Renault 8 : tête au carré et sac à dos

Publié le lundi 20 février 2017.
Mis à jour le jeudi 4 octobre 2018.
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Ah la « R8 », tout un poème ! Reconnaissable entre toutes, avec son moteur au cul (le fameux sac à dos) et son dessin simpliste (deux rectangles à chaque bout d’un autre rectangle) mais plus travaillée qu’il n’y paraît (le maître Charbonneaux se pencha sur son cas, nous le verrons, alors qu’il avait le vent en poupe avec les camions Bernard, lire aussi : Camions Bernard), la Renault 8 laissera un souvenir impérissable aux apprentis pilotes, y compris dans ses versions de base. Pas besoin d’une S ou d’une Gordini pour s’amuser à son volant.

Avec la 8, il s’agit de remplacer tout bonnement la Dauphine lancée en 1956 et qui survivra pourtant quelques années. C’est d’ailleurs sur sa base que la R8 sera conçue, conservant l’architecture « à moteur arrière ». Mais pour le reste, elle reçoit un tout nouveau moteur dit « Sierra » mais plus connu aujourd’hui sous le nom de Cléon-Fonte, un moteur qu’on retrouvera sur les dernières Super Cinq, les Express (lire aussi : Renault Express) et surtout les Twingo (lire aussi : Renault Twingo). Ce moteur de 956 cm3 développait 44 ch DIN dans sa version de base (R1130).

Le dessin avait d’abord été confié à une officine italienne, mais les premières ébauches ne rencontreront pas le succès au sein de la RNUR (Régie Nationale des Usines Renault). C’est donc à Gaston Juchet (styliste maison) et Philippe Charbonneaux (qui travaillait en free lance) que fut confiée la tâche de rattraper le coup. C’est au plus simple qu’ils iront, avec cette voiture très carrée. Mais le simple, le sobre, c’est parfois le plus dur à réaliser. Certains détails (comme le capot avant) montrent d’ailleurs une certaine recherche stylistique. La 8 était en tout cas bien dans son temps, et d’autres voitures contemporaines ou presque se baseront sur les mêmes principes simples (Fiat 124, Simca 1000, lire aussi : Simca 1000 Rallye Basty).

Lancée en 1962, la Renault 8 va monter en gamme en 1964 avec une version de luxe (enfin, on se comprend) dénommée Major, dont le Cléon-fonte est porté à 1108 cm3 et 50 ch (R1132). Cette première version Major ne durera pas longtemps puisqu’en 1965, elle disparaîtra du catalogue pour laisser place à la Renault 10, version plus luxueuse et recarrossée de la 8 (j’en reparlerai). Il faudra attendre 1968 pour revoir l’appellation Major. Cette même année, le 956 cm3 disparaît pour laisser définitivement la place au 1108 cm3.

En octobre 1964, une petite bombe est présentée au Salon de Paris. Passée entre les mains du sorcier Amédée Gordini, la 8 se voit affublée du 1108 cm3, mais dont la puissance est portée à 77,5 ch DIN (à cette époque, ça compte les ½ chevaux) sous le sobriquet de R1134. Avec elle, un mythe est né, que jamais la Renault 12 n’arrivera à effacer (lire aussi : Renault 12 Gordini). Surtout qu’en 1966, le 1108 est remplacé par un 1255 cm3 offrant 88 ch DIN (R1135). Si l’on parle en chevaux SAE, cela nous en fait 103 : la barre symbolique des 100 était franchie. Entre 1964 et 1970, ce sont 11 607 exemplaires « Gordini » qui seront produits (2626 R1134 et 8981 R1135).

Si la Gordini a marqué les esprits et fait fantasmer de nombreux petits ou grands garçons, elle reste relativement chère pour une bonne partie de la population. Renault décide donc en 1968 d’offrir aux sportifs en herbe une version « sportive » plus accessible : la 8 S (S pour sport, vous l’aurez compris). Elle récupère les 4 phares de la Gord’, mais son 1108 cm3 n’offre que 60 ch. C’est toujours plus qu’une 8 de base, mais loin des performances des sportives bleues à bandes blanches. Elle recontrera en tout cas un certain succès puisque près de 61 000 exemplaires de cette R1136 se vendront jusqu’en 1971.

Dès 1963, la Renault 8 sera fabriquée en Espagne, chez Fasa (qui deviendra Fasa-Renault, filiale de la RNUR), et ce jusqu’en 1977, quand sa carrière française s’arrêtera définitivement en 1972. Elle fut aussi fabriquée un peu partout dans le monde sous le logo Renault : Venezuela, Mexique (lire aussi : Dinalpin), Australie, Canada (lire aussi : Soma: quand Renault fabriquait au Canada), Maroc, Algérie, Afrique du Sud (et notamment la sportive Alconi dont je vous reparlerai bientôt), Australie ou Nouvelle Zélande. Elle sera aussi fabriquée sous la marque Dacia pour une courte période, en attendant la R12 (lire aussi : Dacia 1100), et Bulgarrenault en Bulgarie, aux côtés d’étonnantes Bulgaralpines (lire aussi : Bulgarrenault et Bulgaralpine).

Au total, le duo 8 et 10 sera fabriqué à 1 316 134 exemplaires, un chiffre tout à fait honorable bien qu’éloigne des 2 millions de Dauphine. La faute à l’offre élargie de Renault, avec la 4 en dessous (dès 1961) et la 16 au dessus (à partir de 1965). Aujourd’hui, les 8 (plus que les 10 relativement disgracieuses) sont de plus en plus recherchées. Les Gordini commencent à devenir inaccessibles : rabattez vous donc sur une S, ou une belle Major : vous replongerez aussitôt en enfance avec un plaisir non dissimulé.

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15 commentaires

Philippe

Le 20/02/2017 à 22:21

Souvenirs : mon père avait une 8 S blanche toute simple quand j’étais en culottes courtes. C’était il y a près de 50 ans et pourtant j’entend encore le tintamare de son moteur depuis la banquette arrière qui m’était attitrée. La Renault 12 qu’il a prit ensuite, plus spacieuse et statutaire à l’arrêt paraissait pourtant bien fade à toute le monde une fois en route…

Olivier

Le 20/02/2017 à 22:33

Ah, la 8 et la 10, ça me rappelle des choses dans le bon vieux temps! 🙂
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Il y avait une R10 stationnée dans le garage de ma piole d’étudiant a Toulouse a coté du parc Antoine de Saint-Exupéry, il y a maintenant 25 ans, qui appartenait au père récemment décédé de nôtre proprio…
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Cette R10 était 1ère main, vraiment dans un état quasi-flambant-neuf, sans jamais avoir été restaurée, avec chaque trajet et kms, vidange, services et toutes consommations d’essence minutieusement noté dans un petit livre a bord.
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Je crois me rappeler qu’elle faisait moins de 50000km au compteur, l’ancien propriétaire de la R10 étant gendarme a haut grade avec voiture de service a sa disposition. Il l’a surtout utilisée pour allez en Espagne ou Andorre les week-ends de famille…
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Moche et démodée style années 68, relativement lente, mais déjà extrêmement rare en 1993 dans cet état, je suis tombé amoureux de cette capsule du temps! Dommage, car notre bailleur a fini par la donner a son fils de 18ans comme première bagnole… 🙁
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Le sacrilège pur et dur, j’ai sensé qu’il n’avait aucune envie a une bagnole familiale R10 retro, préférant le « Tuning » (j’avais une Opel Kadett C 1.2LS 3 portes toute pourrie dans le temps, qu’il admirait!)
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J’espère qu’au moins cette R10 ai survécue, mais je suis plutôt pessimiste a ce sujet…

Engrenure

Le 21/02/2017 à 00:01

C’est la R8 qui m’a fait m’intéresser à la voiture ancienne, quand j’étais tout gosse, dans les années 70. En la voyant je me demandais comment notre époque avait pu engendré un véhicule aussi atroce. Son design aussi déprimant qu’une barre de HLM me faisait me replonger avec désespoir dans les vieux Spirou de mon père, où je trouvais la preuve que les autos n’avaient pas toujours été des briques à roulettes.

yb69

Le 21/02/2017 à 08:20

bon, donc une fois de plus, Audi n’a rien inventé, son capot à bord tombant n’est qu’une vile copie de celui de la R8 !

JC

Le 21/02/2017 à 08:25

La cote de la R8 a pris 33% en 1 an : http://www.classictrends.eu/fr/renault/r8.php

Docteur Oliv

Le 21/02/2017 à 08:29

Cet été j’ai trouvé une R8G en Miniature…de couleur Verte
Il s’agit de celle d’Yves FORESTIER qui était « préparé » chez Roland TROLLé à Franconville (Roland TROLLé a gagné la Coupe Gordini)
En Mai 68, le Collège étant MALHEUREUSEMENT fermé je passais des heures à les regarder travailler depuis le seuil du Garage. Au bout de quelques jours, le Patron m’a dit de m’approcher avec Interdiction TOTALE de toucher quoi que ce soit. Mon meilleur souvenir de Mai 68

Eddy123

Le 21/02/2017 à 10:37

J’ai toujours pensé que la 10 avait été faite pour passer les nouveaux crash test US…
La 10 ayant vite remplacé la 8 chez l’oncle Sam. ..

Olivier Guin

Le 21/02/2017 à 11:14

Je pense très sincèrement qu’avec le partenariat noué entre Renault et Alfa-Romeo en 1958, Alfa a tout simplement revendu le dessin de la Tipo 103 à Renault que Charbonneaux a ensuite retravaillé. Je n’ai pas réussi à recouper les sources à ce sujet mais le « cousinage » est vraiment flagrant…

https://www.facebook.com/cardesignarchives/posts/235516410150036

Docteur Oliv

Le 21/02/2017 à 11:29

D’autant qu’Alfa Romeo a construit des Dauphines

Starluc

Le 21/02/2017 à 11:54

typique, sympathique et emblématique de son époque. Je me souviens avoir vu la première au garage Renault de Toulouse lorsqu’on est allé chercher mon grand-oncle qui sortait de son pot de retraite!

Je me souviens d’avoir regardé avec amusement cette drôle de voiture carrée qui me regardait avec ses gros yeux ronds…

J2M

Le 21/02/2017 à 21:05

Etonnant : En février 72, j’ai 8 ans. La R16 TS automatic neuve tombe en panne à Tarbes. L’agent Renault nous accueille et répare ça. Pendant ce temps je vais flâner dans le hall d’expo. Une R5 TL toute récente, elle est sortie depuis un mois, vert anis, trône à côté d’une des dernières R8. Je comprends de suite en m’asseyant dans les deux, le fossé qui les sépare…
J’adopte la R5 immédiatement. J’en conserverai une (Supercinq five) jusqu’en 2011, avec la présence à la maison sous différentes déclinaisons et sans interruption depuis 1975.
J’ai toujours la Twingo de 94 du paternel, dernier avatar du Cléon…Et je retrouve toujours ce moteur au couple et au… graillonnement inimitables avec le même plaisir !

Docteur Oliv

Le 22/02/2017 à 07:18

Le « bruit » du moteur SIERRA était effectivement tràs reconnaissable mais à chaque fois que j’entends Cléon Fonte associé à TWINGO, je me rappelle M. CALVET lors d’un Amphi Cadre au Palais des Congrès à l’époque du Salon 1992 disant de sa voix inimitable : OUI bien sûr la Twingo est une voiture moderne….avec un moteur de Dauphine !
Donc interdiction de parler également de la banquette Arrière coulissante pourtant concue et fabriquée par FAURECIA …filliale de PSA

Jota

Le 22/02/2017 à 21:38

Comment ne pas être d’accord! Je crois que c’est par le Cléon (et par les moteurs «X» des Peugeot!) que j’ai commencé à m’exercer à la reconnaissance des sons automobiles. Les prix des Gordini rejoindrons bientôt celui des A110. A noter les versions automatiques avec boutons poussoirs à l’américaine!

McCloud

Le 23/02/2017 à 06:56

Une voiture emblématique pour les quinquas : celle des trajets vers l’école, la première voiture après le permis, les virées en stop, les jeunes frimeurs en fausse Gordini bleu roi, bandes blanches, volant à bras ajourés, les portières frappées d’un numéro s’inscrivant dans un cercle ; les vrais prépas aux jantes arquées…
Je crois qu’on aurait tort de regarder la R8 avec les critères esthétiques d’aujourd’hui, qui eux-mêmes paraîtront décalés dans un demi-siècle. Il faut se replacer dans le contexte de l’époque, où les constructeurs répondaient à une demande massive pour des modèles de base, économiques et fonctionnels, accessibles à partir de 10.000 francs, l’équivalent de 1500 de nos euros. Ces véhicules, 4L, R8, R6, Simca 1000, 1100, Ami 6, Fiat 850, nous apparaissent simplistes, ternes et dépouillés car ils correspondent à un mode de vie oublié : ils servaient d’abord à se déplacer d’un point à un autre à moindre coût et ne concernaient pas, loin s’en faut, que le smicard.

Docteur Oliv

Le 23/02/2017 à 08:29

Effectivement ça ne concernait pas que le Smicard, ce qui démontre aisément l’élévation de notre Niveau de vie !
Pour avoir un Carrossage Négatif extrême il fallait enlever les cales « Caravelle »

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