Subaru BRAT : un pick-up au goût de poulet

Mardi 20 juin 2017
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BRAT ? Qu’est-ce que c’est que ce nom improbable, qui veut dire «sale gosse » en anglais ? C’est pourtant celui choisi par Subaru USA pour nommer un drôle d’engin, un pick-up 4 roues motrices destiné au marché américain, finalement vendu un peu partout dans le monde (et notamment en Australie et Nouvelle Zélande, sous le nom de Brumby). En réalité, il s’agit d’un acronyme, signifiant Bi-drive Recreational All-terrain Transporter. Voici son histoire.

C’est la Leone SW 4×4 qui sert de base au BRAT

Tout commence avec une sombre histoire de poulets au début des années 60. L’Allemagne (et la France) considéraient à l’époque que les USA faisaient du dumping en exportant vers l’Europe à perte sa surproduction de poulet, empêchant les producteurs de volailles européens d’être compétitif sur leur propre marché. Les deux pays instaurèrent donc une taxe sur le poulet américain. En rétorsion, et après des négociations tendues (à tel point qu’on nomma cette période la « Guerre du Poulet), les Etats-Unis pondirent la Chicken Tax, pénalisant l’importation en provenance de France et d’Allemagne d’amidon, de Dextrine (issue de l’amidon, la dextrine est un liant servant notamment à réaliser de la colle « naturelle » pour les enveloppes), de Cognac ou d’Armagnac, et de véhicules utilitaires légers, grâce à une taxe de 25 %. En gros, de quoi pénaliser les deux vieux pays sur des secteurs « peu stratégiques » certes, mais importants tout de même.

Je vous vois venir : mais qu’est-ce qu’il nous raconte avec ses poulets et son amidon ? En fait, Lyndon Johnson, alors président, profite de cette loi pour défendre les intérêts des constructeurs automobiles américains qui commençaient à être gênés aux entournures par Volkswagen et son combi « pick up » qui grappillait allègrement des parts de marché au détriment des pick-ups américains grâce à des tarifs canons. C’est ce qui s’appelle faire d’une pierre deux coups : profitant d’une sombre histoire de gallinacée, les Etats-Unis en profitaient discretos pour protéger le marché des véhicules utilitaires.

Un peu plus de 10 ans plus tard, le président de Subaru USA se demandait comment refaire un bon coup après le succès inattendu de la 360 importée par Malcom Bricklin (lire aussi : Bricklin SV1). Son constat est simple : le marché des utilitaires légers « à benne » est florissant aux States, et réservé aux constructeurs nationaux, et la plupart ne sont pas équipés d’une transmission intégrale qui devenait à l’époque déjà la spécialité de la marque japonaise. Il demande donc à la maison mère de lui concocter une version pick up sur la base de la Leone SW AWD, destinée aux ricains. L’astuce : en offrant deux places dos à la route sur la benne du véhicule, placés sur des barres de métal et amovibles, on sortait de la fameuse « Chicken Tax » de 25 % pour revenir à la taxe normale sur les véhicules particuliers, qui elle s’élevait à 2,5 % !

Notez les deux sièges arrières, dos à la route, dans la benne du BRAT, permettant d’échapper à la Chicken Tax

Fin 1977, les premiers BRAT construits au Japon, à Ota, débarquent en Amérique. L’astuce des sièges arrières est imparable : le BRAT devient tout de suite concurrentiel, contrairement aux compatriotes Toyota ou Nissan, tout en proposant une transmission intégrale inconnue ou presque sur ce marché. Bingo.

En 1978, première année pleine de commercialisation, 22 945 exemplaires du BRAT furent vendus aux USA, et en 1979, 23 441 unités trouveront preneurs. Pourtant, dès 1980, le pick-up de Subaru rentrera dans le rang, avec un peu plus de 12 000 ventes, pour ensuite tomber entre 4 et 6000 exemplaires par an jusqu’en 1986. En 1987, dernière année de commercialisation aux States, 1274 BRAT trouveront encore preneur.

la version restylée apparaît en 1981

Pourtant, dès 1981, un restylage profond sur la base de la nouvelle Leone faisait rentrer le BRAT dans la modernité, mais il faut bien le dire : il manquait singulièrement de puissance, avec son 1.6 puis 1.8 boxer développant tout juste 70 chevaux. Une option « turbo » fut bien proposée entre 1982 et 1983 (avec presque 100 ch à la clé), sans pour autant relancer les ventes de façon significative. Pourtant, avec 92 445 exemplaires vendus aux USA, le BRAT aura réussi à implanter durablement la marque Subaru chez l’Oncle Sam. Quelques BRAT furent aussi importés en Europe (mais pas en France, à ma connaissance), en Australie (ou le « Ute » était indispensable dans toute gamme qui se respectait), et en Nouvelle-Zélande où il fut même fabriqué sur place.

La version restylée avait droit à une option « T-roof » intéressante

La production continuera encore quelques années pour servir les marchés spécifiques d’Océanie et d’Asie du Sud Est, mais jamais le BRAT ne sera intégré à la gamme japonaise. Pourtant, il sera régulièrement importé de façon officieuse pour les amateurs du genre Nippon : il y a aussi des gars très « BR » dans l’archipel. Bref, si vous tombez sur un Sub’ BRAT, n’hésitez pas : c’est rigolo, rare aujourd’hui surtout dans nos contrées européennes, et particulièrement attachant surtout dans sa première version so 70’s. A bon entendeur !

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19 commentaires

Choco

Le 20/06/2017 à 13:53

Très Starsky & Hutch le rouge à bandes blanches !

Paul

Le 20/06/2017 à 14:22

oui j’ai pensé la même chose ahahah 😉

Gérald

Le 20/06/2017 à 14:32

Subaru a refait un pick up pour les USA dans les années 2000 avec le Baja à priori sur une base Legacy.
@ Paul, ça pourrait faire l’objet d’un article si il n’est pas déjà dans la longue liste…

Nabuchodonosor

Le 20/06/2017 à 15:50

Parait que la benne de la BRAT qui n’était pas très JOLIE, s’appelait la PIT aux states.
CQFD
🙂

Nabuchodonosor

Le 20/06/2017 à 15:53

Désolé, il s’agit d’une FOSSE affirmation.
🙂 🙂 🙂

Mat Ador

Le 20/06/2017 à 15:56

… Un ange (lina) passe…

Fils de Pub

Le 20/06/2017 à 16:11

J’en TOMB RAIDER !

philippe

Le 20/06/2017 à 18:47

C’est une vraie merguez cette brat(wurst) !

Ankela Merkez

Le 20/06/2017 à 19:21

Ach ya, un’ frai feau !

J2M

Le 20/06/2017 à 19:23

Excellent mais décourageant quand je lis que la taxe est, là-bas, de 2,5%…
Je viens de passer chez le (célèbre) concess Ford du Bouscat (33) pour constater que le très fun mais basique coupé Mustang V8 est inaccessible.
Quand je vois son prix aux States, j’ai envie de prendre l’avion pour aller m’en chercher une.
Même avec un A/R en Concorde, je suis bénéficiaire.
Même avec le parcours du combattant de la DRIRE.

Ah bon, y vole plus le …?!
Et la DRIRE vit encore ? Ah, bon. Gloups

Sérieusement, les japonais et leurs voitures soignées, attrayantes et pas chères, encore et encore… A travers ce papier précis, on voit bien le terrible décalage entre l’automobile US et la japonaise, ou avec l’européenne.
Cet article pose la vraie question du conservatisme et du protectionnisme dans un domaine où le client compare et choisit et finit toujours par gagner.
Je retourne chez Palau ou je vais voir Air France ?

lusocelt

Le 20/06/2017 à 19:54

je reviens des US et effectivement ce genre de modèle est plus accessible la bas.
mais il faut ajouter les frais sur place plus la …. tva française sur le cout de revient du véhicule.

A Bordeaux plutôt que Palau ou Air France, pour ce genre de véhicule j’irai plutôt chez des pros spécialisés comme Calandre ou autres

il me semble que la DRIRE n’existe plus… pas de fausse joie elle n’a pas disparue mais porte un nouveau joli petit nom

Pierre

Le 21/06/2017 à 10:22

Effectivement elle est passé sous le nom de DREAL, si j’ai bien tout suivi

Thomas

Le 21/06/2017 à 11:48

Effectivement, Les prix aux USA sont annoncés hors taxes.. puisque ceux ci dépendent des états, voir meme il y a des taxes local ect.. c’est un peu le bordel ! ( tu te retrouve parfois avec 3 taux de TVA sur la facture : une de la ville, une du conte, une de l’état)

je crois que le modèle V8 est a affiché neuf a 35.000 dollars clé en main, dans les 32.000 €… tu rajoute la Tva fr et les droits de douanes… (ca fait 32 %), tu arrive a 42.000, tu dépasse le prix proposé par ford france.. sans parler du transport et du soucis que pose l’homologation…

Isaac

Le 20/06/2017 à 21:49

On peut l’apercevoir tout au long de la série My Name Is Earl avec le personnage de Joy, l’ex femme du personnage de Earl qui lui roule en Chevrolet El Camino, « la limousine des mini pick-up »

Lamarf

Le 21/06/2017 à 09:18

Bonjour, je croise encore régulièrement une Baja jaune canari dans les rues d’Epinal.

Gregocox

Le 21/06/2017 à 10:58

Dans le genre pick-up un peu bizarre il y avait le skoda Felicia sortie sauf erreur de part au début des années 90.

Docteur Oliv

Le 21/06/2017 à 17:10

Dans la même ligne que la Déco Starsky & Hutch, le tissu à carreau ressemble furieusement à celui de ma CAPRI 3 2.8i dans les années 80

Wolfgang

Le 23/06/2017 à 15:50

L’avant, ça fait un peu Triumph Dolomite non ?

2rak

Le 28/06/2017 à 11:43

je me rappelle en avoir croisé un à Bruxelles dans les années 80
et il y a eu un peu des morts, non ? avec ses sièges arrières (du genre: en partant du concessionnaire)

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