« The Japanese Gentleman’s Agreement » : pourquoi pendant 15 ans les voitures japonaises furent limitées à 280 ch.

Jeudi 11 août 2016
Retour

Alors que je faisais paraître un article sur la marque Amati jamais lancée par Mazda évoquant le « Gentleman’s agreement » des constructeurs japonais limitant la puissance de leurs moteurs à 280 ch / 276 hp (lire aussi : Amati, la marque de luxe fantôme), un lecteur me demandait d’expliquer un peu cette mesure devenue mythique, notamment depuis le lancement de la série de jeux vidéo Gran Turismo.

Pour expliquer cet accord tacite, commençons par le commencement : une première mesure visant à lutter contre les gangs, les fameux bosozoku au milieu des années 70. Les courses poursuites dans les centres villes commencent à sérieusement énerver la police japonaise. A bord de puissantes voitures, ou de motos, ils narguent les forces de l’ordre en organisant des courses au milieu de la circulation.

En coopération avec la JAMA (Japan Automobile Manufacturers’ Association), il est alors décidé de limiter la vitesse des véhicules produits à un maximum de 180 km/h grâce à un astucieux système coupant l’arrivée d’essence au delà de cette limite. De toute façon, la vitesse maximale autorisée étant de 100 km/h sur l’archipel, personne n’y trouva rien à redire, d’autant qu’à part ces gangs, les japonais sont assez (très) respectueux des limitations et de la loi en général. Un premier pas venait d’être franchi vers l’auto-régulation. Une chose est sûre : à la fin des années 70, le phénomène bosozoku avait disparu. Effet des limitations de la JAMA ou de l’action de la police ? Un peu des deux sans doute.

En revanche, les années 80 virent un nouveau phénomène : l’explosion des accidents mortels sur la route, dépassant les 10 000 cas en 1988. Là encore, il fallait agir par le biais d’une mesure draconienne : limiter la puissance des voitures. Là encore, la JAMA fut mise à contribution. Comme les moteurs japonais de l’époque atteignaient au maximum la puissance de 280 ch, c’est cette limite qui fut arbitrairement choisie en 1989 pour satisfaire et l’opinion publique, et les autorités. Cet accord mutuel de ne pas dépasser cette puissance est dès lors appelée le Japanese Gentleman’s Agreement .

Un accord de dupe en vérité, puisqu’il s’agissait surtout de jouer les bonnes consciences. Dès lors, les voitures de sport japonaises indiquaient toutes sur leurs fiches techniques la puissance maxi de 280 chevaux… Tandis qu’en réalité, elles en développaient beaucoup plus qu’indiqué ! Chacun savait qu’une Nissan Skyline GTR pouvait largement dépasser les 300 ch tout en n’en déclarant que 280 ! Mais l’honneur était sauf, et chacun savait de quoi il en retournait vraiment.

Quoi qu’il en soit, le nombre d’accidents de la route diminua tout au long des années 90. On aurait pu dire que la mesure tacite acceptée par l’ensemble des constructeurs japonais portait ses fruits. Or en 2004, le directeur de la JAMA, Itaru Koeda fit une annonce explosive : il annonçait que la relation entre l’accidentologie et la puissance des véhicules n’était pas prouvée, et que la baisse de la mortalité routière au Japon venait plutôt de l’amélioration de la sécurité passive et active. Il mettait fin officiellement au Japanese Gentleman’s Agreement, sans doute aussi sous la pression des constructeurs désireux de pouvoir lutter à armes égales avec leurs concurrents américains ou européens.

C’est ainsi que cette accord ne dura que 15 ans, et que désormais, les constructeurs japonais osent proposer avec talents des monstres de puissances comme aujourd’hui la Nissan GTR ou bien, pour les berlines que j’ai pu essayer, la talentueuse Lexus GS F (lire aussi : Lexus GS et RC F).

Il existe des théories plutôt fumeuses pour expliquer autrement cette limitation : une sombre histoire de sport automobile, notamment dans les différentes catégories JGTC, le championnat de voiture de tourisme Japonais. Je vous laisse juge, mais l’explication me paraît peu probable (lire aussi : La vérité sur la « mythique » limitation à 276hp selon ce forum).

Pour étayer mes propos, voici un article du Japan Times qui fait aujourd’hui référence et qui s’avère recouper beaucoup de sources que j’ai pu trouver à ce sujet, et qui m’a fortement inspiré : L’article du Japan Times

Vous recherchez ou vendez

une auto de collection

Concours

CLASSIC & SPORTS CAR


Tentez de gagner un reportage sur vous et elle dans notre magazine partenaire
Classic & Sports Car France.

Contenu alimenté par

Articles associés

11 commentaires

Nabuchodonosor

Le 11/08/2016 à 14:55

Passionnant d’apprendre qu’au Japon de grands capitaines d’industrie s’arrogent le titre de Gentlemen tout en s’accordant simultanément et mutuellement un droit antitrust, car il ne s’agit de rien d’autre par cette entente cordiale que de fouler le sacro-saint principe de libre concurrence, sur leur marché intérieur tout du moins, afin que leurs produits fassent bonne figure et apaisent les édiles toujours prompt à légiférer face aux humeurs capricieuses d’une opinion publique aux ordres, et sur le long terme tendre pas à pas (japonais) à verrouiller leur business…
Ayant eu le bonheur ou le malheur, je ne sais plus tant Alzheimer me rongeant je finis par douter, de naître dans un monde auto épris de liberté, puis de manipuler mes Dinky-Toys, d’apprendre à lire, à chiper et dévorer les revues autos/motos de mon père, à m’abrutir devant les séries américaines des samedi après-midi ou, derrière un cône glacé aux pépites de chocolat enfoncé dans un fauteuil, à rêver devant la saga des Bebel’s ou de Bruce Lee sur grand écran dans les seventies, baignant toujours dans cette même atmosphère de Ray-Bans et Muscle-cars, de horde débridée du cheval vapeur aux odeurs de gommes cramées répondant à la pression franche et impunie de la santiag droite du cowboy éructant son coca, que je tentai maladroitement de reproduire ensuite poignée dans le coin sur la frêle selle de mon 103 Peugeot élimé mais optimisé, c’est-à-dire pot percé, repose-pieds alu et demi-guidon bracelets resserrés au max, que je ne puis concevoir aujourd’hui la bagnole autrement qu’ainsi et en bon Gentleman que je pense être devenu, laisser le libre arbitre de sa maitrise à l’individu qui en est au volant, n’en déplaise à tous les liberticides qui scient la branche chaque jour un peu plus…

Nabuborntobewild

Paul

Le 11/08/2016 à 14:57

les constucteurs japs ont du être un peu comme toi, puisqu’ils se sont affranchis de cet accord tacite en 2004 considérant, comme toi, que tout cela n’était que foutaise 😉

Légis Raspalès

Le 11/08/2016 à 15:24

Dites donc Nodosaurus, avant d’être Gentleman, vous n’étiez pas un de ces Bozosusku gominés par hasard ?
🙂

Le Sdece

Le 11/08/2016 à 15:09

 » Les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît.  »

Signé Audiard

serge blandin

Le 12/08/2016 à 14:22

intéressant de noter au passage que le directeur de la « JAMA » a réussi à suggérer de façon fort judicieuse que la diminution du nombre de morts sur les routes n’était pas liée à des puissances excessives autorisées ( donc incidemment à la vitesse ) , mais plus simplement aux progrès réalisés sur les véhicules ( structures absorbant les chocs , airbags , toutes les « béquilles » électroniques …etc …) ( et n’oublions pas les rond-points qui ont systématiquement aboli les collisions à angle droit ! )
j’attends impatiemment le jour ou on entendra en France un journaliste briser le sacro-saint discours officiel relayé ad nauseam sur les vertues « indiscutables » de la multiplication des radars au bord de nos routes aux endroits  » réputés dangereux  » ( !! ) , en suggérant que ( peut-être ? ) les progrès fantastiques apportés à nos autos qui coincide avec le début de l’invasion des boîtes à images , y serait quand même bien aussi pour quelque-chose !
mais chuuuut ! aujourd’hui on a réussi à endormir la conscience du bon peuple et le lavage de cerveau a bien fonctionné , tout le monde récite bêtement au moindre micro-trottoir : ah ben oui , que c’est ben vrai , que les radars c’est bon pour la sécurité ! merci professeur Got , mission accomplie !

Nabuchodonosor

Le 12/08/2016 à 17:30

Jama bien votre remarque Serge.

… A la série « prenez garde, la lumière jaillit de votre vessie », il convient maintenant d’ajouter le dernier tour de passe-passe de Beauvau, celui des zones accidentogènes qui parviennent à se mouvoir (ah mais si, on a les noms…) à la vitesse et fonction de la démultiplication des cinémomètres embarqués… Là, Professeur, je vous tire tout bas mon béret duquel vous garderez le pompon, car sur ce coup, l’endoctrinement à tire-lari-Got de vos élèves nous a tous rendus Got-Gots !
A propos de vitesse, je souhaiterai que l’on m’explique, lentement hein, je suis un peu dur de la feuille et mou du ciboulot ces temps-ci, pourquoi est-elle si souvent clouée au pilori des causes d’accidents alors que le simple bon sens voudrait qu’elle n’en soit qu’un facteur aggravant et que les causes réelles soient à rechercher, du moins pour ce qui la concerne, parmi ses conséquences, celles liées à une vitesse excessive. Parce que dans le cas contraire, le raisonnement poussé à l’extrême démontre qu’à défaut de la moindre vitesse… Il n’y ait plus aucuns mouvements, ce qui exclut donc, con-venons-en, bons nombres d’accidents…

Maisnenabusonpaspourautant.

Zorglub

Le 13/08/2016 à 10:06

Concernant l’article de forum (qui se plante royalement), il se base surtout sur l’idée que les Skyline/Supra/NSX etc étaient engagées en GT300, ce qui est faux (https://en.wikipedia.org/wiki/Super_GT).
Skyline et Supra étaient engagées en GT500, et en 300 on trouvait des Sylvia, des MR-S et des Celica. Je n’ai pas lu la suite, mais rien que le postulat de base est faux…

Paul

Le 13/08/2016 à 10:26

c’était mon sentiment aussi, voilà pourquoi je ne l’ai mis qu’en lien sans pour autant raconter l’histoire qui me paraissait bien fumeuse… 😉

Heathcliff

Le 12/08/2016 à 21:48

Je me suis toujours demandé si la Toyota Supra avait réellement 280 chevaux au Japon, alors qu’elle en développait 330 ailleurs. Sur internet, les sources divergent. Certains disent que les turbos n’étaient pas les mêmes, d’autres disent que les performances sont parfaitement identiques…

D’après le wikipedia japonais, la première voiture à avoir officiellement dépassé la barre des 280cv après l’abandon de la mesure, c’était même pas une voiture sportive, mais la nouvelle Honda Legend de 2004.

Sinon il existe aussi une autre entente sur la puissance des voitures au Japon : les 64 chevaux des keijidôsha. En effet, on lit souvent que c’est une limitation règlementaire mais il n’en est rien (les kei sont limitées dans leurs dimensions et la taille de leur moteur). D’ailleurs, la Caterham 160 est une kei au Japon, malgré ses 80 chevaux.

J2M

Le 13/08/2016 à 12:11

Je ne peux pas m’empêcher de faire le rapprochement avec la limitation de la puissance des motos à 100 cv, qui vien tout juste d’être levée. Elle datait de janvier 1985, si ma mémoire est bonne.
On parle aussi d’un accord tacite entre constructeurs allemands pour limiter la vitesse à 250km/h sur les (nombreuses!) voitures du crû, capables de les dépasser. Ça tient toujours ?

J2M

Le 13/08/2016 à 12:16

Cru, pas crû… et tient.
Ah les claviers de gsm…
Tout ça pour dire que dans les deux cas, comme au Japon, aucune étude n’a clairement établi de lien entre puissance et accidents.
Bon, là, je me suis relu…

Laisser un commentaire