Uro Vamtac: l’Hummer ibère

Publié le vendredi 3 février 2017.
Mis à jour le vendredi 21 juin 2019.
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L’automobile espagnole se limite parfois, dans l’imaginaire populaire, à une seule marque automobile : Seat. Il est vrai qu’il s’agit de la seule marque « grand public » de taille internationale survivante aujourd’hui. Hispano-Suiza, qui produisait des T60, T64 ou T56bis à Barcelone, ne résistera pas à la guerre civile, et à la nationalisation. On tentera bien de faire naître Pegaso sur les cendres de la vénérable entreprise, sans succès (lire aussi : Pegaso Z102 et Z103). Barreiros, constructeur de camions passé sous la coupe de Chrysler se mit à produire des Dodge dès 1965, puis des Simca à partir de 1966, mais aucune « marque nationale » n’émergea. Racheté en 1979 par PSA (lire aussi: le rachat de Chrysler Europe), Barreiros deviendra le socle industriel de Peugeot, Citroën et Talbot en Espagne. Enfin, Santana qui produisait des Land Rover sous licence, devint un gros fabricant de 4×4 Suzuki dans les années 80 et 90 avant de faire faillite (lire aussi : Santana Samurai).

Pourtant, il existe une marque espagnole encore en activité aujourd’hui, que peu de gens connaissent : URO Vehiculos Especiales SA, basé en Galice, à Saint Jacques de Compostelle. Créée en 1981, cette société se consacre dans un premier temps à la production de camions tout-terrain essentiellement dédiés à l’armée espagnole ou à une clientèle professionnelle. Dès 1991, l’entreprise va se diversifier dans les véhicules industriels (engins de levage, transpalettes etc), via sa filiale Uromac. Mais ce n’est qu’en 1998 que Uro va se lancer dans l’automobile.

Oh, bien sûr, il ne s’agit pas du tout d’un véhicule grand public, même si des versions civiles seront proposés. En réalité, il s’agissait de répondre à l’appel d’offre de l’armée espagnoles pour l’équipement en véhicules légers tactiques et blindés lancé en 1996. Uro va donc étudier le Vamtac (Vehiculo de Alta Movilidad Tactico, ou, en français, Véhicule tactique à haute mobilité) : une grosse jeep 4×4 donc le design ressemble étrangement à celui du AM General Humvee lancée, lui, en 1985 (lire aussi : AM General Humvee). A ceux qui s’étonnent de cette ressemblance, Uro répond qu’avec un cahier des charges identiques, on arrive à un résultat identique. Cela se défend, même si on peut imaginer une inspiration stylistique évidente.

Bref, le Vamtac remporte l’appel d’offre, et la production va débuter en 1998. Entre cette date et 2003, Uro va produire 1200 exemplaires pour l’armée espagnole, en plusieurs configurations. En 2005, Uro va remporter un deuxième appel d’offre avec une version modernisée et mieux protégée, produite à 900 exemplaires pour l’armée jusqu’en 2009. En 2013 enfin, une troisième commande est lancée pour 772 nouveaux exemplaires (pour 149 millions d’euros, je vous laisse faire la division pour trouver le prix unitaire). Entre temps, Uro aura convaincu d’autres armées d’utiliser son Vamtac : Arabie Saoudite, Maroc, Singapour, Roumanie, Ghana, République Dominicaine, Malaisie, et Pakistan. Le Portugal utilisera en leasing le Vamtac jusqu’en 2006. Au total (armée espagnole comprise), environ 4000 exemplaires du Vamtac auront été produits depuis 1998.

Entre son lancement et aujourd’hui, le Vamtac aura évolué, notamment en terme de design et de blindage, mais conserve ses principales caractéristiques, notamment sa transmission intégrale qui en fait un franchisseur hors pair, mais aussi son moteur autrichine, un 6 en ligne diesel de 188 ch développé et fabriqué par Steyr Motors, ancienne filiale de Steyr-Daimler-Puch (Magna Steyr aujourd’hui) devenue indépendante en 2001 après son rachat par ses cadres via un LBO.

Les dernières versions, redessinées et mieux blindées, diffèrent déjà plus du Humvee américain.

Tout comme AM General, Uro va proposer une version civile de ce gros 4×4, sans pour autant atteindre la même notoriété que les versions « Hummer » du Humvee. Voilà pourquoi on en trouve parfois en occasion dans les petites annonces espagnoles. Si le Hummer vous semble trop commun, que vous aimez l’exotisme (caisse espagnole, moteur autrichien), et que vous recherchez un gros machin habile quel que soit le terrain et sa déclivité, alors le Vamtac est fait pour vous, que ce soit en T3 et T5 (premières versions) ou S3 et I5 (dernières versions). Sinon, dans le même genre, vous pouvez toujours vous rabattre sur un autre clone du Hummer, le Toyota Mega Cruiser (lire aussi : Toyota Mega Cruiser).

 

6 commentaires

Docteur Oliv

Le 03/02/2017 à 11:24

super ce « bel » inconnu !
Le marché doit être étroit mais avec ça sûr que l’on se distingue
Donc Article UTILE

Nabuchodonosor

Le 03/02/2017 à 13:38

Wow, il y a même des versions cabri-olé !
🙂
(DSL : pas pu m’empêcher…)

poum

Le 03/02/2017 à 14:41

c’est curieux comme tout ces engins semblent être les héritiers du VLRA.

Guilhem

Le 03/02/2017 à 17:22

Hispano-autrichien ? C’est le retour de l’empire des Habsbourg ! Ils auraient pu l’appeler le Charles Quint !

Docteur Oliv

Le 03/02/2017 à 17:38

Comme quoi on peut aimer l’automobile décalée et avoir de la Culture

Wolfgang

Le 04/02/2017 à 00:38

Steyr c’était de l’excellente qualité. Ils ont fait aussi des tracteurs agricoles dans les années 80. Très solides et excellente adhérence, un voisin en avait deux. Et puis question conso mieux vaut un moteur Steyr qu’un hummer.

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