrement

Quentin

Le 13/04/2017 à 16:26

Je crois que le 2 litre PR venait de Douvrin et non Douvrain. Sinon, excellent article sur une voiture qui fut populaire mais oubliée car bâtarde et passe-partout. Jusqu’à il y a peu il y en avait une garée près de chez moi. Ses pare-chocs sont très classiques et tranchent avec ceux des 15/17 et 5/14 originales de ce point. Peut-être Renault aurait eu intérêt à faire une 30 plus statutaire et une version 18 à hayon pour remplacer la 16 et éviter la cannibalisation de la 18 par la 9, mais la 20 a au moins eu l’occasion de rentabiliser la caisse de la 30, chance que n’eut pas la 604. La principale faute des constructeurs à l’époque est d’avoir été trop centrés sur leur marché national alors que le plus fort potentiel de progression se trouvait à l’étranger.
Enfin, rappelons une fois de plus que la R20 est la première française à avoir gagné le Dakar, et que ce n’était pas un proto comme la majorité des vainqueurs par la suite. Ce qui prouve une robustesse certaine, au moins de la part du châssis.

J2M

Le 13/04/2017 à 21:31

@Quentin.
Très bien vu. La R16 TX, Pourtant démodée mais qui avait du « chien » restait supérieure à tous points de vue aux 18 GTS (une R12 reliftée et aseptisée) et à la R20 GTL (sous-motorisée) qui la cotoyaient dans le hall de la succursale à des prix voisins…
Et on sortait indécis, pour aller voir et acheter ailleurs.
L’offre par segments n’existait pas encore.
Bis repetita… la BX et la CX ou le scénic et l’Espace : même habitabiité, même service (objectivement en exagérant!) mais pas le même prix…
Mais la R20 et la R30 restent, surtout pour la dernière, en TX un rêve d’ado…
qui tenait vraiment mal la route.
Et mon père, lui, n’hésita pas longtemps.
Les Renault de cette époque ont un charme particulier !

fc30

Le 17/04/2017 à 11:19

Oui la 16 a gardé jusqu’au bout ses aficionados, pas convaincus par la 20 (plus grosse) et la 18 (sans hayon). Ainsi, mon grand père (représentant de commerce changeant de voiture tous les 2 ans) acheta une des dernières R 16 TX en 1979 (hors de question de prendre une 18, le hayon et la banquette rabattable lui étant indispensables pour transporter ses échantillons), et ne passa à la 20 qu’après. Il eut une 20 TS puis une 20 TX et en garde un souvenir mitigé, ayant eu deux pannes (allumage et commande de boite) alors que cela ne lui était jamais arrivé avec ses 16 (7 TL et deux TX !). Il eut ensuite deux R 25 GTS qui lui laissèrent un bien meilleur souvenir que les 20.

Choco

Le 14/04/2017 à 14:58

Mes souvenirs d’enfance de la R20 : mon père qui se félicitait d’avoir choisi une 505 et non pas la Renault ! Quand on voit la corrosion …

Starluc

Le 18/04/2017 à 17:10

Pour moi, elle fait un peu « R 30 au rabais »…Donc un peu « princesse triste ». Sans compter que la ligne n’est pas follement originale, étant un succédané de la R 16 qui, elle, l’était…

Vraiment, bof!

jean kirman

Le 27/08/2017 à 16:58

AH !
Le commentaire de la renault 20 l-tl-gtl est peu performante par ceux qui, s’ils ne le disent pas, seront bannis des speciaistes de l’automobile du web.
Vérifiez les mesures de performances des divers essais européens de cette période et vérifiez aux concurrentes. Un seul exemple (si vous y comprenez quelque chose):
les performances de l’Auto-Journal entre la R20 gtl et la R20 ts 4 vitesses…
ou le comparatif de l’Auto-Journal des 1600cc de 1976.
Comparez aussi les performances de cette même R20 1647 à celles d’une Simca 1308 GT ou ¨Peugeot 504 GL….
Osez un peu au lieu de répéter ce que les autres vous disent de dire !

vlr4x4

Le 16/01/2018 à 09:14

Pour répondre à Quentin,la R20 qui a gagné le Paris-Dakar a été conçue (et construite à 2 exemplaires ,la 2° pour l’assistance rapide),était4x4 (pont AR de TRAFIC),moteur de R18 TURBO .
on est loin de la série!

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