Riley Elf et Wolseley Hornet : Mini de luxe

Publié le mardi 28 janvier 2020.
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En 1959, British Motors Corporation révolutionne l’automobile populaire en lançant la bien nommée Mini. Le succès est immédiat et BMC commence alors à décliner sa pépite à toutes les sauces : version sportive (Cooper), break (Countryman et Traveller), pick-up, voiture de plage (Mini Moke) et même cabriolet (dans les années 80). En 1961, pour conquérir une clientèle plus huppée, BMC va dériver de son best-seller deux modèles plus statutaires sous les noms de Riley Elf et Wolseley Hornet, deux raretés aujourd’hui tant leur diffusion resta confidentielle dans les années 60.

En développant la Morris Mini, Alec Issigonis a le nez creu. Son projet ADO15 réunit tous les suffrages et séduit l’Angleterre comme le monde entier. British Motors Corporation, qui regroupe alors les marques Austin, Morris, MG, Austin-Healey, Vanden Plas, Riley et Wolseley, décide de décliner la nouvelle petite voiture sous plusieurs badges : on trouvera ainsi une Mini sous le badge Morris (Mini-Minor), mais aussi Austin (Seven puis Mini) dès son lancement. Voiture populaire, elle n’est pas encore le symbole du chic et du bon goût qu’elle deviendra plus tard. La direction de BMC décide donc de proposer non pas une, mais deux déclinaisons haut de gamme afin de séduire aussi la bonne société britannique.

La Wolseley Hornet

Une clientèle huppée pour la Mini

Les badges Riley et Wolseley, réputés plus luxueux que Morris ou Austin, vont donc porter la stratégie d’élargissement de la gamme. Considérant que la clientèle visée reste conservatrice, les nouvelles Elf (rien à voir avec la compagnie pétrolière française qui n’existe pas encore, mais tout avec la créature légendaire de la littérature “fantasy”) et Hornet (le bourdon en anglais) vont se différencier nettement de leurs soeurs populaires et adopter un profil tricorps étonnant (et pour tout dire assez disgracieux). L’empattement reste le même que celui d’une Mini, mais la longueur passe alors à 3,27 mètres !

La Riley Elf

Elles n’ont pas un physique facile

À l’avant, le capot moteur récupère des plis (plus chics ?), mais surtout une calandre imposante rappelant celles des autres modèles Riley et Wolseley. Pour tout dire, cet ajout stylistique rend les Elf et Hornet un peu ridicules, perdant au passage la bouille craquante de la Mini en même temps qu’elles deviennent prétentieuses. La Riley gagne, quant à elle, un nouveau tableau de bord faisant la part belle aux boiseries : une touche luxueuse spécifique du plus bel effet quand la Wolseley conserve celui, plus simple, de la Mini, avec son compteur central. Normal puisque dans la hiérarchie BMC, la Riley Elf se positionne au-dessus de la Wolseley Hornet. Elle coûte d’ailleurs plus cher, 694 livres contre 672 !

À leur lancement en 1961, les Elf et Hornet s’équipent du 4 cylindres de 848 cc développant 34 chevaux. En 1963, la cylindrée passe à 998 cc permettant à la puissance de passer à 38 chevaux. Avec ces quelques chevaux supplémentaires, les deux petites anglaises peuvent atteindre les 124 km/h (contre 114 auparavant). À cette époque, elles évoluent un peu avec, entre autres, de nouveaux freins ou un meilleur chauffage. Elles prennent alors le nom de Mark II. En 1966, quelques retouches esthétiques (notamment les charnières de porte) leur vaudront d’être appelées Mark III. 

De l’échec commercial à la collection

Malheureusement pour les deux jumelles, le succès ne sera pas au rendez-vous ! Les brillants stratèges de BMC n’avaient pas envisagé que la première concurrente de ces deux petites luxueuses serait la Mini elle-même, que sa ligne réussie et l’effet de mode rendaient chic sans avoir besoin d’artifice. En outre, les méthodes “à l’ancienne” consistant à ajouter une calandre et un (petit) coffre ne suffisaient pas à rendre désirables ces deux voitures. C’était même tout l’inverse tant les Elf et Hornet semblaient ainsi disgracieuses.

Nos deux petites luxueuses sortent donc du catalogue en 1969, après seulement 30 912 exemplaires d’Elf et 28 455 de Hornet : une paille par rapport à la production totale des Mini jusqu’en 2000. Avec le temps, les primes à la casse diverses et variées, la rouille ou les accidents, ces deux petites voitures sont devenues assez rares. Aujourd’hui, elles ont pour elles l’originalité des lignes (elles ne sont toujours pas devenues belles pourtant) tout en surprenant le quidam, le tout dans un certain luxe appréciable (surtout la Riley Elf). Une alternative à la Mini pour collectionneur averti.

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3 commentaires

GeoffGarit

Le 28/01/2020 à 19:33

Et bien je dois avouer que je les trouve bien craquante, en particulier la Wolseley, j’aime beaucoup sa calandre et ce profil, différents, et j’oserais même dire, élégant

Guilhem

Le 29/01/2020 à 21:22

Petite précision linguistique (et entomoligique…), hornet veut dire frelon et non bourdon, qui se dit bumblebee !

Antoine S

Le 30/01/2020 à 11:15

Le début de la valse improbable des étiquettes et des positionnements de marché hasardeux chez BMC.
Un parallèle intéressant serait à faire entre BMC/BLMC et VW aujourd’hui. Un constructeur gigantesque, propriétaire de marques multiples, vendant plus ou moins les mêmes voitures sous diverses marques et sur tous les continents.
Paul, il faudra bientôt s’attaquer au très gros dossier ADO16, voiture mondiale, numéro un sur son marché principal, fabriquée partout dans le monde et vendue en 2 portes, 4 portes, 2 volumes, 3 volumes sous 7 ou 8 étiquettes différentes (Morris, Austin, MG, Princess, Riley, Wolseley, Innocenti, Authi)…
… et voiture presque totalement oubliée et fort méconnue chez nous aujourd’hui.

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