Rover 620 Ti: une japonaise au coeur anglais

Publié le vendredi 28 novembre 2014.
Mis à jour le jeudi 25 mai 2017.
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Mes lecteurs les plus fidèles le savent : je fricote avec une suédoise, mais j’ai une toujours eu un faible pour les anglaises, malgré leurs défauts. Au début des années 90, j’étais déjà saabophile, à défaut d’être saabiste, mais je gardais un œil outre manche, au cas où ! Aussi quand en 1993 apparut la série 600 chez Rover, j’étais tout excité (toutes proportions gardées hein!). Assistais-je à la renaissance de la marque au Drakkar ?

En fait l’histoire fut plus compliquée que cela. D’abord, la 600 n’était pas une vraie Rover. Il s’agissait tout bonnement d’une Honda Accord, presque de fond en comble. Il faut louer les talents du design interne de Rover pour avoir su transformer cette japonaise au point d’y voir une vraie petite british ! A l’époque de sa sortie, on trouvait encore dans les gammes françaises de 405 ou des R21. Seul Citroën avait déjà sorti une nouvelle génération de berline avec la Xantia, mais au design très fade.

Cette 600, camouflant ses origines nippones, paraissait, elle, tellement moderne et tellement britannique à la fois, parfaite harmonie entre fiabilité japonaise et ambiance roastbeef, que j’ai cru un instant que « Rover was back ». La 800 avait déjà étrenné la collaboration Honda/Rover, mais la 600 en était l’étape ultime : tout ou presque provenait de chez Honda. Le constructeur japonais imposa même que tous les moteurs essence viennent de sa banque d’organes. A sa sortie donc, la 600 n’est qu’un clone de l’Accord.

A cette époque, j’ai même cru que Honda prendrait le contrôle de Rover Group. Partenaires depuis 1986, partageant quasiment leurs gammes (600 et 800 / Accord et Legend), c’était selon moi logique. Erreur ! En janvier 1994, c’est BMW qui rafle la mise. La 600, voiture bien née, en paiera les conséquences : elle sera proprement délaissée par le nouveau propriétaire, qui la remplacera en 1999 par la 75 (lire aussi : Rover 75 V8), après 272 510 exemplaires produits.

Paradoxalement, si le rachat par BMW fut fatal à la 600, il permit de proposer une version particulièrement alléchante de la 600 : la 620 Ti, la plus anglaise de la gamme ! Au lancement de la 600, seuls les moteurs essence d’origine Honda étaient permis par l’accord (sans jeu de mot, quoi que!) liant le britannique au japonais. Mais le rachat par Béhème le rendait désormais caduque. Aussi, c’est équipée d’un moteur d’origine Rover, le T-series, un 2 litres turbo de 200 chevaux équipant déjà le coupé 220 (lire aussi: Rover 220 Turbo), que la 620 Ti se présente au public.

A l’époque, une telle puissance sur une berline de cette catégorie est plutôt rare, même chez les allemandes. En version Lux, la 620 Ti offre en plus un équipement et un luxe digne d’une Jaguar, pour moins cher, et peut-être plus sportif. En 1995, il en coûtait 185 000 francs pour s’offrir ce petit bout d’Angleterre, alors qu’une BMW 328i de 193 chevaux (seulement, mais avec 6 cylindres) vous délestait de 232 000 francs.

Les chiffres sont rares sur cette 620 Ti. Combien furent réellement fabriqué jusqu’en 1999, date de sa disparition des concessions ? On parle de 28 000 exemplaires ce qui me paraît exagéré. Mais après tout pourquoi pas. Ce qui est sûr, c’est que BMW ne voulait pas investir un centime pour promouvoir la 600, fruit des amours de Rover et Honda dans les années 80. Plus largement, le rachat de Rover par la marque à l’hélice fut un fiasco, à tel point qu’elle revendit la marque pour 10 £ au consortium Phoenix, après avoir revendu Land Rover à Ford, et en conservant la marque Mini (avec le succès que l’on sait aujourd’hui).

Aujourd’hui, vous pouvez vous offrir une puissante et luxueuse voiture de 200 chevaux pour une bouchée de pain, entre 2 et 5000 euros, c’est à dire peanuts pour un morceau d’histoire compliquée, avec une construction sérieuse (c’est du Honda hein!), un moteur anglais très agréable et une ambiance intérieure digne d’une Jaguar. Voilà une intéressante alternative non ?

PS: Fred, de The Automobilist, me signale que seuls 164 exemplaires de la 620 Ti ont été immatriculés en France… Bonne chasse !

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11 commentaires

Nicolas

Le 28/11/2014 à 20:59

la 620Ti est effectivement une petite bombe qui mérite d’être redécouverte. Je tiens juste à signaler que ce n’est pas l’arrivée de BMW qui permis son développement puisque celui-ci était déjà bien entâmé lorsque BMW racheta Rover en Janvier 1994. Mais de fait BMW n’arrêta pas le programme en tant que tel, mais ne fit aucun effort marketing en faveur de la 600, qui eut finalement une carrière relativement courte par rapport aux 800, 200/400, etc…

mad

Le 26/05/2015 à 21:03

Question performances, la 620 ti est plutôt bien placée. Pour autant, le chassis est loin d’être à la hauteur. Malgré les silents blocs renforcés, les trains roulants Honda, multibras avant et arrière n’ont jamais convaincu personne et il ne faut pas imaginer suivre une quelconque R21 turbo sur une route sinueuse. La greffe du moteur Rover sur la nipponne laisse à désirer et la fiabilité n’est pas au niveau des autres versions, notamment en ce qui concerne le refroidissement. Et comptez un budget conséquent pour les pneus avant qui s’usent irrégulièrement. Il ne suffit pas d’être rare et exclusif pour avoir de l’intérêt… Une 623 si se montrera très performante et beaucoup plus fiable.
Et pour ceux qui voudraient absolument gouter au 2.0 suralimenté, il y a beaucoup plus excitant : le coupé 220 turbo ! une extrapolation de la honda concerto version coupé T-top et ses 240 km/h en pointe. Ca déménage sérieusement et le différentiel torsen n’est pas de trop ! Une sacré gueule et assez de bourrins pour faire le kéké entre deux feux rouges. Comme joujou c’est pas mal. Mais ne comptez pas faire du circuit avec.

Kev.B

Le 22/04/2016 à 20:30

« Malgré les silents blocs renforcés, les trains roulants Honda, multibras avant et arrière n’ont jamais convaincu personne et il ne faut pas imaginer suivre une quelconque R21 turbo sur une route sinueuse. »

C’est pour ça que l’Integra Type R est connue pour son chassis en carton, de même l’Accord Type R, incapable de suivre la première 406 hdi venue…

Les doubles triangulation Honda, et les trains multibras Honda sont très bien fait je trouve au contraire, des voitures bien plus saines que ses homologue à trains mcpherson.

Honda a l’époque avait les moyens de proposer une suspension aussi sophistiquée, ce que n’avait pas les Français qui cherchaient l’économie. La 21 Turbo a pour inconvénient une grosse prise de carrossage en appuis et une moins bonne motricité (hors quadra) par rapport au chassis japonais.

Pour la Rover, le but recherché était plus le confort et la stabilité à haute vitesse que l’agilité en courbe serrées. Question d’Usage.

Pour comparer à époque équivalente, le chassis d’une Prelude cinquième génération est bien supérieur à celui d’une 406 coupé. Bien plus agile, plus rapide en courbe, plus stable, surtout sur les VTI dotées des 4 roues directrices.

oversteer

Le 01/07/2015 à 22:05

La Xantia….fade ???? De mon point de vue, elle a démodé toute la catégorie à l’époque..après les gouts et les couleurs …..à part ça, excellent article, comme d’hab 🙂

Paul

Le 01/07/2015 à 22:07

J’ai pas dit que toutes les Xantia étaient fades hein, tape « Xantia » dans le moteur de recherche du site et tu tomberas sur l’Activa: tu verras ce que j’en pense 😉
Merci pour les compliments !

Fred

Le 13/08/2015 à 19:20

La 620Ti est certes très sympa, mais déjà en 1993 Opel offrait une Vectra Turbo qui avait une boîte 6 et une transmission intégrale et qui était plus inovatrice, plus performante et plus puissante 😉

Marcus

Le 23/04/2016 à 16:32

En attendant… moi qui recherche une berline, 4 portes et originale que l’on ne croise plus, j’ai pensé à cette rover, pour avoir faillit acheter une 620 sdi en 2010… et bien je pense malheureusement qu’acheter une Rover, s’est se la garder sur les bras si on souhaite changer d’auto! C’est malheureux mais c’est tout ce que les non connaisseurs ont retenu 🙁

Paul

Le 23/04/2016 à 16:34

Au prix ou tu l’achèteras, ce ne sera pas une perte financière énorme aujourd’hui… Tu trouves de belles voitures toutes équipées et relativement fiables à des prix super modiques: vu le prix d’achat, tu peux la pousser jusqu’à sa belle mort 😉

fc30

Le 13/05/2016 à 22:54

Mes parents et mon oncle ont tous les deux eu des 620 Di achetées neuves, et hélas je confirme… A l’achat fin 1995 – début 1996 ce fut une très bonne affaire, beaucoup moins chère, mieux équipée et plus performante qu’une Laguna 2.2 D RT (le 2.2 dT n’existait pas encore) ou 406 1.9 SRdt équivalente, à l’usage ce fut très correct (les deux défauts étant une fragilité au niveau de la durite du turbo, et une assise trop basse).
Par contre à la revente ce fut une catastrophe, alors même que Rover n’avait pas encore sombré. La notre finit en reprise au quart de sa valeur alors qu’elle avait 5 ans et 120 000 km, tandis que celle des cousins partit dans les petites annonces à 1500 € quelques années plus tard. Aujourd’hui ce doit être encore pire, je me demande comment cela se passe pour les pièces détachées… mais l’image de « petite Jaguar » reste encore présente dans les mémoires.

Damien vatine

Le 16/07/2017 à 22:44

Petit déterrage, je viens de m’offrir ma 3eme 620ti… C’est une très bonne auto surtout aux prix ou on les touches (quand il y en a une à vendre).

guillory donatien

Le 16/07/2017 à 23:00

bonjour, je possède une rover 620 ti, c’est ma 2ème en plus d’une 620 sdi. Le chiffre de 164 exemplaires annoncés me laisse dubitatif surtout devant les 28 000 exemplaires vendu (toutes motorisation confondu) a une époque (il y a bien 10 ans) on en trouvait des pages entière sur un célèbre cite de vente français… le modeste groupe de passionnés auquel je fais parti en compte déjà quelques une…

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