Station 70 : l’âme de la RN 13

Vendredi 19 août 2016
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Les Parisiens l’ignorent certainement mais quitter Paris pour rejoindre la Normandie n’implique pas forcément une arrivée à Deauville. On peut également rejoindre les plus belles plages du monde entre Omaha et Utah, en empruntant l’A13 en direction de Cherbourg, ou si on est pas pressé, la route nationale 13 parallèle à cet axe autoroutier. Vous y découvrirez des plages chargées d’histoire, des parcs naturels à couper le souffle, et des personnages hauts en couleur.

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La RN 13 prend sa source Porte Maillot pour déverser son flot de Parisiens pendant 338 km jusqu’au pied du Fort de Querqueville près de Cherbourg. Entre ces deux points, le tracé original est doublé de portions de 4 voies, de départementales, de déviations et de l’A13. Ainsi, à partir de Caen, le tracé original laisse place à une 4 voies reliant la pointe de la Manche. Chez Boitier Rouge on se plaît à penser que si la vie est une autoroute, il est bon parfois d’emprunter une sortie pour découvrir ce qui s’y cache. Osmanville, entre Bayeux et Carentan, en plein coeur des plages du débarquement, nous avons rendez vous dans un endroit atypique, qui éveille ma curiosité depuis quelques temps, la Station 70.

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Musée, c’est ce qui est écrit à l’entrée de ce lieu atypique qui fleure bon les années 70. Pourtant, d’entrée de jeu, Luc Le Gleuher, le propriétaire, nous prévient : il n’aime pas particulièrement cette appellation. Lui, a longtemps présenté son antre comme un lieu de visite. Ici on ne fait rien comme tout le monde. Si vous êtes habitués aux mises en scènes léchées, bourgeoises et spectaculaires des musées automobiles, vous n’allez pas comprendre ce qui vous arrive. Si vous aimez les voitures, les bécanes, les vélos, l’odeur de l’huile et des jouets anciens et que vous voulez passer un moment en toute simplicité alors vous repartirez d’ici avec la banane.

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Il faut dire que le Luc est un personnage. La cinquantaine souriante, il porte à bout de bras cet endroit qui lui ressemble beaucoup. L’accueil est détendu, et le propriétaire, heureux d’être là ne se fait pas prier pour faire le guide. La visite est répartie dans plusieurs bâtiments. Ce qui frappe d’entrée c’est la quantité de 2 roues exposés. Une collection entamée il y a 40 ans et qui retrace la riche histoire des pétrolettes de notre pays. Notre hôte est un puits de “science cambouis” et rappelle qu’il y a eu jusqu’à 150 constructeurs de mobylettes dans l’hexagone à une époque et que le dernier survivant, MBK est passé sous pavillon Japonais. La décoration est assurée par une abondance de bidons d’huile d’époque, d’affiches retraçant l’histoire riche de la locomotion ou de photos de champions. Une Estafette Renault “Miko” côtoie un mannequin déguisé en gendarme. Les Choppers semblant tout droit sortis d’Easy Rider rivalisent avec un 50 Peugeot orange so seventies.

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A l’étage, une première salle dédiée aux jouets anciens se visite comme on visite un vieux grenier. “J’ai longtemps été embêté avec la poussière, mais maintenant j’ai enfin la solution”, devant mon visage interrogatif, Luc poursuit “ouais, maintenant je ne la fait plus » ! Honnêtement cela participe au charme de cet endroit habité par une multitude de petits trains Jouef, miniatures Dinky Toys et autres jouets d’une époque qu’on devine moins soucieuse. Je retrouve d’ailleurs le même petit train électrique des années 50 que mon père m’avait offert enfant. Un peu plus loin, c’est une scène du débarquement qui est reproduite à l’échelle, l’occasion de rappeler que les libérateurs ont emprunté la route devant la barrière pour rejoindre Cherbourg, Saint-lô ou Caen.

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Un deuxième bâtiment s’ouvre devant nos yeux et découvre une Peugeot 404 entourée de milliers d’objets d’époque. Le hangar suivant nous plonge dans une ambiance compétition. L’occasion d’interroger Luc sur son passé de pilote de course entamée à 16 ans par la coupe Motobécane et suivie de 25 ans d’anecdotes sur deux roues. “A l’époque on courrait sur des critériums un peu partout. On repartait au volant de la moto avec laquelle on venait de courir. Parfois l’un de nous n’avait pas de quoi payer l’essence du retour. On se cotisait et il rentrait chez lui. L’époque était à la solidarité, mais on ne s’en rendait pas compte, c’était normal pour tout le monde.”

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J’interroge Luc sur une Fiat rouge équipée de baquets, harnais et d’équipements de compétition. Il me confirme qu’il a couru au volant de cette voiture « jusqu’au jour où ‘j’ai senti de l’air sous mes pieds ». Le châssis venait de casser. Fissuré dans le sens de la longueur ! Pour la rigidité c’était tout de suite moins bien” me lance Luc avec son sourire plein de malice.

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La visite se poursuit dehors, où Luc a commencé à reproduire une Nationale 13 avec pompes à essence, devanture de garage, bornes kilométriques et véhicules d’époque. Le lieu semble habité d’une âme un peu rieuse, et nostalgique. La fausse RN 13 est peuplée de Peugeot 104, Ami 8 avec queue de Renard au rétroviseur, Acadianes, véhicule de Pompier, de Police des PTT ou d’EDF, il y en a pour tous les goûts pourvu que ce soit populaire et que ça sente le bon vieux temps. Il y a même un camion Saviem SG4 tractant une magnifique remorque publicitaire. “Tu peux en mettre des trucs là dedans, et ça coûte moins cher que de construire un hangar” ! Quand je vous dit qu’il est pragmatique le garçon.

La Lada "Stock car" de Coluche est conservée "en l'état"
La Lada « Stock car » rose de Coluche est conservée « en l’état »

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Alors que je suis en train de m’extasier devant une rutilante Renault 6, je tombe nez à nez avec “La caisse de Michel”. Dans les mois précédents son “accident” Coluche participait activement au championnat de stock car représentant même officiellement le constructeur Lada par le biais de son importateur. Sponsorisé par Radis Rose Productions, le véhicule était d’un rose peu discret. C’est ce modèle, une Lada 2107 bien amochée qui trône fièrement sur un bout de pelouse. Quand je vous disais que le lieu était habité d’une présence !

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Tous les ans depuis 2011 c’est 4000 visiteurs qui parcourent les allées de ce musée pas comme les autres. Le prix d’entrée est fixé à “5 euros de bonheur”. Il ne faut pas quitter ces lieux sans passer par le bistrot dans le style de ceux qu’on pouvait retrouver sur le bord des nationales. Il est possible d’y manger en groupe ou tout simplement d’y boire un coup en terrasse. Là aussi les affiches d’époque sont partout.

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D’ailleurs il se dit que dans les prochains jours le Musée Station 70 va recevoir un invité de marque, une légende de la moto, Philippe Monneret. Philippe a commencé sa carrière en battant avec son père Georges, un record sur 24 heures au volant d’un cyclo Peugeot. Devinez qui possède l’affiche?

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6 commentaires

Rioult

Le 19/08/2016 à 13:10

Merci pour ce clin d’oeil très sympathique relatif à cet endroit respirant la simplicité et la passion au sens noble du terme.

Si vous avez la possibilité de vous y restaurer, n’hésitez pas, vous y retrouverez également les saveurs d’antan.

Bourblas

Le 19/08/2016 à 13:44

Merci pour cette pépite. Il me rappelle le musée Marxzell à ne pas louper si vous passez en foret-noire ( Allemagne), Un joyeux fourre tout !

patrick

Le 19/08/2016 à 20:44

Très chouette billet !!!

Corail74

Le 24/08/2016 à 08:12

Très beau post, je sais où passer pour aller en Normandie !

Lorsque je peux, je fuis les autoroutes, d’abord dans un soucis d’économies (triple : péage, gasole, usure de l’automobile). Et puis cela m’a permis de mieux appréhender les richesses de notre beau pays qui ne se voient pas à 140 km/h sur un bandeau de bitume…

Desfaudais valentin

Le 20/08/2017 à 02:11

C’est en circulant sur la rn13 avec la traction de mon père que j’ai aperçu ce lieu qui attise ma curiosite . Faute de temps je n’ai pu m’arrêter , j’ai alors contacter luc pour orgainer une visite lors d’une ballade en voitures anciennes avec les copains ; on en a pris plein les yeux , tel des gamins devant la vitrine d’une confiserie . On s’en est mis plen la pence parce que la bouffe est extra pour bien faire et on a rigoler comme des tordus en même temps c’est un artiste le luc bref un super moment.
2 ans plus tard nous sommes devenu Amis avec un grand A , et je lui ai même restaurer son dragster avec les copains du club .

Docteur Oliv

Le 19/10/2017 à 19:26

Pour ce qui concerne Michel Colucci, c’était Eric COURLY qui nous l’avait amené vers BEAUVAIS pour faire discrètement c’est premiers tours sur la terre….au volant d’une R16 ….rose.
personne n’était prévenu pour éviter que des malfaisants lui fonce dessus pour se faire un peu de souvenirs !
En tous cas la LADA marchait le feu de Dieu les 15 & 16 Juin 1986

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