UAZ 469/3151/Hunter : légende vivante de l’automobile russe

Publié le jeudi 1 février 2018.
Mis à jour le mardi 4 décembre 2018.
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Pour les occidentaux, le 4×4 russe le plus mythique, c’est bien évidemment le Lada Niva (lire aussi : Lada Niva). Normal, puisqu’il fut vendu dans nos contrées, qu’il est encore fabriqué aujourd’hui, ayant dépassé depuis longtemps les 2 millions d’exemplaires). Pourtant, en Russie, les réponses seraient plus mitigées. Certes, le Niva y est réellement populaire, mais beaucoup lui préféreront un autre 4×4, plus rustique, l’UAZ 469/3151/Hunter.

En haut, le proto de 1958, et en bas, un proto durant les années 60

En réalité, le Niva et le 469 (et ses successeurs) ne jouent pas dans la même cour. Le 4×4 de Lada s’apparente à un petit véhicule, certes habile en franchissement, mais à vocation civile, tandis que celui de UAZ est l’équivalent russe du Land Rover Defender, ou d’un Mercedes Classe G des débuts : un 4×4 d’origine militaire, répondant au dur cahier des charges de l’armée soviétique à l’époque, conçu pour l’efficacité et la facilité d’emploi au mépris de toute idée de confort. C’est ainsi que, discrètement, le 469, encore fabriqué lui aussi, a largement dépassé les 1,3 millions d’exemplaires.

L’armée soviétique, durant la seconde guerre mondiale, avait reçu près de 2000 Jeep Willys de la part des américains dans le cadre de la loi prêt-bail, et s’en était inspirés pour produire leur propre 4×4 militaire, le GAZ 67, à partir de 1943. Viendra ensuite le GAZ 69 en 1953, mais il fallait bien admettre qu’à l’Ouest, on s’activait au remplacement des Jeep par des véhicules plus modernes : le Land Rover en 1949, le Fiat Campagnola en Italie en 1951. Ces deux modèles seront la source d’inspiration du futur tout-terrain soviétique, l’UAZ 469.

Dès 1955, le ministère de la Défense soviétique ordonne l’étude d’un remplaçant du GAZ 69, qui en garderait les qualités mais qui rivaliserait de modernité avec les deux concurrents anglais et italien. La rivalité Est-Ouest était autant une rivalité technologique (nucléaire, aviation, conquête de l’espace) qu’une rivalité d’image, et d’une certaine manière, les 4×4 militaires participaient aussi à la réputation d’une armée.

Pourtant, dans la Russie soviétique de l’époque, tout allait lentement. Les premiers essais eurent lieu en 1956, pour aboutir à un prototype intéressant et abouti dès 1958, mais il faudra attendre 1972 pour voir le 469 remplacer le GAZ 69 (aussi fabriqué par UAZ) sur les chaînes de fabrication d’Oulianovsk (la ville donne son nom à l’entreprise Ulyanovsky Avtomobilny Zavod, c’est à dire tout simplement Usine Automobile d’Oulianovsk). Si le 469 est globalement plus moderne, il n’en reste pas moins un véhicule militaire, dont les qualités s’avèrent faciles à comprendre : il passe partout, et sa maintenance est facile et peu coûteuse. Il va peu à peu remplacer le GAZ 69 dans l’armée, mais aussi la Police, et divers services de l’état. La variante 469B civile va être produite (pour partie chez LuAZ) d’abord en direction des kolkhozes comme véhicules à tout faire, puis petit à petit, à la fin des années 70, en direction des particuliers.

Durant de longues années, le UAZ 469 va utiliser le 4 cylindres 2450 cm3 de l’UAZ 450 (un petit utilitaire 4 roues motrices dont nous reparlerons bientôt), développant 76 chevaux (pour un poids de plus de 1,6 tonne). Mais en 1985, le 469 passera le relais à une nouvelle version, appelée poétiquement 3151. Légèrement modernisé, un peu restylé, le 3151 s’offrira par la même occasion une nouvelle évolution moteur, pour une puissance plus actuelle de 92 chevaux.

En haut et en bas, les versions italiennes « Martorelli »

Dès les années 70, l’UAZ 469 va intéresser les frères Martorelli, en Italie. Important déjà le vieux GAZ 69, ils se dirent que cette nouvelle version pourrait bien intéresser une clientèle rurale désireuse d’un vrai franchisseur à prix riquiqui ! C’est ainsi qu’ils commencèrent, dès 1973, à importer ces beaux 4×4 soviétiques. En Italie, on trouvait quatre versions du 469 : l’UAZ Explorer, identique à son frère russe, l’UAZ Marathon doté d’un diesel Peugeot 2.5 de 76 chevaux, l’UAZ Dakar équipé d’un VM Turbo Diesel 2.4 de 100 chevaux, et l’UAZ Racing, avec un 2 litres Fiat essence de 112 chevaux. L’équipement était aussi un peu réévalué par rapport aux version russes, surtout dans les années 90. Entre 1973 et 1999, les frères Martorelli écoulèrent 6662 exemplaires en Italie.

Le « luxueux » 3159, version longue

Le 3151 existait en plusieurs versions, toutes à rallonge : 31512, 31514, 3153 (version longue), 2315 (pick-up), 3159 (version longue « de luxe »), ou 315195 (version modernisée, annonçant le futur Hunter qui porte la même dénomination), et j’en oublie sûrement tant il aura été décliné. A partir de 2002, il portera donc le nom de Hunter (Chasseur), aux côtés des nouveautés de la marque, le Simbir (évolution « longue » du 3160 lancé en 1997, appelée aussi 3162 lire aussi : UAZ Simbir) puis du Patriot à partir de 2005. Ces deux derniers modèles s’offraient certes un look plus moderne, tentant d’encadrer le Hunter comme Land Rover déclinait sa gamme autour du Defender, mais il il fallait bien l’admettre : la star d’Oulianovsk, c’était bel et bien le Hunter.

Avec sa nouvelle dénomination, le Hunter se décline encore aujourd’hui en deux versions : l’une basique, appelée « Classic » (et disponible en découvrable « soft-top »), reprenant les fondamentaux du fameux 469 tournés exclusivement vers l’efficacité plus que le confort, l’autre plus cossue cherchant une clientèle aujourd’hui fortunée mais un poil nostalgique, à la manière d’un classe G chez Mercedes (toutes proportions gardées), appelée « Trophy ». Avec un léger travail sur les pare-chocs notamment, les jantes, l’intérieur (un poil plus luxueux, mais toujours un peu spartiate), force est de constater que le Hunter a encore fière allure. Une version dédiée au tout chemin sportif existe enfin, sur la base du Classic, la Jungle Edition.

Entre temps, le Hunter s’est aussi modernisé du côté des moteurs, avec deux propositions « maison » : un 4 cylindres essence ZMZ-40905 (Euro 4) de 2.7 litres et 128 chevaux ; un 4 cylindres diesel ZMZ-51432 (Euro 4) de 2.2 litres et 114 chevaux. Sans être devenu le plus performant des 4×4, avouez qu’il commence à vous faire de l’oeil…

On en trouve d’occasion en Italie bien entendu, mais aussi en Allemagne, où il fut vendu entre 1972 et 1991 à l’armée Est-Allemande sous le nom de UAZ Tundra 469, puis sporadiquement importé dans les années 2000 sous le petit nom de Baijah Taigah, Dans les pays d’Asie centrale, limitrophes de la Russie, on le vendit aussi avec l’appellation évocatrice Tigr. Aujourd’hui, UAZ vend entre 50 et 60 000 véhicules par an (51 706 exemplaires en 2016), Hunter, Patriot ou les descendants utilitaires du UAZ 450. Sachez qu’en 2017, une série limitée à 469 exemplaires (évidemment) nommée « Jubilé » !

Lire aussi: le site de UAZ

15 commentaires

molodoï

Le 01/02/2018 à 19:25

Le tout-terrain ‘musical’ se nomme ‘Maestro’. Mais il n’a pas la radio.

24heures

Le 01/02/2018 à 21:54

Qu’est-ce qui est le plus beau : le look ou le nom? J’hésite…

philippe

Le 01/02/2018 à 22:53

Si le U de UAZ vient d'(O)Ulianovsk, notons au passage que la ville doit son nom au fait qu’elle fut le berceau du petit Vladimir Ilitch Oulianov dit Lénine. Seule ville qui ne fut pas débaptisée (originellement elle s’appelait Simbirsk) après la chute du communisme comme le furent Leningrad, Kuybitchev (Samara près de Togliatti !) etc … Oulianovsk n’est du reste qu’a 200km de Togliatti, bien moins à vol d’oiseau mais il faut contourner les immenses lacs formés par les barrages de la Volga.
Sinon pour en revenir au sujet, il suffirait de s’inspirer de ce que fait JLR pour prolonger à l’infini l’esprit du Range ou Fiat-Chrysler avec les Jeep pour recréer un SUV capable de rivaliser avec les productions occidentales avec en prime le charme désuet de la guerre froide.

molodoï

Le 02/02/2018 à 11:01

Et la ville de Togliatti vient du dirigeant communiste italien : https://fr.wikipedia.org/wiki/Palmiro_Togliatti

UAZ ne peut faire comme JLR, car JLR est une marque de luxe, avec des clients qui sont prêts à payer 4 fois le prix d’un UAZ. Le marché n’est pas le même, ni le réseau de distribution, ni la capacité de production.

philippe

Le 02/02/2018 à 22:53

Je me suis rendu 14 fois à Togliatti – je connais l’origine du nom 🙂 Puisqu’on en parle et sans trahir de grands secrets vous serez surpris quand vous verrez le remplaçant de l’ex-Niva. Quand j’évoque JLR je fais simplement référence au néo-rétro version SUV. Je crois savoir que Mercedes va nous faire le même coup avec son futur néo-G (pas quatre fois le prix mis dix fois).

NIKO

Le 11/02/2018 à 20:07

surpris dans quel sens ?

philippe

Le 11/02/2018 à 20:26

Néorétro bien-sûr

Germain

Le 02/02/2018 à 02:08

Pour une espèce de jeep à usage militaire il était plutôt bien conçu, quatre portes c’était pas vraiment la norme pour ce type d’engins à l’époque. Le haut des portières en dur et démontables c’était une bonne idée (mieux que des sides screens en toile) j’aimerais bien en acheter une en version bâchée ex-armée rouge.

Germain

Le 02/02/2018 à 02:12

Il me rappelle un paquet de films dont Lord of war avec Nicolas Cage

Eddy123

Le 02/02/2018 à 05:53

J en ai un en modél réduit … jouet russe..

Ruddy

Le 02/02/2018 à 10:21

Très beau modèle. Il a su rester simple, et ne pas tomber dans l’exubérance comme son cousin allemand. C’est à mon sens ce qui le rend encore plus désirable.

Je suis prêt a parier que les ventes vont de nouveau décoller, notamment grâce à l’immense succès du jeu vidéo PUBG. Jeu dans lequel on est amené à conduire les différentes versions de ce 4X4…

J’adore !

Raphaël

Le 02/02/2018 à 13:25

@ Ruddy n’oublions pas non plus les Dacia 😉

Dihi

Le 04/02/2018 à 20:09

Plutot m4 ou scar L ??

Wolfgang

Le 03/02/2018 à 00:06

Très bien cette article.
Le UAZ c’est en effet bien plus costaud que le Niva.

Le petit fourgon 4×4 du futur article est bien aussi. On en voit beaucoup là-bas.
Faudra enchaîner sur les camions. C’est des vrais camions là-bas, ça passe partout par tous les temps. Un peu comme les vieux Berliet chez nous.

Kara

Le 08/05/2018 à 15:42

Justement je viens d’en croiser un qui semblait neuf à Plovdiv, Bulgarie, ça a de la gueule ! On en croise aussi quelques uns dans les campagnes, mais de vieux modèles au bout du rouleau.

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