Spectre R42 : artisanat à l’anglaise

Publié le mardi 22 octobre 2019.
Retour

Le Royaume-Uni est le paradis des petits constructeurs. Et les années 90, malgré l’explosion de la bulle spéculative entourant les voitures de sport, furent une période d’effervescence de projets plus ou moins sérieux ou ambitieux qui firent naître ou renaître un sacré nombre de marques. Ray Christopher, déjà bien connu pour ses répliques de Ford GT40, s’était mis en tête de lancer sa vision de la supercar de l’époque, sur le modèle de la glorieuse GT à l’ovale, quadruplement lauréate aux 24 heures du Mans. La Spectre R42, alliance du génie anglais et d’un moteur américain, avait d’ailleurs pour l’objectif l’épreuve mancelle.

Ray Christopher lance la société GT Developments dans les années 80 à Manchester puis à Poole (Dorset). Grâce à la complicité de Kenneth Atwell, un ancien directeur de production de chez Ford qui avait eu la présence d’esprit de prendre des empreintes des moules de carrosserie, ce passionné de GT40 se lance dans la construction de ses propres répliques sous le nom de GTD40. Rapidement, la qualité de cette réplique (malgré quelques détails permettant aisément de la distinguer de l’orignal) permet à GT Developments de se créer sa petite clientèle d’autant que Ray Christopher a eu l’intelligence de nouer un partenariat avec Ford pour la fourniture de pièces (grâce à Bob Lutz). Environ 300 à 350 exemplaires de GTD40 seront produits pendant une dizaine d’année.

Interprétation moderne de GT40

Pourtant, Ray Christopher a une autre ambition : créer la GT40 des années 90, une vision moderne de cette voiture iconique. L’idée n’était pas d’en faire une copie néo-rétro, mais de créer de toute pièce une voiture qui en garde la philosophie. Dès le début de années 90, l’ami Ray va plancher sur son fantasme pour finalement livrer sa copie en 1993 au London Motor Show. Il s’agit de la Spectre R42 (le R pour Ray, l’homme ayant un peu d’ego, et 42 pour sa hauteur en pouce, clin d’oeil à la GT40 – haute de 40 pouces). 

Comme la GT40, la R42 repose sur un châssis tubulaire et dispose d’une carrosserie en fibre de verre. Pour l’alléger au maximum et partout où c’est possible, elle a recours à l’aluminium, voire au kevlar histoire de limiter le poids à 1 250 kg. Cela ne l’empêche pas de proposer un intérieur “de grand luxe”, du moins sur le papier. Si les boiseries et les cuirs sont bien là, l’intérieur fleure bon l’assemblage d’éléments disparates, tandis que la finition n’est pas aux standards d’une Bentley ou d’une Rolls. A dire vrai, peu importe, car ce n’est pas cela qui intéresse tant que cela l’acheteur d’une R42.

Voiture de course en tenue de soirée

La R42, c’est une voiture de course en tenue de soirée selon la brochure du petit constructeur. Outre ses suspensions et ses trains roulants travaillés “façon compétition”, la Spectre R42 reçoit un V8 d’origine Ford (forcément), un 4.6 litres 24 soupapes de 350 chevaux placé, comme pour son modèle fétiche, en position centrale arrière. Ray Christopher ayant de bons rapports avec Ford, c’est avec l’aide du constructeur américain qu’il règle les problèmes d’implantation du moteur. Un gage de sérieux du projet, assurément. 

Stylistiquement, la R42 n’est pas révolutionnaire. Si elle ne singe pas la GT40 (et c’est tant mieux car il faut pour cela disposer d’un vrai bureau de style comme Ford le fera avec la Ford GT de 2005), elle reste loin de l’effet “whaou” que provoquait sa devancière. Son style lisse et rond n’est pas déplaisant à l’avant mais somme toute assez banal, tandis que l’arrière est plus grossier. Cependant, la réputation de sérieux de GT Developments rend cette voiture digne d’intérêt pour les visiteurs du salon. Malheureusement, développer une voiture de sport de cet acabit demande beaucoup d’argent, au point de sonner le glas de la petite entreprise en 1994. Pourtant, le projet intéresse notamment Anders Hildebrand, ancien distributeur des GTD40 pour la Scandinavie. Il réussit à fédérer quelques investisseurs pour relancer la machine sous le nom de Spectre Supersport Ltd.

La fin de l’aventure

Désormais, Ray Christopher n’est plus maître du projet, et finira par s’en désengager. Hildebrand s’adjoint les services de Derek Bell pour diriger l’entreprise qui ambitionne entre 70 et 100 voitures par an. La production peut commencer : entre 1995 et 1997, 23 exemplaires de la Spectre R42 sortiront des ateliers de la marque. Pendant ce temps-là, on songe déjà à l’avenir et on prépare une R45 plus moderne qui sera présentée au London Motor Show de 1997, en présence de l’acteur Desmond Llewellyn qui incarne Q dans James Bond. 

La Spectre R45 restera au stade de concept-car

Malheureusement, l’entreprise ne passera pas le cap de l’année 1998. Aucune R42 ne sera plus construite, tandis que la R45 restera à l’état de concept. Malgré sa production confidentielle, il est donc possible de s’offrir une Spectre R42. Certes, elle n’a pas le pedigree d’une sportive au logo plus emblématique, un félin ou un cheval cabré, mais elle a pour elle le mérite de l’originalité. Surtout, elle représente toute une époque, celle des GT des années 90, et possède tout le charme des productions artisanales anglaises. Les nombreuses pièces Ford permettent un entretien aisé et relativement peu cher. Alors si vous tombez par hasard sur un exemplaire, posez-vous la question.

 

1 commentaire

Corn51130

Le 22/10/2019 à 22:13

Star du film « Projet RPM »

Laisser un commentaire