TVR S : l’arme de la reconquête

Publié le mercredi 20 novembre 2019.
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La vie de constructeur automobile n’est pas un long fleuve tranquille. Après 15 années de relative prospérité, TVR aborde les années 80 avec un nouveau projet, la Tasmin, au look en totale rupture avec la production habituelle de Blackpool. Un coup de poker censé faire entrer TVR dans la modernité qui s’avéra plus compliqué que prévu, laissant la marque exsangue en quelques mois. Peter Wheeler reprend alors l’affaire et décide de revenir aux fondamentaux avec la TVR S (ou S-Series en VO).

Revenons à la fin des années 70. Avec les M-Series, TVR s’installe dans le paysage et fidélise une clientèle désireuse d’une petite sportive anglaise abordable, performante et relativement exclusive malgré tout. Cette période donne des ailes à Martin Lilley qui envisage de monter en gamme avec son prochain modèle : la Tasmin. Avec cette nouvelle voiture, TVR veut non seulement prendre la place bientôt vacante de Triumph avec l’arrêt de la production des TR7 et TR8, mais aussi venir taquiner Lotus sur le terrain des Elite et Excel. Une entreprise ambitieuse !

Retour aux fondamentaux

Lancée en 1980, la Tasmin surprend par ses lignes anguleuses, abandonnant les rondeurs traditionnelles à TVR. Plus chère, plus haut de gamme et dérangeante, la Tasmin peine à trouver son public malgré l’ouverture du marché américain, plongeant TVR dans la tourmente financière. Peter Wheeler rachète la société en 1981. Cet ingénieur chimiste a fait fortune dans la fourniture de matériel à l’industrie pétrolière en Mer du Nord. Amateur d’automobile, il roule depuis de nombreuses années en TVR et vient à la rescousse de l’entreprise par passion plus que par raison financière. 

Wheeler sent bien que la Tasmin, seule, ne permettra pas le redressement de la petite marque de Blackpool. Il lui faut revenir à ses fondamentaux avec un modèle moins ambitieux, plus consensuel et surtout plus accessible. Amateur de la 3000 M des années 70, Wheeler décide de revenir à un dessin proche avec la S. Présentée en 1986, elle présente un dessin très classique, sorte de version moderne des M-Series, très consensuel. Et c’est justement l’objectif : reconquérir la clientèle d’une part et en conquérir une nouvelle d’autre part. 

Roadster à l’anglaise

La TVR S se présente comme un petit cabriolet dans l’esprit des roadsters britanniques, mais taillé pour le sport. Léger (un peu moins d’une tonne), il dispose d’un châssis tubulaire et d’une carrosserie en polyester, tandis que sous le capot, on retrouve le V6 Cologne qui équipe les dernières Ford Capri 280 Brooklands notamment. Avec 160 chevaux pour 2 792 cc, ce V6 est largement suffisant pour offrir d’excellentes performances à la TVR S : 217 km/h, 7.1 secondes au 0 à 100 km/h.

Lancée officiellement en 1987, la TVR S trouve immédiatement son marché. En deux ans, plus de 600 exemplaires sortent des ateliers de Blackpool, au point d’obliger TVR à recruter : une vraie bouffée d’air frais pour cette firme à deux doigts de la faillite 5 ans plus tôt. En 1988, la S évolue avec un V6 Cologne toujours, mais porté à 2 930 cc et gagnant 10 chevaux pour atteindre les 170 (elle devient alors S2). Elle gagne aussi une injection électronique Bosch L-Jetronic en lieu et place de l’injection mécanique K-Jetronic. La S2 reste sur la même tendance de vente que la S1, avec 668 exemplaires vendus entre 1988 et 1990.

En haut, une TVR S3 et en bas une TVR S4.

Du V6 au V8

Cette année-là apparaît la S3, légère évolution de la S2 avec, notamment, un nouveau tableau de bord. Une version catalysée (appelée S3C) fait son apparition dans la gamme (168 chevaux). La recette semble fonctionner puisque 887 exemplaires trouveront preneurs jusqu’en 1992. Entre-temps, TVR, portée par le succès, décide de faire monter en gamme la S avec une version V8 lancée en 1991. 

Cette dernière (appelée V8S) récupère le V8 Rover de 4 litres développant 240 chevaux et montre clairement les ambitions nouvelles de la marque : la même année sort la Griffith, présentée en 1990, superbe et ambitieuse proposition de l’artisan anglais. En cette période faste, TVR décide de ne négliger aucun marché et propose même une version 2 litres de la V8S dédiée au marché italien : sur la base d’un V8 Rover 3.5 litres, elle reçoit un compresseur Eaton et offre une puissance proche du 4 litres atmosphérique avec 233 chevaux. La V8S se vendra à 410 exemplaires jusqu’en 1994 mais fera de l’ombre à la dernière S4, sortie en 1992 et dotée d’un châssis plus rigide. Entre la V8S et la Griffith, difficile de survivre et la S4 ne trouvera que 34 clients.

Prélude à une nouvelle gamme

En 1994, la S-Series rend son tablier et laisse la place à une gamme totalement renouvelée : la Griffith puis bientôt la Chimaera et la Cerbera. La TVR S, bien que classique, aura su tirer son épingle du jeu pour relancer la marque en perdition. Dans les années 90, elle n’est plus la petite officine du nord-ouest de l’Angleterre, mais une marque respectée dont l’avenir semble radieux. 

S’offrir une TVR S, c’est s’offrir un bout d’Angleterre, le seul représentant ou presque de la tradition britannique du roadster, à l’époque. Les années 90 verront le retour de MG sur le marché (RV8 d’abord, puis MG F) mais entre-temps, TVR aura accentué encore un peu plus le côté sportif de ses productions. La S, elle, reste le bon compromis entre l’esprit “so british” et la “sports car”. Elle est encore (pour combien de temps) relativement abordable (y compris dans sa version V8S) mais devient rare à trouver, notamment en conduite à gauche. Elle représente en tout cas une bonne alternative pour qui désire une anglaise un peu sportive et exclusive.

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