Ssangyong Musso: Rhinocéros au coeur allemand !

Publié le vendredi 15 avril 2016.
Mis à jour le mercredi 10 juillet 2019.
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Oui je sais, après l’article sur la Daewoo Nexia « Le Juste Prix » (lire aussi : Daewoo Nexia Le Juste Prix), vous allez penser que je suis dans ma période coréenne… Ce n’était pas dans mes plans de parler dans la foulée du Ssangyong Musso, mais puisque ce 4×4 s’était aussi appelé Daewoo (propriétaire de Ssangyong de 1997 à 2000), forcément, je suis allé ce matin me rafraîchir la mémoire. En tombant sur la page wikipédia de la bête (en anglais comme en allemand), quelle ne fut pas ma surprise de voir que la légende d’un Musso badgé Mercedes continuait d’être propagée sur des sites dits sérieux. J’ai donc décidé de parler plus tôt que prévu de ce grand 4×4 coréen qui connût un certain succès sous différents blasons, mais pas celui à l’étoile.

Musso 16

Je vous passerai les détails de l’histoire première de Ssangyong, fruit du rapprochement de deux constructeurs coréens devenu Dong-A Motors en 1977, puis racheté par le conglomérat (chaebol) Ssangyong Corporation, présent dans un sacré paquet de secteurs économiques, en 1986. L’entreprise, rebaptisée Ssangyong Motors, est alors spécialisée dans la production d’une évolution de la Jeep, le Korando. Les nouveaux propriétaires ont un peu plus d’ambition et rachètent à leur compatriote Young Kim la marque Panther, créée par Robert Jankel (lire aussi : Panther/Ssangyong Kallista) en 1988. Ainsi, la Ssangyong Kallista et l’éphémère Solo (lire aussi : Panther/Ssangyong Solo) rejoindront la gamme aux côté du Korando.

Musso 18

Les coréens ont pour ambition de faire de Ssangyong une marque plutôt haut de gamme, et signent en 1991 un partenariat technologique avec Mercedes Benz pour la fournitures de moteurs, de transmissions voire de plate-forme complète (notamment en 1997, avec la Chairman, totalement construite sur la base d’une W124, mais c’est une autre histoire). Le premier modèle à bénéficier de la technologie Mercedes sera un grand 4×4 plutôt habile en tout terrain, équipé bien entendu de moteurs Mercedes : deux L6 en essence, un 2.8 litres M104 de 193 ch et un 3.2 M104 de 220 ch, et côté diesel, un 4 cylindres OM601 2.3 litres et un 5 cylindres OM603, tous deux turbo-diesel, de 101 et 120 chevaux.

Musso 08

Le style est particulier, mais comparé à ce que produira Ssangyong dans les années 2000, le Musso (Rhinocéros en coréen) n’est pas si moche que cela, juste un peu pataud. Cela ne l’empêchera pas de rencontrer un certain succès dans son pays natal (moins en Europe il est vrai). En 1997, Daewoo rachète Ssangyong en grande difficulté financière, et lancera sa version du Musso en 1998 (en même temps que la version restylée), toujours avec les moteurs Mercedes. Daewoo revendra Ssangyong à des chinois en 2000, mais continuera à distribuer sous sa marque le Musso jusqu’en 2002.

Daewoo Musso, produit entre 1998 et 2002
Daewoo Musso, produit entre 1998 et 2002

Le Musso est rapidement international puisque en 1997, il est assemblé au Vietnam par Mékong Motors (qui assemble aussi des Pyeonghwa nord-coréennes, lire aussi : Pyeonghwa). A partir de 2003, il sera aussi produit en Iran par Morattab Khodro. Il finit sa carrière en 2005 en Corée comme au Vietnam, et en 2006 en Iran, avant que TagAz n’en reprenne la fabication de 2008 à 2011 à 3350 exemplaires (lire aussi : TagAz Aquila).

TagAz Road Partner, produit de 2008 à 2011 en Russie !
TagAz Road Partner, produit de 2008 à 2011 en Russie !

RP 04

Notez aussi qu’une version appelée Musso Sports fut proposée (mais jamais importée en France) : il s’agissait d’une version pick-up double cabine de luxe qui rencontra un certain succès en Australie ou en Thailande notamment. A noter aussi que quelques exemplaires du Musso équipèrent la police anglaise, mais aussi néerlandaise !

Musso 13 Police

Voilà pour la carrière du Musso, gros pachyderme coréen qui tenta de se faire une place au soleil en misant sur la qualité Mercedes. Mais alors, d’où vient cette légende d’un Musso badgé de l’étoile. Convenons que le Musso est en grande partie basée sur la technologie du constructeur de Stuttgart : il avait d’ailleurs contractuellement le droit de mettre le logo « powered by Mercedes » à l’arrière. En fait la confusion vient de deux informations différentes. La première, c’est que le Musso, conservant son badge coréen, sera vendu sur certains marché par le réseau Mercedes. Ce sera le cas en Australie jusqu’au rachat par Daewoo, qui en reprendra la distribution. La deuxième ensuite, c’est qu’en Asie, et notamment aux Philippines, certains « dealers » indépendants n’hésitèrent pas à rebadger illégalement le Musso de l’étoile afin de mieux le vendre. Enfin, certains propriétaires désireux de paraître plus riches qu’ils ne l’étaient, et jouant sur l’origine de leur 4×4, prirent aussi parfois cette liberté. Voilà pourquoi certaines photos de Musso badgés Mercedes se trouvent sur le net !

Le Musso sera légèrement retouché (surtout la face avant) en 1998 !
Le Musso sera légèrement retouché (surtout la face avant) en 1998 !

Quoi qu’il en soit, Mercedes n’aura été qu’un partenaire technique (et parfois commercial, comme on l’a vu), mais en aucun cas le partenariat n’incluait la vente de Musso sous le logo allemand. Au contraire, Ssangyong cherchait véritablement à créer sa propre image, et si elle s’appuyait sur la fiabilité et l’image de Mercedes, il s’agissait plutôt d’un pied à l’étrier ! Ssangyong fera d’ailleurs tout pour se différencier, lançant des Korando, Actyon, Rexton, Rodius aux styles étranges, voire étonnants. Aujourd’hui propriété de Mahindra & Mahindra, la marque coréenne semble revenue dans le droit chemin du design, avec un Tivoli relativement réussi.

L'intérieur luxueux des versions 3.2 SEL !
L’intérieur luxueux des versions du Musso !

En tout cas, le Musso est une occasion intéressante à saisir dans une optique de collection originale et bon marché ou comme daily driver : des 6 cylindres Mercedes, une belle habitabilité, des aptitudes tout terrain, un équipement souvent généreux (tout est de série ou presque, notamment en version 3.2). En 1999, les prix commençaient à 139 000 F (Musso 2.3 TD) pour terminer avec le grand luxe à 249 000 F (Musso 3.2 SEL) ; aujourd’hui, ils végètent dans les limbes de l’occasion, alors faites-vous plaisir !

 

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7 commentaires

rubinho

Le 15/04/2016 à 12:28

la belle époque des « collaborations » et des badges qui faisaient beaux et riches : les Ibiza System Porsche, les Bertone Freeclimber (il me semble) powered by BMW… et ces Musso « Merco ».
Bizarrement, on avait pas de badge « powered by PSA » sur les Rover 1.9td, Vitara 1.9d , Niva 1.9d…. 🙂

fc30

Le 17/04/2016 à 19:27

Concernant la motorisation par PSA, cela restait quand même un argument de vente majeur, surtout pour des modèles « exotiques », avec à la fois une image (justifiée) de robustesse et de facilité à trouver un garagiste (par exemple, ce fut déterminant lorsque mon grand père achetât une Rover 218 SDe, au même moteur et bien moins chère que la toute nouvelle 306 XRd)

poum

Le 15/04/2016 à 20:00

Un sympathique 4×4 qui a survécu à la déferlante bio design, évité le banc de muscu de ses concurrents dans les années 2000 ainsi que la calandre outrancière.

Par contre on n’est plus trop habitué aux faciès de voitures qui « font un peu la tronche ».
Depuis quelques temps, c’est plutôt « sourire apaisé et rassurant » pour la majorité et « air méchant » pour les modèles axés frime ou ostentatoires.

Navigator84

Le 25/04/2016 à 12:42

Il a aussi été brièvement produit en Chine au début des années 2000 par une entreprise basée dans le Sichuan du nom de Dadi Xunchi (ou New Dadi), avec son logo en double D (emprunté à Daihatsu …). Cette entreprise fut rachetée par Zotye en 2005.

J’en ai croisé un dans la province du Henan : http://i68.tinypic.com/505eb.jpg

KpT'N

Le 16/09/2016 à 07:41

Petite correction sur l’importation du Musso Sport, sa version Pick-up. Il a été vendu en France, peut-être pas continentale, mais dans les Départements d’Outre-Mer nous y avons eu droit. Ainsi à la Réunion (c’est aussi un bout de France), où le Musso a connu son petit succès dans les années 90 (à cause d’un tarif canon pour l’époque au regard du marché), on en trouve encore (en témoigne une annonce actuellement en ligne sur un site de vente en ligne bien connu). Plus globalement ici nous n’avons eu droit qu’à deux motorisations sur le Musso, le 3.2 essence et le 2.9 Td. On en trouve encore sur nos routes, mais dans des états moyens/médiocres si on se fie à l’esthétique.

Patrickartinelli

Le 26/11/2017 à 00:22

J’en ai eu 2, un 2.9 5 cylindres sans turbo en 1995, et un 3.2 V6 essence en 1996, tous deux en boite auto. Le 3.2 consommait moins que le gaisoil qui, sans turbo, et à peine 100cv faisait tout juste 450km avec 70 litres de mazout.
Ce qui explique que je ne l’ai gardé qu’un an.
Mais, face à l’offre de l’époque, il était plutôt bien équipé, tout cuir, et sa ligne, pour l’époque, assez novatrice.

Bertrand

Le 13/10/2019 à 15:56

Étant propriétaire d un 2,3td je suis super satisfait car il fait le ce pourquoi il est préconisé franchissement ,traction de caravanes 1,2tonnes sans sourciller ,confortable et le monteur mercedes est vraiment agréable.
Mon avis c est d en reprendre un quand celui ci sera mort mais c est pas près d arriver il n a que 257000km donc encore une longue vie devant lui .

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