Reverchon: les autos de notre enfance !

Publié le dimanche 14 juin 2015.
Mis à jour le vendredi 5 juillet 2019.
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Il existe un constructeur français, qui malgré les difficultés résiste encore et toujours et continue de produire ses voitures, qui a baigné notre enfance et notre adolescence, et qui, dans ses heures de gloires, a même dominé l’Amérique. La description que je viens d’en faire exclue de fait les Alpine, Venturi, Facel-Vega ou Monica et contre toute attente, si tout le monde est au moins monté une fois à bord de ses productions, personne ne se souvient de son nom. Ce constructeur se nomme Reverchon, et il a dominé outrageusement le marché des auto-tamponneuses.

DS 01

En 1915, Gaston Reverchon a 14 ans, et débarque à Paris pour y travailler ! La France est en guerre et manque de bras, et c’est chez Renault, qui tourne à plein régime pour soutenir l’effort de guerre, que le jeune garçon va trouver du travail comme tôlier-formeur. Après quelques temps passés chez le losange, Gaston part chez le carrossier de luxe Binder, où il va parfaire sa connaissance de la mécanique et de la carrosserie sur des modèles Rolls Royce ou Bentley. Il y a pire comme apprentissage ! Pourtant, le jeune homme a soif d’entreprendre, et se sentant suffisamment armé, il se met à son compte en 1927 pour produire des pièces détachées d’automobiles de grand standing, et pour en assurer l’entretien. Parmi ses clients, Marcel Boussac, le roi du textile de l’époque.

Reverchon 02

L’homme a fait fortune en produisant les uniformes de l’armée Française pendant la guerre, et en récupérant les surplus de toiles d’avions pour en faire des blouses, des chemises et surtout des pyjamas. Il aime les chevaux, mais aussi les automobiles, que son chauffeur emmène à Gentilly pour y être entretenues. C’est justement le chauffeur de Boussac qui va changer sa destinée. Amateur de fêtes foraines, il suggère à Gaston Reverchon d’utiliser ses pièces de rechange automobiles (radiateurs, phares, pare-chocs) pour habiller les auto-tamponneuses qui ne sont alors que des planches de bois à quatre roues disposant d’un volant et d’un siège fixe.

Jubilee 01

Reverchon trouve l’idée géniale, et ira même plus loin : sa formation de carrossier lui permet de fabriquer un habillage entier en métal sur le modèle des automobiles de l’époque. C’est en 1929 que sort le premier modèle Reverchon qui révolutionne l’industrie de la fête foraine ! Le succès sera immédiat, et l’entreprise grandit au fur et à mesure des idées géniales du patron. Aux cotés des auto-tamponneuses, Gaston propose dès 1937 des attractions complètes tel le Télécombat : l’entreprise est en marche. Bien sûr la 2ème guerre mondiale mettra en sourdine ses activités, mais dès la Libération, l’activité reprend de plus belle. L’entreprise est par ailleurs dopée par l’envie de fête et de joie des français après 4 années d’occupation.

Prestige 01

En France, Reverchon n’a pas de concurrent. Le marché est international, avec quelques leaders, comme Lusse aux USA, Supercar en Grande Bretagne, IHLE en Allemagne, ou Sol, Barbieri et Bertazzon en Italie. Entre 1945 et 1950, Reverchon produit près de 12 voitures par semaine. Petit à petit, Reverchon s’impose comme leader en innovant : châssis en acier, carrosserie en polyester, monnayeur etc. Désormais, ses deux fils, Christian et Michel, travaillent avec lui, développant les deux activités : auto-tamponneuses d’un côté, manèges et attractions de l’autre. Comme disent ses clients forains : « avec Reverchon, t’en as pour ton pognon » ! En 1971, l’entreprise qui a déménagé près de Fontainebleau, emploie désormais 270 personnes.

Privilège 01

Les années 70 seront l’âge d’or de Reverchon. Avec une moyenne de 15 000 voitures fabriquées par an, l’entreprise est leader en France et commence à se développer à l’international. Surtout, son expérience de la conception d’attactions complètes lui permet de proposer une nouveauté qui va révolutionner le secteur : un pavillon d’auto-tamponneuse complet permettant l’installation rapide avec une seule personne au lieu de 6 jusqu’à présent (et des heures de boulot). Désormais, on achète tout chez Reverchon, de la voiture à la piste, avec l’assurance de la qualité, et la rapidité d’installation. Malheureusement, en 1982, Gaston s’éteint. Ses deux fils prennent la relève, tandis qu’Isabelle Reverchon, designer et femme du petit-fils Philippe s’occupe du design des auto-tamponneuses. Ce sont pourtant les années 80 qui verront le déclin de l’activité (l’arrivée des parcs d’attractions met à mal les classiques fêtes foraines). Si Reverchon s’en sort en vendant des attractions fixes, la partie auto-tamponneuse souffre un peu. En 1990, la société est scindée en deux entités, l’une fabricant les attractions, l’autre les autos. Désormais, Gaston Reverchon International Design (GRIDE), menée par Philippe et Isabelle, est LE fabricant d’auto-tamponneuse français.

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En 1997, Reverchon fête sa 100 000 ème voiture produite ! Pas mal pour un constructeur français inconnu du grand public ! Malheureusement, le marché s’est considérablement réduit par rapport aux années 70. Un premier dépôt de bilan en 2003 force les Reverchon à se séparer de 400 auto-tamponneuses anciennes et de collection, malgré un chiffre d’affaire de 2 millions d’euros. Le marché continue pourtant à s’écrouler, et en 2008, la société s’éteint définitivement.

Alma 01

Définitivement ? Pas tout à fait puisqu’Isabelle et Philippe restent propriétaires de leur centrale d’achat, DPR, qui propose aux forains des pièces détachées pour les produits Reverchon. Mais dans la famille, on a le virus de l’auto-tamponneuse, et Isabelle ne pourra s’empêcher de redessiner une carrosserie en polyester, proposé à la vente à partir de 1950 euros. Malgré l’incendie de l’atelier situé dans l’Yonne en 2010, l’activité reprend, avec une production aujourd’hui de 450 carrosseries par an. Mais l’ambition d’Isabelle et Philippe reste intacte : la prochaine étape sera de proposer une auto-tamponneuse complète, comme à la grande époque !

Le site de DPR : http://autotamponneuse.com/

Photos : DPR/Au Studio (http://www.austudio.book.fr)

 

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3 commentaires

J2M

Le 14/06/2015 à 19:21

Enfin l’explication précise de ce qui m’intriguait – et je l’avoue, m’intéressait – le plus dans les autos tamponneuses : la qualité de l’accastillage, qui était très sérieux et qui ressemblait en s’en démarquant, à celui des » vraies » voitures croisées dans la rue. Excellent !
Les incroyables peintures pailletées, elles, étaient caractéristiques et limitées à ce parc bien particulier. On a peut-être évité le pire (ou le plus drôle) à nos voitures, à l’époque « disco »…
Citroën inscrivit bien une CX orange à son catalogue (de mémoire en 78-79). Je me souviens que mon père, surpris par cette outrance, se réfugia au moment du choix dans le classique « brun scarabée ».
Pas de regrets. Deux millésimes et puis s’en fut. Ouf !

Philippe

Le 06/11/2016 à 06:00

Encore une belle Madeleine que je viens de déguster. Et en parlant de dégustation, Reverchon est aussi une variété de cerises, rien à voir avec la couleur du cheval blanc d’Henri IV mais je tenais à le dire…

PATRICK MERCIER

Le 29/11/2018 à 19:45

Je tiens à préciser que le monnayeur n’a jamais été inventé par Reverchon.

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