Tatra T77 et T77A : l’aérodynamique au service de la vitesse

Publié le jeudi 16 janvier 2020.
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Tatra est une marque tchèque essentiellement connue des amateurs avertis et des collectionneurs éclairés. Des années de communisme ont changé l’image de l’industrie tchécoslovaque qui jouissait pourtant avant-guerre d’une sérieuse réputation. Dans le domaine de l’automobile, Tatra jouait dans la cour des grands, inspirant même Ferdinand Porsche pour la création de sa KdF Wagen (devenue Volkswagen Käfer/Cox). Dans le haut de gamme, la luxueuse T77 présentée en 1934 innovait sur de nombreux points, poussant plus loin que tous les autres les principes de l’aérodynamique.

La V570 inspirera la T77 mais aussi la fameuse Volkswagen Coccinelle

Dans les années 30, un certain nombre d’ingénieurs et de constructeurs se penchent sur la question de l’aérodynamique. En France, cela donnera naissance à de fabuleux modèles comme la Voisin C25 Aérodyne, ou bien un peu plus tard la Panhard Dynamic. Chez Tatra, c’est l’ingénieur à l’origine de quasiment toutes les voitures Nesselsdorfer Waggonfabrik / Tatra depuis 1898, Hans Lewinka, avec l’appui de son collègue Erich Ubelaker, mais aussi du consultant Paul Jaray, aérodynamicien passé par Zeppelin, qui s’y colle avec l’ambition d’abord de créer une petite voiture populaire, la V570. Cette dernière inspirera fortement Ferdinand Porsche au point de permettre à Tatra, en 1961, de gagner son procès en contrefaçon (et d’obtenir 3 millions de marks de dédommagement de la part de Volkswagen).


De l’originale V570 à la nouvelle T77

Plagié ou pas, Tatra avait, de toute façon, retoqué le projet T570 : à cette époque, la marque venait de lancer la T57 (1931), une voiture relativement accessible dont le succès fut jugé “spectaculaire” par la direction. Elle restera au catalogue jusqu’à la fin des années 40 et se vendra à 26 540 exemplaires malgré la guerre, un chiffre tout à fait respectable pour une marque comme Tatra. Lewinka, Ubelaker et Jaray décidèrent d’appliquer les théories de la T570 à une nouvelle berline de luxe, la T77.

L’idée est simple : travailler l’aérodynamique et le poids pour permettre à la voiture d’atteindre 145 km/h malgré une puissance relativement modeste : le V8 de 3 litres refroidi par air (et placé à l’arrière) ne développe que 60 chevaux. Cette vitesse semble théoriquement impossible à un si petit moteur, notamment dans le cas d’une berline destinée à accueillir 6 personnes. Pourtant, grâce à l’aide de Paul Jaray, spécialiste de la question, la T77 étudiée en soufflerie chez Zeppelin avec une maquette au 1/5ème atteint ce cap avec facilité.

Aérodynamique, légèreté et vitesse

Pour alléger la voiture, le V8 et sa boîte de vitesse sont réalisés en alliage de magnésium et sont placés à l’arrière (évitant le poids d’un arbre de transmission et de conduits d’échappement). La voiture est dotée d’un châssis poutre sur lequel est soudée la carrosserie aérodynamique et ne pèse que 1 700 kg. Les lignes sont toutes dévolues à la fonction et non à l’esthétique. Comme Voisin avec la C25 Aérodyne, la T77 possède un physique particulier, qui ne plaît pas à tout le monde. D’ailleurs, les deux voitures seront présentées la même année, en 1934, au Salon de Paris, créant chacune la sensation.

Si la Voisin interpelle, la Tatra, quant à elle, impressionne les journalistes (qui l’avaient pour certains déjà testée en mars 1934 dans les environs de Prague) grâce à ses performances routières : les fameux 145 km/h sont atteints, les suspensions aux 4 roues indépendantes rendent la voiture confortable et sûre… enfin presque car il faut malgré tout maîtriser la position arrière du moteur qui lui donne un comportement “particulier”. Hitler lui-même avoue en la découvrant : “c’est la voiture qu’il faut pour mes autoroutes”. Effectivement, elle est plus à l’aise sur les nouvelles autobhanen allemandes ou autostrades italiennes que dans les virages de montagne, autant le savoir.


Naissance d’une lignée 

Seuls 105 exemplaires dotés du moteur 3 litres seront produits en 1934 car rapidement, la voiture évolue vers une nouvelle version, la T77A, dont le moteur de 3.4 litres développe 75 chevaux : de quoi atteindre la vitesse de 150 km/h. Esthétiquement, la T77A récupère un troisième phare central qui la distingue de sa devancière. Petite excentricité des premières T77 et T77A : un poste de conduite central censé améliorer la visibilité et la conduite (sur la T77A, le phare central tournait en même temps que le volant). Rapidement, les T77A reviendront à un volant à droite (ou à gauche pour l’exportation). 

Fabriquée à la main dans l’usine de Koprivnice jusqu’en 1938, la T77A sera construite à 154 exemplaires avant d’être remplacée par la T87, version plus puissante (85 chevaux) et plus diffusée (un peu plus de 3 000 unités jusqu’en 1950). Une chose est sûre : la T77 initiait chez Tatra une longue série de voitures originales, les T87 et T97, la T600 “Tatraplan”, la T603, la T613 et pour finir, l’ultime Tatra T700 à la fin des années 90. 

S’offrir une T77 ou une T77A, c’est faire preuve d’une certaine originalité aujourd’hui (comme à l’époque d’ailleurs) : une voiture de connaisseurs, ou d’amateurs d’exotisme technique et esthétique. 

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