Southend Railway : les trains électriques d’AC Cars

Publié le samedi 14 octobre 2017.
Mis à jour le jeudi 18 octobre 2018.
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La marque anglaise AC Cars a toujours eu un petit côté élitiste, et son AC Ace, donnera naissance, grâce à Caroll Shelby, à la mythique AC Cobra, un modèle si rare et cher aujourd’hui que les répliques pullulent ! Difficile de croire alors que des millions de personnes sont déjà montées dans une AC ! Et pourtant, c’est le cas. AC Cars, bien entendu, n’a pas fabriqué autant de voitures que cela, mais la petite marque, après-guerre, a du trouver des nouveaux débouchés le temps que sa production automobile redémarre. C’est en construisant des trains électrique (grandeur nature) qu’AC put survivre et relancer sa marque.

Pendant toute la guerre, l’usine de Thames Ditton dut participer, comme toute les entreprises industrielles, à l’effort de guerre en produisant munitions, armement, des pièces aéronautiques, voire des camions porte-radars ! Mais la victoire de 1945 laissait l’entreprise en grande difficulté : le marché de la voiture de sport ou de prestige mettra un certain temps à redémarrer. William Hurlock, propriétaire de la marque, n’était pas homme à se laisser abattre. Sans abandonner la production automobile qui reprend au compte goutte, Hurlock va entraîner son entreprise dans la salutaire diversification.

La jetée de Southen on the Sea, à la fin du XIXème siècle (en haut) et aujourd’hui (en bas)

AC Cars va dans un premier temps produire des… chariots de golf dénommés « Bag Boy ». Activité non seulement salutaire mais aussi lucrative, AC Cars devenant l’un des principaux acteurs de ce marché. Mais la plus étonnante diversification sera la production de trains électriques. Hurlock n’hésitera pas à répondre à l’appel d’offre de Southend on the Sea pour la production de 4 rames de trains comprenant chacune 3 motrices électriques et 4 wagons simples, pour un total de 28 wagons ! Un marché qui pourrait en ouvrir d’autres.

Southend on the Sea est l’une des stations balnéaires les plus proches de Londres, sur la Manche, encore plus proche que ne pourrait l’être Deauville de Paris. Les anglais ont été les concepteurs de la station balnéaires mais aussi (surtout?) de la promenade au bord de la mer, sur les fronts de mers mais aussi sur d’immenses jetées en bois comme celle de Southend, tellement longue (2158 m) que dès 1888 commença la construction d’un chemin de fer électrique pour emmener les badauds fatigués profiter de l’air iodé.

La Southend Railway fut mise en service en 1889, et le petit train électrique équipé de 4 moteurs développant chacun l’équivalent de 18 chevaux chacun transportera les nombreux vacanciers pendant presque 60 ans (durant la guerre, il servira à charger en munitions les bateaux accostés à la jetée). En 1949, il était temps de changer de matériel.

William Hurlock, à l’affût de tout contrat permettant de faire tourner son usine de Thames Ditton, à l’Ouest de Londres, fut le plus prompt à répondre à l’appel de Southend on the Sea, située à l’Est de Londres. Les deux villes, l’une au bord de la Tamise, l’autre à l’estuaire, n’étaient pas si éloignée. Est-ce la proximité des deux villes qui favorisa le contrat ? Ou bien simplement l’entregent des frères Hurlock, William et Charles ? Voire leur expérience dans la construction et la réparation de camion ? Difficile à dire, mais AC Cars se retrouva donc à fabriquer des trains à moteurs électrique, le temps de reprendre pied sur le marché automobile.

En tout, 4 trains furent fabriqués. Chaque train possédaient 7 wagons, dont 3 pourvus de 2 moteurs électriques de 18 chevaux. Un train complet possédait donc 6 moteurs pour une puissance totale de 108 chevaux, permettant d’atteindre une vitesse maximum de 29 km/h, et de transporter un peu plus de 250 personnes ! Moderne et aérodynamique, le train AC Cars avait une certaine gueule, il faut l’avouer.

Les trains AC restèrent en services près de 40 années, jusqu’à la toute fin des années 1970. En 1979, il fallu stopper l’exploitation pour rénover l’ensemble de la jetée, la Southend Pier. Les machines furent remisées, tandis que les travaux durèrent jusqu’en 1985… Mais un incendie repoussa l’ouverture de la jetée et de son nouveau chemin de fer à août 1986. Lorsque le Southend Railway rouvrit, c’était avec deux nouveaux trains diesel. Les trains électriques AC Cars avaient fait leur temps et c’est aujourd’hui dans les musées (notamment celui de Southend) qu’on peut voir ces drôles de trains siglés du même logo qu’une AC Cobra.

L’AC Petite (en français dans le texte), autre diversification de la firme de Thames Ditton dans les années 50

Dans les années 50, toujours pour maintenir à flot l’activité « voiture de prestige », la firme n’hésita pas à se lancer dans la production de 3 roues, comme Morgan, sous le nom de AC Petite (j’en reparlerai). Entre le Bag Boy, le train de Souhend et la Petite, autant de productions AC qu’on ne soupçonnait pas !

Le musée de Southend : http://www.southendpiermuseum.co.uk/

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7 commentaires

Eddy123

Le 14/10/2017 à 15:11

Passer de électrique au Diesel..
Une autre époque. ..

YO

Le 14/10/2017 à 21:55

Bien vu !

martin

Le 16/10/2017 à 22:25

En même temps j’émets des doutes sur la sécurité offerte par le système d’alimentation par le sol.

Paul

Le 17/10/2017 à 10:53

Cela dit, au bout de 30 ans d’exploitation sans trop de problème, les doutes sont levés non ? 😉

georges

Le 20/01/2018 à 02:43

En Angleterre c’est ou c’était courant, et le metro …. .

Jota

Le 14/10/2017 à 23:39

J’aime bien ces histoires de diversifications industrielles.
Récemment j’ai par exemple appris que Healey avait produit des bateaux (pendant la période florissante des canots automobiles).
En tout cas tout article sur le feroviaire est le bienvenu sur BR perso j’adore.

Gérald-600

Le 15/10/2017 à 22:10

Il a un petit air de micheline, Paul un article bientôt sur les rails ?!?

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