The Marquis : le rêve américain de Jean Rédélé !

Publié le lundi 29 décembre 2014.
Mis à jour le samedi 15 décembre 2018.
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Devenir constructeur automobile, telle était l’ambition du jeune Jean Rédélé au sortir de la seconde guerre mondiale (lire aussi: Le Garage de la rue Forest, les origines d’Alpine). Diplômé de HEC, ce jeune fils de garagiste prend la succession de son père et devient le plus jeune concessionnaire Renault de France, mais ses ambitions ne se limitent pas à distribuer des voitures aux alentours de Dieppe. Rédélé l’a décidé : il créera sa propre voiture. Cette idée fixe l’amènera à créer en 1955 la marque Alpine qui marquera les esprits de milliers de jeunes enfants dans les années 60, 70 et 80 avec ses A110 et A310 (lire aussi : Alpine A310 V6), mais avant de connaître le succès, Jean Rédélé connaîtra un grand échec, outre-atlantique, avec le projet The Marquis.

La Renault 4CV de Rédélé

Rédélé connaît bien la 4CV, qu’il vend comme des petits pains dans sa concession normande, et voit son potentiel sportif malgré son look bien peu aérodynamique. Il réalise d’excellentes performances en course à son volant en 1952 et 1953 (notamment au Critérium des Alpes qui expliquera le nom de la future marque), et commence à réfléchir à l’idée d’habiller cette excellente petite voiture d’une carrosserie un peu plus sexy.

La Rédélé Spéciale de 1953 !

La rencontre avec le designer italien Michellotti permettra la naissance de la Rédélé Spéciale : un petit coupé à moteur arrière, sur base de 4CV et à la ligne séduisante, présenté en 1953. On doit son dessin à Michellotti bien sûr, et sa carrosserie en aluminium est réalisée par le spécialiste Allemano. Avec ce premier modèle, Jean Rédélé s’approche de son rêve, mais il n’a pas les moyens d’en lancer la production.

La Rogue, en fait une Rosier renommée !

Pendant ce temps, Zark Reed est à la tête de la société Plasticar Inc en Pennsylvanie. Cette filiale d’un fabricant de coques de bateaux en plastique doit relever le défi de construire une voiture à carrosserie plastique. Passionné par les voitures européennes, Reed veut concurrencer les petits roadsters anglais qui cartonnent aux USA. En décembre 1953, il rencontre Pierre Lefaucheux, le PDG de la régie Renault, et rachète un exemplaire de la barquette Rosier, réalisée par Louis Rosier et le service compétition de Renault. Il veut la fabriquer aux USA avec une carrosserie maison, sous le nom de Rogue.

Mais Reed veut aussi proposer un petit coupé, plus pratique que la barquette. Lorsqu’il rencontre Jean Rédélé et sa Rédélé Spéciale, il est tout de suite séduit. Rédélé quand à lui voit le moyen de devenir constructeur à bon compte. Le deal est simple : Reed rachète la licence d’exploitation de la Special pour les Etats-Unis (pour la modique somme de 2500 $), et s’engage à fournir l’outillage et les moules pour que Rédélé puisse en construire des versions à carrosserie en acier en France. Le deal semble plutôt honnête, et de toute façon, Jean Rédélé n’a pas d’argent pour s’offrir l’outillage.

La Rosier, renommée Rogue, et la Spéciale, renommée The Marquis (après quelques petites modifications), sont donc expédiées à New York en 1954, pour être exposée au « Motorshow » de New York. Reed, en bon impatient, a déjà fait imprimer des brochures commerciales. Il a en outre commandé 150 châssis et moteurs de 4CV à Renault.

Reed a mis la charrue avant les bœufs. Construire des carrosseries automobiles en plastique s’avère bien plus complexe que des coques de bateaux. La première carrosserie réalisée pour la Rogue s’avère trop lourde et trop épaisse. En outre, l’assemblage des châssis et mécaniques s’avère être un vrai métier, et malgré l’embauche d’un ingénieur de chez Ford, l’industrialisation s’annonce plus compliquée que prévu.

Surtout, la Marquis, qui doit représenter la plus grande partie de la production, dispose d’une carrosserie encore plus difficile à réaliser que celle de la Rogue. Il semble impensable que l’entreprise puisse décoller un jour. Lorsque Rédélé s’en va vérifier les rumeurs lui même aux USA, et ne peut que constater le désastre. Plasticar s’est engagé pour 50 millions de $ auprès de Renault, mais n’honorera pas son contrat. Rédélé rompt le contrat et rentre en France, sans argent, sans l’outillage promis, et sans sa Rédélé Spéciale, n’ayant pas les moyens de la rapatrier en France.

Le deuxième exemplaire de la Rédélé Spéciale, fabriquée par Allemano en 1955

Cependant, il n’est pas homme à se laisser abattre. Tandis qu’il fait réaliser une deuxième Spéciale par Allemano, son beau-père, Charles Escoffier, et son beau-frère Gérard, concessionnaires Renault à Paris, réfléchissent eux aussi à lancer une automobile. Ils ont rencontré les carrossiers Chappe et Gessalin qui eux maîtrisent bien mieux que Plasticar la réalisation de carrosseries plastiques. Dessinée par Gessalin lui-même, sur la base de la 4CV, elle s’avère bien plus plaisante que la Spéciale. Après une petite brouille, Rédélé n’appréciant pas la concurrence de sa belle-famille, c’est finalement lui qui mènera le projet à bien en 1955 en créant la marque Alpine et en lançant l’A106 (lire aussi: Alpine A106). La Marquis américaine sombera dans l’oubli, avant de réapparaître sortie de grange dans les années 2000, tandis que la 2ème Rédélé Spéciale se trouve visible au Musée Matra de Romorantin.

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