Renault Juvaquatre Coupé : luxe, élégance et rareté

Samedi 7 avril 2018
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Il arrive parfois, dans ce drôle de métier de journaliste automobile, qu’on tombe sur des pépites à essayer, charmantes, amusantes à conduire et surtout très rares. La Renault Juvaquatre Coupé fait partie de ces pépites, une drôle de petite voiture que Renault Classic, à l’occasion des 120 ans de la marque, avait ressortie de ses réserves pour me permettre, ô joie, de la conduire aux alentours de Flins ! Cet adorable coupé, chacun aura pu le voir exposé au Salon Rétromobile, restauré à la perfection. Chacun aura pu aussi admirer sa ligne compacte et élégante en même temps. Mais il était temps d’en raconter l’histoire en détail.

Le Coach Juvaquatre, 2 portes 4 places, dont dérive le Coupé 2 places

Tout commence avant la seconde guerre mondiale. En 1937, Louis Renault présente sa toute nouvelle Juvaquatre, une « petite » voiture destinée à la classe moyenne et vouée à une large diffusion. Il s’agit de la première Renault « monocoque », sans châssis séparé, en quelque sorte la première Renault « moderne ». Cette « Juva » se propose d’abord en version Coach (2 portes 4 places) puis en version utilitaire (1938) et berline 4 portes (1939). Pressentant le succès probable de la Juvaquatre, on décide, à Billancourt, d’en offrir une version luxueuse et élégante, aux lignes élancées (et particulièrement réussies), un coupé 2 places.

Pour ce coupé, les ingénieurs vont partir de la base du Coach, avec le même 4 cylindres en ligne à soupapes latérales de 1003 cm3 et 26 chevaux SAE. L’intérieur en velours est cosy, presque luxueux : normal, la Juvaquatre Coupé s’adresse aux femmes élégantes et aux hommes d’affaires. Le luxe, à l’époque, est affaire de détails, car finalement, l’intérieur est assez dépouillé, avec le strict minimum : 3 pédales, un large volant fin, un compteur indiquant vitesse, niveau d’huile, jauge à essence, l’heure et le kilométrage. Autour, les divers boutons nécessaires à la bonne marche de la voiture, et un interrupteur qui nous amusera pendant un bon quart d’heure : balancez-le à gauche, et une flèche orange réfléchissante se hérisse du montant gauche du pare-brise, balancez-le à droite et le même phénomène se reproduit de l’autre côté. Voici les « clignotants » qui vous permettront d’avertir de vos changements de direction. L’ergonomie n’était pas, à l’époque, au centre de la réflexion, puisque cet interrupteur se trouve derrière le volant qu’il faudra traverser avec le bras en roulant pour s’en servir. On a vu plus pratique.

Au plancher, une grande barre tordue dotée d’une boule vous indique que la Juvaquatre Coupé dispose d’une boîte de vitesses, au nombre de 3 : une première pour se lancer, une deuxième pour les côtes difficile, et la troisième qui sert pour quasiment tout le reste. Le vaillant petit 4 cylindres permet théoriquement d’atteindre 95 km/h ! Nous avons eu du mal à dépasser les 80 km/h cependant. La direction non-assistée n’offre pas de difficulté particulière, si ce n’est un peu de musculation à chaque rond-point ! C’est du côté des suspensions qu’on s’aperçoit des progrès faits en la matière. Chaque petit défaut de la route se ressent immédiatement, chaque dos d’âne aussi. Heureusement, les fauteuils moelleux amortissent chaque rebond.

Lancé au printemps 1939, le Coupé Juvaquatre n’arrive pas à une période des plus favorables. Bien plus cher qu’un Coach, il est aussi fabriqué à part, quasiment à la main, ce qui ne facilite pas les cadences. Surtout, la déclaration de guerre limite les ambitions de la voiture. Fin 1939, seuls 30 exemplaires avaient été fabriqués, dont un à motorisation électrique (et oui, déjà). Ces 30 premiers coupés se distinguent par des freins à câbles, les suivants seront dotés de freins hydrauliques. Celle que nous conduisons date justement de 1939, et il est vrai qu’on se demande, parfois, à quoi sert la pédale du milieu tant le frein moteur se rend plus utile que les freins à câbles !

Se faire larguer par une 4CV, c’est possible !

Durant la guerre, 39 exemplaires seront fabriqués, dont deux dénommés Juvastella. Le suffixe Stella étant dévolu aux modèles de très haut de gamme de la marque, cette appellation montre l’envie de positionner la Juvaquatre coupé en « access premium », dirait on aujourd’hui ! Deux autres exemplaires seront électriques (ce qui porte à 3 le nombre de Juvaquatre Coupé de ce type), tandis qu’il semblerait qu’un cabriolet ait été fabriqué, sans certitude.

En 1945, la production des usines Renault peut recommencer normalement. Ce seront d’abord des Juvaquatre utilitaires qui sortiront de Billancourt, mais le 14 décembre 1945, la première voiture particulière d’après-guerre à tomber des chaînes sera, étrangement, une Juvaquatre Coupé, première d’une série de 13 exemplaires. Mais le 26 janvier 1946, la production sera arrêtée, laissant la place à la Juvaquatre berline, plus adaptée aux besoins de cette clientèle d’après-guerre.

Au total, 82 exemplaires seulement de cet étonnant coupé auront été produits entre 1939 et 1946, ce qui en fait sans doute l’une des plus rares Renault au monde. Imaginez le privilège d’avoir pu la conduire dans la campagne parisienne. Il en reste quelques exemplaires au travers le monde, mais il vous sera difficile de convaincre un propriétaire de vous en vendre une, le Coupé, de par sa rareté, étant le Graal de tout amateur de Juvaquatre. Mais à cœur vaillant rien d’impossible !

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17 commentaires

Kev. B

Le 07/04/2018 à 14:44

Des infos sur les versions électriques ? Je serais curieux d’en connaître les performances et les solutions utilisées à l’époque.

Kev.B

Le 07/04/2018 à 20:11

je me fais les réponses moi même, j’ai trouvé ça en cherchant :

« Moteur électrique Compound 3cv type BFKE:
Ce moteur 1500 tours/minute était actionné par des batteries de 48 volts.
Le poids des batteries était de l’ ordre de 350 kg environ réparties compartiment avant et coffre arrière.

D’ après le procès verbale de réception par le service des mines daté du 10 décembre 1940, à 1500 t/m avec un couple de 7X 36 en première le véhicule atteignait 10 km/h, 23 km/h en seconde et 35 km/h en troisième! Il fallait vraiment avoir besoin de rouler. L’ autonomie à 196 ampères-heures pendant 5 heures.

L’ adaptation de ce moteur électrique sur Juvaquatre concernera environ:

10 berlines 4 portes
3 coupés
5 fourgonnettes. »

Carolucem

Le 07/04/2018 à 23:43

Interessant, merci.

Franck KEGELART

Le 08/04/2018 à 01:16

Il semble effectivement qu’un cabriolet ait été construit, sans commercialisation en vue mais à titre exceptionnel pour la belle Madame Renault.

S’agissant des exemplaires de 1946, il y en aura selon Patrick Lesueur 13, destinés à l’exportation et plus particulièrement à la Belgique : un coupé Juvaquatre trônait encore sur le stand de la marque au 1er salon de Bruxelles d’après-guerre, soit en… 1948 !

Engrenure

Le 08/04/2018 à 03:49

Merci Paul pour cet article, mais je suis obligé de vous dire que niveau orthographe, ça ne va plus du tout, ça craint carrément ! Pour ce qui est du style, c’est pas brillant non plus. Vous devriez trouver qq un pour vous relire.
(Vous pouvez effacer ce message, bien sûr.)

JM

Le 08/04/2018 à 20:50

Bonsoir,

Peut-être bien que ça pourrait vous correspondre comme occupation de loisirs? 🙂

Engrenure

Le 09/04/2018 à 01:35

Le rythme des parutions est un peu effréné pour moi. Je crois que j’aurais du mal à suivre.

molodoï

Le 19/04/2018 à 12:53

Je lui ai proposé il y a quelques mois de cela. Je n’ai jamais eu de réponse.

Austin

Le 08/04/2018 à 12:30

Encore un super article (avec en prime les photos instructives et agréables à voir), merci Paul.

Je voulais aussi dire que c’est super agréable de découvrir ces véhicules du « Renault Classic » dans le « Turbo » (M6) de ce matin, le timing est excellent.
Je lis les articles sur BR et quelques heures après, je vois les véhicules en reportage vidéo.
Comme quoi, il ne manque plus qu’une partie vidéo (émission TV ou chaine YouTube) pour rendre Boitier Rouge encore plus complet et incontournable.

Franck KEGELART

Le 09/04/2018 à 04:59

Petite mise à jour de mon dernier post : le cabriolet n’était pas conçu au départ comme une commande spéciale, il s’agit d’une étude menée pendant l’occup’ pour l’après-guerre ; après l’abandon du projet, l’unique exemplaire construit sera effectivement utilisé par Mme Renault ; on n’a aucune photo de cette auto, existe-t-elle encore aujourd’hui, planquée au fond d’une grange ou jalousement gardée par un collectionneur anonyme ?

Concernant les 13 exemplaires de fin ’45 / début ’46, vérification faite auprès d’une source qui semble compétente, 1 serait parti en Algérie et 4 seraient restés en métropole… mais 7 sont bien partis en Belgique ; une autre hypothèse est avancée à demi-mots par Patrick Lesueur dans son bouquin, c’est qu’Haren ait monté quelques coupés de son côté, ce qui expliquerait que l’un d’eux ait été exposé à une date aussi tardive… Cela se heurte toutefois au fait que les coupés furent tjs construits pratiquement à la main, ce qui paraît exclure un transfert d’outillage…

Gatom

Le 10/04/2018 à 20:32

Mon cher Paul, encore un excellent petit article ! J’ajouterais, comme avocat du Diable, que la Juva est une copie quasi conforme de l’Opel Kadett contemporaine, copie améliorée, d’accord, mais copie quand même…. D’où un air de famille avec la première Moskvitch (dû à une migration légèrement forcée des outillages vers la zone soviétique…), et des méprises continues quant aux identifications de véhicules anciens. Je ne connaissais pas cette version de la Juva électrique… par contre, le coach n’est pas la Graal… c’est bien la version Ute destinée au marché Australien (ah, ça c’est BR!!!) : pas de chiffres de vente, une vague photo de pub. A mon avis, un peu mieux proportionnée que le coach, avec un petit air exotique supplémentaire… Bonne recherche!

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