Triumph Toledo : Low cost à l’anglaise

Vendredi 22 juin 2018
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Chacun connaît la Seat Toledo, à tel point qu’on finissait par penser qu’elle était la seule à porter le nom de cette célèbre ville espagnole. Pourtant, dans les années 70, une autre voiture porta ce patronyme. Il ne s’agissait pas d’une espagnole, mais d’une anglaise. La Triumph Toledo, née en 1970, n’aura pas marqué les esprits malgré plus de 100 000 exemplaires produits, et l’on se souvient mieux aujourd’hui de sa grande sœur Dolomite (lire aussi : Triumph Dolomite). Si la Toledo n’était pas techniquement révolutionnaire (loin s’en faut), elle inaugurait pourtant une formule qui fera fureur au 21ème siècle : le low cost.

L’imaginaire collectif n’aura gardé de Triumph que ses modèles les plus sportifs, ou les plus funs, les petits roadsters « à l’anglaise » ou les petites berlines vitaminées. La marque, pourtant, avait des ambitions plus larges, et cherchait à convaincre une large part d’une clientèle essentiellement britannique (son cœur de marché) mais pas seulement. La Toledo était une des réponses trouvées par Triumph pour élargir sa clientèle par le bas, et n’était donc pas la mieux placée pour laisser un souvenir impérissable. On s’extasie sur les succès de Dacia mais Triumph ne fit pas autre chose avec la Toledo que ce que Dacia fait aujourd’hui avec la Sandero ou la Logan.

Voiture low cost : le mot est donc lâché. Si aujourd’hui la « traction » est devenue la norme, et la propulsion réservée à des automobiles haut de gamme, dans les années 60 et 70, c’était un gage de nouveauté, de tenue de route exemplaire, mais aussi de surcoût de production. Depuis 1965, à ce niveau de gamme, Triumph avait choisi la voie de la modernité, et la 1300 rejoignait le club des « tractions avant », un club relativement restreint. Mais après quelques années de production, il fallut se rendre à l’évidence : la petite berline anglaise était un poil trop cher pour ratisser large, sans compter un design signé Michelotti qui ne faisait pas l’unanimité.

British Leyland décida donc de changer son fusil d’épaule. La 1300 quittait le catalogue pour être remplacée en haut de gamme par une 1500 « traction » plus puissante (qui en 1973 reviendra à la propulsion), et en bas de gamme par la Toledo qui nous intéresse aujourd’hui. Pour aller chercher une clientèle plus large, Triumph décida de faire du neuf avec du vieux. En partant d’une caisse de 1300 redessinée dans le style de la 1500 (un style qui, retravaillé, donnera celui bien connu de la Dolomite), la marque anglaise revint à des solutions techniques moins onéreuses (« back to basis »).

Présentée en 1970, la Toledo n’est à ses débuts disponibles qu’en 2 portes, une solution encore souvent retenue par la clientèle. Pour faire baisser les coûts, elle retourne à la solution « propulsion ». Son bloc reste celui de la 1300, avec un simple carbu, pour 58 chevaux : un moteur éprouvé, fiable, et surtout largement amorti et pas cher à produire. Pour la boîte de vitesse, on reprend celle de la Triumph Herald pourtant sortie en 1959, là encore pour réduire les coûts, tout comme les 4 freins à tambour ou l’intérieur minimaliste.

Si l’on y réfléchit, c’est exactement la stratégie adoptée par Renault pour relancer la marque Dacia et passer de l’ère 1300/1310 (lire aussi : Dacia 1300/1310) à celle des Logan/Sandero/Duster : du solide, du rentable, de l’éprouvé, du fiable. Mais c’est le seul point de comparaison possible car à l’époque, British Leyland en général et Triumph en particulier semblaient naviguer à vue, passant de la traction à la propulsion, du haut de gamme au bas de gamme, pour finir par perdre de sa superbe à la fin des années 70 et finir par remplacer ses berlines par un clone de chez Honda appelé Acclaim.

Mais revenons à la Toledo. Assez rapidement, la gamme s’élargit à une version 4 portes : en mars 1971, elle n’était alors qu’une version « export » destinée à l’Europe, et récupérait un 1500 cm3 en deux niveaux de puissance, 61 et 64 chevaux (selon qu’il soit simple ou double carburateur). Il faudra attendre le mois d’août pour que les anglais en ait leur version mais avec le 1300 cm3 du départ (pour quelle raison ? Difficile à dire). De toute façon, les versions 1500 n’arriveront jamais à s’imposer en Europe, avec seulement 5888 exemplaires vendus seulement.

Malgré sa rusticité, la Triumph Toledo se vend plutôt bien, du moins à l’échelle de Triumph. Toutes versions confondues, elle sera fabriquée à 119 182 exemplaires de 1970 à 1976 (la version 2 portes fut retirée en 1975). Elle sera aussi fabriquée en CKD en Nouvelle Zélande (jusqu’en 1977). Avec le temps, cette Triumph « du pauvre », utilitaire et pas sportive pour un sou, a fini par être totalement oubliée, à l’image d’autres voitures de la même époque (lire aussi : Morris Marina). Rapidement remplacée, souvent abîmée, disparaissant dans les casses ou par le simple fait d’une rouille galopante, moins séduisante que sa grande sœur Dolomite apparue en 1975 et dotée de versions plus puissantes, la Toledo a disparu des routes anglaises (et par extension, des routes européennes).

 

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9 commentaires

philippe

Le 22/06/2018 à 14:21

Bonjour Paul merci d’avoir déterré ce modèle oublié.
La comparaison avec les Dacia est pour le moins hasardeuse et surprenante.
Le but était de conserver la clientèle de l’Herald qui disparaît concomitamment.
Elle est équipée du même moteur, c’est également une 2 portes propulsion, son équipement est réduit au srict nécessaire mais il y a du bois sur la planche de bord.
Ses concurrentes sont aussi frustes : Morris Marina, Ford Escort, Vauxhall Viva, Hillman Avenger, Opel Kadett. La Fiat 128 ou la SIMCA 1100 existent également en 2 portes avec des finitions aussi frustes mais avec des trains plus modernes.

Paul

Le 22/06/2018 à 14:30

Certes, mais c’est d’une certaine manière un retour en arrière par rapport à la 1300… le marché plus cossu étant visé par la 1500

philippe

Le 22/06/2018 à 15:00

Oui mais ça c’est le manque de moyens pour investir : on fait du neuf avec du vieux.
Récupérer la caisse de la 1300 pour sortir la Dolo relève du même esprit sans que l’on puisse dire que la Dolo soit low-cost.
Cette mécanique aurait mérité une carrosserie plus moderne pour aller se frotter aux Alfetta et BMW 520.

Jack Yan

Le 22/06/2018 à 15:57

J’ai eu une Toledo 1500 quatre portes en Nouvelle-Zélande; elle a fabriquée en 1977 mais registrée pour la première fois en 1978. Philippe a raison – J’ai compris que British Leyland ne sont pas elargé sa clientèle, mais ils avaient voulu preservé la clientèle de vieille Triumph Herald. Vous avez raison que la Toledo a été une étape rétrograde de la 1300 traction, et il y avait une gamme confuse chez Triumph pendant les années 70: Toledo, 1500 traction, 1500 TC propulsion, et la Dolomite …

Germain

Le 22/06/2018 à 19:01

Les anglaises populaires des années 70 ont un parfum d’échec social et économique, de grève, de rouille, de misère. Ne lui manque plus qu’un toit recouvert de vinyle qui retient l’humidité et donc la rouille et on est dans le thème, pas étonnant que les prolos anglais du nord ait achetés massivement des Lada

Philippe

Le 22/06/2018 à 19:42

La misère est plutôt arrivée avec Thatcher un peu plus tard au début des années 80. Le vinyle effectivement recouvre le toit de ma Jaguar XJC ce n’est pas franchement une voiture de pauvre, il me semble que les Opel KAD et Commodore, les Taunus et autres en étaient également pourvues c’est caractéristique des seventies. Ne soyez pas méprisant envers les prolos anglais svp.

J2M

Le 22/06/2018 à 22:45

Un de mes bon potes de CM2 (!) dont le père possédait cette voiture admirait la R16 Ts automatic du mien et moi la ligne toute de retenue de la Triumph. De nos discussions nourries et argumentées en matière auto et politique (la succession de Pompidou convoitée par notre maire nous occupait beaucoup), il ressortait que la carburation de l’anglaise était un cauchemar. Son circuit électrique aussi.
J’aimais beaucoup la planche de bord très anglaise. Lui était fasciné par la boîte auto (remarquable dans mon souvenir) que je lui vantais en détail.
Cette voiture était perçue, ici à Bordeaux, comme une petite berline anglaise glamour et raffinée. Pas un Logan avant la lettre. Cette place était celle des vieilles Aronde, des Lada, Skoda, Deuche et avatars, Cox, et une incroyable Wartburg Präsident atterrie là on ne sait comment.
Bref des voitures moches, démodées et sans tripes.
Nos options politiques n’ étaient pas vraiment de gauche et nous considérions les incendies de Méhari comme une mesure de raison, voire de santé publique.
Bon, y’a prescription….
Mais Logan, ah non !

molodoï

Le 23/06/2018 à 10:05

« Nos options politiques n’ étaient pas vraiment de gauche et nous considérions les incendies de Méhari comme une mesure de raison, voire de santé publique. »

HEIN ? Keuâ ? vous appréciiez le fait que des gens brûlent des méharis par ce que c’était la voiture des beatniks ?
Je me souviens des discussions bas-de-plafond, à l’époque, du genre : « tu roules en LADA/SKODA ? t’es communiste ?  »
Pareil pour Renault. Certes, cette époque était plus marquée qu’aujourd’hui, ou on ne sait même plus ou sont fabriquées nos déplaçoirs : http://boitierrouge.com/2014/03/24/733/

Julien

Le 21/09/2018 à 21:05

Une petite correction : la Dolomite est apparue en 1972, et non en 1975.

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