Tracteur Cournil : la bête de somme du Cantal !

Publié le mercredi 15 juin 2016.
Mis à jour le jeudi 11 juillet 2019.
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Les plus jeunes d’entre nous ne connaissent pas Cournil et ses fameux « tracteurs » et pourtant, ce qui n’était qu’une adaptation à des fins agricoles d’une Jeep Willys construite en France par Hotchkiss finira par avoir une longue descendance en France comme au Portugal. Dans ses terres du Cantal, Bernard Cournil, héros de la résistance et passionné de mécanique, va créer un mythe, le fameux « tracteur », dont les gênes sont encore présentes aujourd’hui au sein d’une marque non moins mythique qui poursuit une existence discrète : Panhard !

Cournil 04

Oui je sais, tout cela est bien mystérieux. Vous ne connaissiez pas forcément Cournil, et vous ne saviez pas forcément que Panhard existait encore. Surtout, ce 4×4 au look de Boxer que vous voyez sur les photos vous rappellent furieusement un véhicule portugais, l’UMM Alter (lire aussi : UMM Alter). Rassurez-vous, c’est tout à fait normal, car l’histoire de Cournil et de ses descendants est un poil compliquée.

Cournil 03

Né en 1909, Bernard Cournil est un fils de forgeron qui très tôt a commencé à s’intéresser à l’automobile. Il commencera d’abord à travailler avec son père qui vend et répare des vélos, mais fera aussi son tour de France comme compagnon pour apprendre et comprendre la mécanique. Mais c’est sur le tard qu’il deviendra constructeur automobile. Entre temps, la guerre lui aura permis de prouver de quelle trempe il était en devenant résistant, gérant l’un des principaux terrains d’aviation clandestin de France, pour finir décoré par la Reine d’Angleterre en personne ! Autant dire que Bernard Cournil est un sacré personnage.

Cournil 01

C’est la guerre d’ailleurs qui lui fera croiser la route des Jeep Willys, et se passionner pour cet engin militaire dont il entrevoit les possibilités civiles assez rapidement. Il s’installera après-guerre à Aurillac comme concessionnaire Hotchkiss. Si la marque peine un peu dans le civil avec les berlines Artois ou Anjou, elle va trouver un second souffle en distribuant puis fabricant des Jeep sous licence, notamment pour l’armée française, la M201 !

Cournil 08

C’est ce modèle qui va lui permettre dans les années 50 de devenir constructeur automobile. Cela se fera petit à petit, au gré des idées et des modifications. Issu d’un pays rural, Cournil est conscient des besoins en véhicules spécifiques des agriculteurs, notamment en zone montagneuse comme dans le Massif Central. Il adapte d’abord des prises de force ou des systèmes de relevage, et conçoit d’ailleurs une boîte de vitesse adaptée à une utilisation agraire, renforcée évidemment !

Cournil 06

Après avoir adapté la boîte de vitesse, Cournil veut aussi trouver un moteur plus résistant que celui de la Jeep. Il va trouver son bonheur en plaçant dans la M201 un moteur diesel Ferguson ! Ainsi naîtra la nouvelle activité de Bernard Cournil, qui va créer la Société de Construction Mécanique Rurale. Au fur et à mesure des commandes et des réalisations, il va améliorer son produit, jusqu’à finir par créer son propre châssis, plus solide que celui de la Jeep, et qui deviendra la base de toutes ses réalisations. Boîte spécifique, châssis spécifique, moteur Ferguson, la Jeep Hotchkiss n’a plus que sa carrosserie d’origine.

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Mais elle aussi n’est plus assez solide pour l’ensemble ! Alors Bernard Cournil va en réaliser une plus épaisse, sans recherche de style par économie, avec son capot avant plongeant qui sera la marque de fabrique du tracteur Cournil, puis de ses descendants UMM Alter ou Auverland A2 ! En 1960, le premier tracteur est commercialisé, et il ne reste plus grand chose de ses origines américaines !

La version d'Auverland, qui deviendra l'A2 !
La version d’Auverland, qui deviendra l’A2 !

Les années 60 vont être l’âge d’or de Cournil : la France se mécanise, y compris les agriculteurs qui recherchent un véhicule à tout faire, 4 roues motrices, à mi-chemin entre un véhicule de ferme et un tracteur agricole ! En 1964, l’arrêt de la fabrication du moteur diesel Ferguson oblige Cournil à trouver un nouveau moteur, hésitant avec l’Indénor pour finalement choisir un Leyland plus puissant, et donc la mécanique dérive de celle du Ferguson qu’il connaît bien ! En 1965, il propose en option un pont auto-bloquant. En 1967, Cournil emploie près de 50 personnes, et 120 tracteurs sortent de son atelier d’Aurillac. Mais mai 68 sonne la fin des belles années, avec une demande qui commence à chuter… En grossissant, la Société a vu trop grand, et se retrouve avec de nombreux stocks alors que les banques lâchent Cournil. En 1970, c’est le premier dépôt de bilan.

Le premier UMM, totalement identique au Cournil !
Le premier UMM, totalement identique au Cournil !

Il relancera pourtant l’activité avec son fils Alain, mais sans jamais retrouver le lustre des années 60, et sans plus vraiment pouvoir faire évoluer ses modèles. Il finira donc par lâcher prise en 1977, en revendant la licence à deux repreneurs, l’un portugais, UMM, qui produira l’Alter, l’autre français, auvergnat lui aussi, Gevarm, qui deviendra ensuite Autoland puis Auverland. L’A2, premier modèle d’Auverland, sera directement dérivé du Cournil, en portant le nom encore quelques années. Auverland se fera un nom ensuite avec un modèle plus petit, et plus orienté 4×4, l’A3, dôté du même châssis raccourci (lire aussi : Auverland A3), qui sera aussi fabriqué au Brésil sous le nom de JPX Montez (lire aussi : JPX Montez). Dans les années 2000, Auverland fusionnera avec Panhard pour devenir Panhard General Defense, désormais filiale de Renault Trucks, elle-même filiale de Volvo Trucks (lire aussi : Panhard VPS).

La dernière évolution du Cournil dans les années 80 sous la marque Auverland !
La dernière évolution du Cournil dans les années 80 sous la marque Auverland !

Il existe encore aujourd’hui de nombreux passionnés du tracteur Cournil et de ses dérivés, et il est tout à fait possible de s’acheter cette bête de somme (leur fiabilité et leur longévité faciliteront la tâche des amateurs) et de profiter de ses formidables qualités de bonne à tout faire !

Un peu de lecture : Cournil 4×4

 

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10 commentaires

Greg

Le 15/06/2016 à 16:54

Merci Paul pour ce morceau d’histoire!
Au final, retenir que le Cournil est avant tout un tracteur agricole, pas un 4×4 d’agrément!
Après tout, le Land Rover procédait de la même démarche: mécaniser les campagnes au sortir d’une guerre qui avait été dévastatrice pour les hommes et les animaux de trait.
Je vais plusieurs fois par an dans le Cantal alors le tracteur Cournil, j’en vois encore… de temps en temps.
Plus vraiment outil de travail, pas encore auto de collection, on va dire qu’il reçoit la même considération qu’un vieux chien de ferme: trop âgé pour travailler mais fidèle compagnon toujours partant pour une promenade en sous bois.
Et les Etablissements Cournil?
Ils existent encore (commentaire sur le sujet Auverland A2) : c’est la concession Mitsubishi à la sortie d’Aurillac, sur la N122 qui s’enfonce en Vallée de Cère vers les Monts du Cantal…

Michel

Le 15/06/2016 à 17:23

Je confirme la solidité de l’engin, il habillé de toles d’acier de 5 mm d’épaisseur, c’est indestructible, mais il est sensible à la corrosion
Pour le relancer, il manquait un reseau de distributeur serieux

wolfgang

Le 15/06/2016 à 18:05

Avec 5 mm, déjà pas besoin d’un MIG pour la soudure !!!
Un poste de ferme classique avec des baguettes fines suffit !

fabzer

Le 15/06/2016 à 21:42

Marrant de tomber sur cet article… j’habite aurillac depuis peu de temps,et ce week-end je suis tombé sur un » tracteur cournil  » à la déchèterie, et l’engin avait aiguisé ma curiosité :donc merci, cet article tombe à point !

J’en profite pour vous féliciter pour votre site, je regrette juste de voir peu de photos d’intérieurs

Paul

Le 15/06/2016 à 21:44

Sur des voitures rares et en respectant un minimum les droits d’auteur, pas toujours facile d’avoir des photos d’intérieur 😉

Jota

Le 16/06/2016 à 08:59

Une sorte d’Unimog à la Française. Toujours triste de voir ces marques disparues.

wolfgang

Le 16/06/2016 à 10:51

Qu’est ce qu’il fait à la déchetterie ? il faut le sauver de là ! ils sont capables de le recycler pour fabriquer des bagnoles électriques pourries.

Greg

Le 16/06/2016 à 14:31

Il a peut-être voulu dire que son conducteur s’en servait pour aller jeter ses encombrants à la déchetterie 😉
Même si le Cournil n’a pas un grosse valeur marchande, il jouit d’une forte valeur sentimentale sur sa terre natale!

fabzer

Le 16/06/2016 à 22:23

Oui,je confirme…il n’était pas dans une benne! il amenait des déchets verts.

wolfgang

Le 17/06/2016 à 11:14

J’aime mieux ça !
On ne sait jamais, il y en a qui ont mis des Bugatti à la ferraille à certaines époques. Et plus récemment, avec les diverses primes à la casse, on est entré dans la civilisation du jetable à outrance.

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