Saab 9-2X : la Saabaru

Jeudi 16 février 2017
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J’avais déjà évoqué la Saab 9-2X (lire aussi : les Saab américaines) mais il était temps d’en parler de façon un peu plus précise. Vous connaissez mon penchant pour la marque scandinave mais aussi pour toute marque un peu originale, ce qui fait que je me retrouve perplexe devant cet éphémère modèle. Oui en effet, j’aime aussi Subaru, et particulièrement l’Impreza dont la 9-2X dérive étroitement, mais j’ai toujours été dubitatif sur la politique de « badging » de GM. Résultat, j’hésite à dire si j’adore ou si je déteste cette Saabaru !

L’idée d’une Saab compacte s’explique par un constat implacable : depuis des lustres (et pour être franc, depuis la Saab-Lancia 600, lire aussi : Saab 600), la gamme se limite à deux modèles, la 900 (puis 9-3) et la 9000 (puis 9-5). Et honnêtement, l’idée d’une « petite » Saab n’est pas idiote du tout. Mais concevoir un modèle spécifique, fusse-t-il issu d’une plate forme GM (comme les 9-3 et 9-5), aurait été sûrement plus judicieux pour séduire des saabistes ou conquérir une nouvelle clientèle.

Au lieu de cela, GM décide de la jouer à l’économie, reprenant d’une certaine manière la tradition de l’A112 (lire aussi : La Lancia A112 de Saab) et de la Saab 600. Mais au lieu de grimer une Astra en Saab, les génies de chez General Motors vont chercher à offrir un produit décalé, comme il se doit chez le suédois. Possédant 20 % de Subaru (propriété de Fuji Heavy Industries), GM propose à son partenaire japonais un deal a priori intéressant : construire sur une base d’Impreza une Saab destinée au marché nord-américain.

Cet accord a plusieurs avantages : augmenter les volumes de production de l’Impreza, tout en offrantà bon compte à Saab une compacte décalée, efficace et performante. Le problème, c’est que GM va faire des économies de bouts de chandelles en restylant au minimum l’Impreza, qui malgré une face avant et des feux arrières spécifiques, rappelle bien trop le véhicule de départ. La 9-2X transpire l’Impreza par tous les pores !

Pourtant, Saab va singulièrement rehausser la qualité de fabrication (utilisation de matériaux plus valorisants, de moquettes et tapis « Saab », nouveau dessin des compteurs, console centrale au look métalisé, sellerie cuir, sièges chauffants, appuis-têtes SHAR, acoustique améliorée grâce à de meilleurs jointures et garnissages). La 9-2X, c’est un peu une Impreza de luxe, la première Saab à transmission integrale et moteurs boxers.

Car sous le capot, on retrouve le 2.5 à plat de 165 ch (puis 173 ch) et le 2 litres turbo à plat lui aussi de 227 ch, qui sera remplacé par le 2.5 turbo porté à 230 ch (mais surtout plus de couple). C’est pas mal pour une voiture de cette taille (même si le sport reste l’apanage de la Subaru), bien née et efficace. Sur le papier, les conditions sont réunies pour que la 9-2X fasse un carton.

Oui mais, voilà, la 9-2X, présentée en décembre 2003 au salon de Los Angeles, et entrée en production en 2004, ne rencontrera pas le succès escomptée : seuls 410 exemplaires seront vendus les 2 premiers mois, obligeant Saab à rentrer dans une politique de promotion dès mai 2004. Or la 9-2X, fabriquée au Japon aux côtés des Impreza, coûte assez cher à fabriquer et à transporter jusqu’aux USA. La rentabilité est d’ores et déjà mise à mal. Fin 2004, 1788 exemplaires auront été vendus sur le sol américain.

Persistant dans l’idée de ne vendre la 9-2X qu’aux Etats-Unis, alors qu’un modèle compact aurait pu séduire une clientèle marginale mais réelle en Europe, GM ratera peut-être l’occasion d’amortir un peu son modèle : sans doute qu’en Scandinavie une Saab à transmission intégrale aurait pu séduire une part non négligeable d’amateurs, on ne le saura jamais. Le regain des ventes en 2005 a sans doute paru suffisant pour ne pas tenter l’aventure européenne (5940 ex), mais plus sûrement le refroidissement des relations entre Subaru et GM a-t-il rendu caduque la suite de l’aventure : en octobre 2005, 8.4 % des actions sont vendues à Toyota, tandis que le solde (11.4 %) étant revendues à Fuji Heavy Industries.

De toute façon, les ventes retombent à 1435 unités en 2006, dernière année de production. En tout, 10 346 Saab 9-2X seront produites, donnant à cette Saabaru un statut direct de collector. L’idée n’était pourtant pas mauvaise, et la base plutôt bien vue, mais il aurait sans doute fallu donner au modèle une vraie personnalité Saab, et pas juste un simple grimage ! Pourquoi se limiter à une version hatchback, alors que la version 4 portes, plus élancée, aurait sans doute trouvé une clientèle plus large. Pourquoi limiter aussi sa diffusion aux USA et au Canada, alors que le marché européen aurait pu absorber une part de la production ? Autant de petites erreurs stratégiques qui ont sans doute coûter la carrière de la 9-2X.

Aujourd’hui, si cette petite Saab n’est pas une vraie Saab, elle me fait régulièrement envie. Bien sûr, il faudrait aller en dénicher une outre-atlantique, et son immatriculation pourrait être compliquée, mais c’est le prix de l’originalité 10 ans après la fin de cette éphémère compacte. Et puis, 227 à 230 ch, une transmission intégrale, l’efficacité de la Sub’ et la face de la Saab, avouez que c’est tout de même tentant !

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17 commentaires

Docteur Oliv

Le 16/02/2017 à 19:26

Entre la SAABARU et la LANCIA A 112 j’ai subitement l’impression de ne rien connaitre à l’Automobile !!!

Malo

Le 16/02/2017 à 20:06

On doit bien pouvoir trouver 2-3 modèles en Suisse non ?

Eddy123

Le 16/02/2017 à 20:25

L’idée été sympa car la Subaru était comme les saab, des autos décalées..
Hélas, comme il est écrit, les deux autos sont trop semblable… Un lifting façon croma/9000 aurait été mieux…
Et effectivement dommage pour l’impasse de la berline. .

philippe

Le 16/02/2017 à 21:37

Le cross-badge est la plaie par laquelle pourrissent les constructeurs.
Et Saab n’a pas été épargné avec la 93 vendue sous la marque Cadillac ou à l’inverse le gros Trailblazer indigne de porter le badge Saab synonyme de raffinement technique.
Il est vrai que la 900 basée sur la Chroma représentait déjà le début de quelque-chose mais la 95 et la 93 avaient rattrapé le coup bien que contenant des composants GM.
Les S-Type et X-Type bien que différenciées esthétiquement des Ford/Lincoln dont elles dérivaient n’ont pas non plus réhaussé l’image de Jaguar.
Il semble que Fiat ait brusquement décidé de ne plus badger Lancia des Chrysler mais la marque Lancia ne semble plus avoir d’avenir.
Seul VW jouant habilement de sa banque d’organe arrive à préserver l’image de chacune de ses 13 marques sauf sans-doute Skoda qui est à Seat ce que Vauxhall est à Opel.

Michel

Le 17/02/2017 à 07:16

MARCHIONNE c’est totalement vautré en rebadgeant des CHRYSLER en LANCIA, c’est mal connaitre les attentes de son panel de clientèle surtout en Europe > Moralité LANCIA est cliniquement mort

philippe

Le 17/02/2017 à 07:28

Dommage, avec la Giulia et un peu d’invstissement en tôlerie on pouvait avoir le pendant luxueux de ce modèle sportif.
C n’est pas compliqué.
Il suffit de regarder une Infiniti Q30 qui contient 80% des pièces d’une Classe A ou jadis une Chrysler 300 qui contenait 80% d’une classe E, la Crossfire qui était un CLK juste retouché, des modèles très habilement différenciés de leur base sans investissement massif.

Docteur Oliv

Le 17/02/2017 à 09:55

Et la 300 C était une excellente voiture et très originale

Docteur Oliv

Le 17/02/2017 à 09:58

Pas d’accord pour la JAG S qui est digne du blason mais bien sur la X est plutôt une MONDEO de luxe

philippe

Le 17/02/2017 à 10:38

Le design et la finition de la S fait vraiment très américain, design à la truelle, chromes et plastiques bon marchés. Même si on ne perçoit pas vraiment la Lincoln dessous, elle ne reflète pas l’image de raffinement et de technologie d’une Jaguar.

philippe

Le 16/02/2017 à 21:42

Je ne parle pas du magma du VU avec ses Dodge RAM Promaster qui sont des Peugeot Boxer ou bien du Trafic décliné sous 5 marques.
Mais j’ai oublié les Mitsubishi badgées Peugeot ou Citroen, époque heureusement révolue, la Mazda Mx5 grimée Fiat 124 et la Suzuki badgée Fiat Sedici.

quentin

Le 16/02/2017 à 22:25

Pour le VU la forme importe peu, mais le réseau est un critère majeur pour les pros. Ainsi, le Trafic est à la maison dans les cinq plus gros pays européens.

philippe

Le 17/02/2017 à 07:32

Pour le VU l’important est d’avoir une gamme complète. Quand Darty achète une flotte il veut la fourgonnette, le fourgon moyen et le gros. C’est ce qui a d’ailleurs conduit au Mercedes Citan il y avait un trou d’offre qui faisait perdre des flottes à Mercedes et à l’inverse pour l’actuel VW Crafter qui est produit par Mercedes sur la base Sprinter rebadgé. Le contrat entre les 2 est rompu pour le remplacement du Crafter, on verra comment VW fera …
Le plus rigolo c’est GM qui utlise le Doblo en fourgonnette et Trafic + Master en fourgons.

Olivier

Le 17/02/2017 à 10:39

@philippe – petite correction:

L’actuel VW Crafter 2017 est une Volkswagen pur et dur, qui n’a plus rien a voir avec le Sprinter. La Crafter se vend même en Traction Av. pour les petites versions , le Sprinter est une propulsion ar. dès la version de base.

Mercedes et VW se sont séparées après 20 ans.

Par contre, nouveau badgeneering: le nouvel VW Crafter est vendu comme une MAN TGE chez nous an Allemagne – et c’est MAN qui la vend en premier! Normal, puis-ce que MAN est la filiale poids lourds de VW en Europe (a côté de Scania).

http://www.van.man/de/de/transporter.html

Eddy123

Le 17/02/2017 à 16:23

Il a quant même la même caisse qui la marque a l’étoile!!!

Olivier

Le 17/02/2017 à 18:23

Main non, justement ce n’est plus Sprinter:

De 1996 à 2016, oui, la VW LTII / Crafter était un clône des Mercedes Sprinter, toujours en propulsion, avec moteurs VW, assemblée soit par Mercedes à Ludwigsfelde (Berlin) ou Daimler Düsseldorf pour la dernière version Crafter I ou par VW à Hanovre pour la LT II précedente.

Dés 2017 (maintenant) la VW Crafter II / MAN TGE est un modèle complètement apart de Daimler, design, développement et caisse 100% VW, moteurs VW 2l TDI, choix de traction avant, propulsion (pour les version >3,5t) ou 4×4. Production chez VW Poznan en Pologne.

En France vous ne n’avez peut-être pas encore la nouvelle Crafter II, mais ici en Allemagne (ou j’habite) la ligne vien de débutér.

Jean

Le 18/02/2017 à 21:13

Sous une carrosserie différente, cela aurait peut-être mieux marché. Trop proche de l’Impreza telle quelle, et pas sur non plus que ça aurait marché en Europe, vu qu’elle aurait sans doute été vendue plus cher que l’Impreza équivalente…

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