Renault 4 Parisienne : la citadine chic et féminine

Publié le mardi 10 décembre 2019.
Mis à jour le lundi 20 janvier 2020.
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Lancée en 1961, la Renault 4 a rapidement pris ses marques sur le marché français (au contraire de sa jumelle Renault 3) en passant en tête des ventes dès 1962 et s’y installant jusqu’en 1968 (excepté l’année 1965 où la Citroën Ami6 créera la surprise). Celle qu’on appelle désormais affectueusement “Quatrelle” fait le plein de clients tant à la campagne qu’à la ville. C’est d’ailleurs une nouveauté pour la Régie qui se doit, avec un même modèle, de toucher deux cibles différentes. En ville, la 4L est souvent la deuxième voiture, dévolue à la mère de famille, ce qui donnera des idées au service marketing naissant : créer de toutes pièces un modèle dédié à cette nouvelle clientèle, la Renault 4 Parisienne.

L’aventure de la Parisienne va se dérouler en deux temps : un premier temps “de promotion” destiné à féminiser la Renault 4, et un deuxième temps plus commercial avec la création d’un véritable modèle vendu au sein du catalogue. L’affaire va être rondement menée. Quoi de mieux que de faire appel au magazine Elle, le journal phare des femmes modernes de l’époque ? Une opération spéciale appelée “Elle au volant” est alors organisée de mars à juillet 1963, avec un tiré à part spécifique. L’objectif ? Faire découvrir à la clientèle féminine une version chic et glamour de la Renault 4 jusqu’à présent jugée disgracieuse bien que pratique. 

l’opération « Elle au volant »

Cette version féminisée et embourgeoisée n’existe pas encore dans la gamme R4. Pour l’opération, 500 Renault 4 “Super” vont être transformées en R4 Parisienne : un nom choisi pour la réputation internationale des femmes parisiennes, toujours élégantes et de bon goût. Un nom qui parle tant à l’étranger qu’en province juge-t-on chez Renault. Les essais permettront de toucher environ 6 000 clientes potentielles à Paris, mais aussi dans chaque département.

Pour se féminiser, la petite R4 se pare d’une peinture noire et, au choix, d’un cannage doré (peint à la main) ou d’un motif écossais (soit vert, soit rouge). La jeune vedette montante de la chanson française, Sheila, fait partie de l’opération et devient l’image de la Parisienne. Ironie de l’histoire, elle n’a pas encore son permis. Elle ne le passera que l’année suivante (sur une R4 auto-école) et son producteur lui offrira alors une authentique Renault 4 Parisienne de série. 

Une Parisienne de série

À la suite des 48 heures d’essai, chaque conductrice doit remplir un questionnaire permettant à la Régie d’envisager (ou non) la production en série d’un tel modèle. L’engouement est tel que la décision ne tarde pas à tomber : la Parisienne intégrera la gamme dès 1964. Il ne s’agit pas d’une “série spéciale” au sens où on l’entend aujourd’hui, mais bel et bien d’un modèle à part entière de la gamme Renault 4. Les 500 premiers exemplaires sont reconditionnés à Billancourt, soit en R4 Super classique, soit en nouvelle Parisienne avec de subtiles différences.

Pour la version de série, la décoration est moins raffinée : elle perd de-ci de-là quelques bouts d’écossais ou de cannage, tandis que ce dernier est désormais peint industriellement (et non à la main). Elle gagne cependant un logo “4 Parisienne” à l’arrière. Elle est lancée en décembre 1963, dotée du moteur Billancourt R1123 5cv de 845 cc. D’une certaine manière, Renault initie sans le savoir une tradition qui se maintient encore aujourd’hui avec les finitions Baccara (sur la Renault Supercinq et la Clio I en particulier) puis Initiale Paris : celle des citadines chics !

Fin de carrière en 68

L’année suivante, la Parisienne est reconduite avec une nouvelle peinture disponible, le gris puis, en 1966, la gamme s’élargit avec l’introduction du moteur 4CV R1120 de 747 cc. En revanche, tout change côté peinture puisque noir et gris disparaissent au profit du bleu marine, du vert foncé et du bordeaux. Enfin, en 1967, l’intérieur change un peu avec notamment un nouveau tableau de bord tandis qu’on peut, désormais, commander une parisienne sans cannage ni écossais, pour plus de discrétion sans doute ?

1968 est la dernière année de commercialisation de la Parisienne. Renault s’apprête à lancer une version “loisir” de la R4 qui doit relancer les ventes alors que la clientèle féminine est conquise : la Plein Air remplace la Parisienne et doit attaquer frontalement la Méhari du rival Citroën. Un flop qui restera dans les annales. On l’a vu, Renault reviendra à la citadine chic avec la Supercinq Baccara, mais n’oubliera pas la Parisienne : ainsi, en Allemagne, une série spéciale du Kangoo prendra le nom de Parisienne et récupèrera un cannage à la façon de la vénérable R4. 

Impossible de savoir combien de Parisienne auront été produites entre 1963 et 1968. Une chose est sûre : aujourd’hui, elles sont rares et recherchées, surtout lorsqu’elles sont en bon état. Le graal du graal ? Retrouver celle de Sheila, immatriculée 13 QN 75 et longtemps restée dans sa famille. Sinon, dans le genre mission impossible, on peut tenter de trouver une R4 Super Parisienne, l’une des 500 du lancement, mais il semble peu probable qu’il en existe encore une.

Images : DR, Renault Classic

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