TVR Speed 12 : la terrifiante supercar de Blackpool

Dimanche 10 septembre 2017
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En voilà une qui nous aura fait rêver lorsqu’elle avait été révélée en 1996 sous le nom de Project 7/12, qu’on aura souvent piloté manette en main sur Gran Turismo, mais qui finalement tournera en eau de boudin pour ne jamais être commercialisée (à part un exemplaire, j’y viens). La TVR Speed 12 (ou Cerbera Speed 12) était une folie voulue par Peter Wheeler pour concurrencer la McLaren F1 (lire aussi : McLaren F1) tant en compétition qu’en concession. Une douce folie qui coûta un bras à TVR sans jamais aboutir.

Dans la première partie des années 90, tout ce que la planète comptait comme constructeurs de GT s’essayait à l’endurance avec des versions « powerfull » de leurs voitures de série. Même Venturi, petit constructeur français s’y mettait (lire aussi : Venturi 600 SLM), alors pourquoi pas TVR se disait le boss Peter Wheeler.

Après avoir surpris tout le monde avec une superbe Griffith parue en 1990 (lire aussi : TVR Griffith), TVR enfonçait le clou avec la Chimaera en 1993 et s’apprêtait à lancer la Cerbera. En quelques années, TVR était passé du statut de petit constructeur artisanal à celui de marque qui compte. Il était logique que la marque de Blackpool s’attaque à sa propre supercar.

C’est en 1996 qu’était présentée pour la première fois cette monstrueuse voiture sous le nom de Project 7/12. Son look bestial trahissait la grande nouveauté : un V12 de 7,7 litres. Rien que cela. Pour s’offrir un V12, TVR n’était pas allé très loin, en assemblant deux 6 en lignes (AJP) dans une configuration en V. Hop, emballé c’était pesé, et sans même trop savoir sa puissance, on annonçait à qui voulait l’entendre qu’il développait 800 chevaux. Sauf que pour une fois, ce n’était pas de l’exagération : sans avoir testé la puissance entière du V12, faute du matériel adéquat pour une telle puissance supposée (on penchait pour 1000 ch), TVR dut se résoudre à tester les bancs de cylindres séparément. Résultat : 480 ch par banc, soit la puissance de 960 ch ! A l’époque c’était un beau résultat (et ça l’est encore).

Dès le départ, l’idée était de construire une voiture de course dédiée à la catégorie GT1, et d’en dériver un modèle routier prévu à 250 000 £ ! Le prototype fut remanié et renommé Speed 12 en 1998, pour aller tâter de la Porsche GT1 et de la McLaren F1 en compétition. Avec sa carrosserie en fibre de carbone, et son châssis tubulaire mêlant acier et aluminium, la Speed 12 ne pesait pas plus de 1000 kg ! Presqu’un cheval par kilo, c’était pas rien. Et puis quel look ! Difficile de dire si cette voiture était belle ou pas, mais ce qui était sûr, c’est qu’elle était impressionnante. Pour coller la bagnole à la route, on lui rajoutait ce qu’il fallait d’aileron, de spoilers et d’appendices : il n’aurait pas fallu que la voiture s’envole dans les Hunaudières. Bon cela dit, elle n’aura jamais l’occasion de poser ses gros pneus au Mans. Certes elle participa à quelques manches du championnat FIA GT, mais il fallait bien l’admettre : face à la puissance technologique et financière des autres concurrents, notamment japonais, avec les Nissan R390 ou les Toyota GT-One, la Speed 12 avait bien du mal à rivaliser. Fermez le ban !

En 2000, on changeait alors son fusil d’épaule : adieu le GT1, place au GT2, avec un moteur à la puissance réduite à 675 chevaux (pour respecter le règlement). Dans le même temps, on s’attelait à développer la version routière qui, elle, disposait de toute l’écurie ! Oui mais voilà, justement, c’était sans doute un peu trop de chevaux sauvages, ou du moins mal dressés. Peter Wheeler lui-même s’essaya à la dompter, pour revenir en sueur, genre « j’suis pas bien les gars », avouant que la Speed 12 était tout simplement terrifiante, voire inconduisible !

Pour arriver à vendre cette voiture, il aurait fallu rajouter au pot un sacré paquet de pognon que Wheeler n’avait pas ! Et en l’état, c’était suicidaire que d’introduire la Speed 12 sur le marché. Les acomptes des clients furent remboursés, et les protos de exposés de ci-delà chez les représentants TVR, ou les manifestations automobiles diverses et variées, avant de retourner à la maison pour être démantelés et servir de banque d’organes pour les quelques Speed 12 de compétition encore vivantes … Enfin, pas tout à fait. Ils servirent aussi, en réalité à construire l’unique Speed 12 de route, 3 ans plus tard, sous le nom de Cerbera Speed 12 (histoire de faire un lien avec un modèle TVR bien que n’en dérivant pas).

En effet, en 2003, Wheeler annonçait que la Cerbera Speed 12 serait bel et bien vendue, à un unique client, qui devra passer un entretien avec le boss « himself » afin qu’il soit bien certain que la voiture ne partirait pas entre des mains inexpérimentées. Grâce aux pièces des protos, et à une carrosserie de course issue du championnat GT, cet unique modèle vit le jour, dotée de l’immatriculation W112 BHG : une voiture testée par EVO en 2005, reproduite à l’identique dans Gran Turismo (vous savez, celle avec laquelle on jouait) et qu’on retrouvera à la vente sur eBay en 2010.

Ainsi s’acheva l’histoire de la TVR Speed 12. En 2004, Peter Wheeler vendit l’entreprise au russe Nikolay Smolenski, qui finira par stopper la production fin 2006, dans des conditions plutôt étranges, tout en restant propriétaire de la marque jusqu’à ce qu’il ne la revende en 2013 à Les Edgar et John Chassey. Les deux hommes, aidés par Gordon Murray, viennent de présenter leur nouvelle Griffith pour une renaissance de TVR, mais cela, c’est une autre histoire !

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9 commentaires

Enzo

Le 10/09/2017 à 13:06

Comme elle était inconduisible dans gt4 ! Elle patinait tout le temps !

Goodstone

Le 10/09/2017 à 16:35

Mais c’était plus excitant que de passer un Permis classique!

Germain

Le 10/09/2017 à 15:10

Si elle était aussi aussi incontrôlable en vrai qu’en jeux vidéo, il valait mieux pas la produire en série, (perso j’ai tendance à penser que toute puissance au dessus de 500 ch est inutile et déraisonnable)

Germain

Le 10/09/2017 à 15:15

Sinon, Paul n’a jamais fait d’article sur la cerbera « standard » dommage car celle la est intéressante, j’espère que ça viendra

Goodstone

Le 10/09/2017 à 16:36

Il me semble que la Speed 12 n’a jamais roulé officiellement, du moins en FIA GT (ou il y’avait une TVR Cerbera présente dans une quelques manches en 1997)

Paul

Le 10/09/2017 à 16:42

alors c’est moi qui me suis ma expliqué… que ce soit en GT1 ou en GT2 (enfin, seulement en UK pour le GT2), la voiture était bridée à moins de 700 ch et classifiée « Cerbera » et pas Speed 12 pure 😉

Greg

Le 11/09/2017 à 10:30

Ah oui celle-là elle m’a donné du fil à retordre sur Gran Turismo!
D’abord pour l’obtenir, ensuite pour tenter de boucler ne serait-ce qu’un tour avec! 😆
Comme disait ce grand penseur italien, manufacturier de pneus à ses heures perdues:
« Sans maîtrise la puissance n’est rien! »
A souligner coté compétition, TVR n’est pas le seul à avoir fait le choix de quitter la catégorie GT1 pour aller se battre en GT2: Dodge aussi!
Face à la déferlante en GT1 de véritables protos d’usine qui tentaient hypocritement de se faire passer pour les GT routières, Oreca avait jugé plus sage de faire boxer ses Viper contre des adversaires de la même trempe et respectant les mêmes règles en GT2…

TVR tirait quand même des performances ahurissantes de ces autos conçues sans CAO, sans modélisation informatique…
Le robuste châssis tubulaire encaissait la puissance toujours croissante d’un moteur très prolifique, et les carrosseries spectaculaires étaient directement modelées en volume plutôt que dessinées…
C’était la marque de fabrique de Peter Wheeler qui a fait tourner sa boutique pendant des années dans des conditions qui défient l’imagination!

Jota

Le 11/09/2017 à 21:44

Et quel son du V12 dans le jeu!! Mais c’est vrai qu’elle était réputée virtuellement inconduisible…
On y a eu droit du 2 au 5 avec les 2 versions différentes. Kazunauri Yamauchi le boss de la franchise devait surement en être fan car la 2eme version disposait des coloris officiels TVR et de caractéristiques techniques relativement précis alors qu’elle n’a jamais été commercialisée! À l’époque ça m’avait mis le doute et j’avais fait mon enquête pour connaître le nombre d’exemplaires.

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