Vector W8 Twinturbo : la démesure américaine

Mardi 23 avril 2019
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Dès les années 70, le jeune consultant en design Gerald Wiegert rêve d’allier sa passion de l’aviation et ses compétences automobiles pour créer une supercar américaine capable d’aller titiller les meilleures européennes, Ferrari et Lamborghini dans le viseur. Mais entre la première esquisse appelée “The Vector” au début des années 70 et la mise en production de la Vector W8 en 1989, il aura fallu presque 20 ans pour passer du rêve à la réalité.

Le prototype W2 dans les années 80.

“Jerry” Wiegert est cependant un homme de conviction : oui, il produira une supercar digne d’affronter la concurrence d’outre-Atlantique, quoi qu’il en coûte ! En 1978, Vector Automotive présente la W2, un prototype fortement inspiré du concept car Alfa Romeo Carabo dessiné par Gandini. Il ne s’agit pas d’une maquette, mais d’un prototype fonctionnel équipé d’un V8 Chevrolet de 5,7 litres développant 600 chevaux grâce à deux turbos. La voiture fait sensation et s’illustre dans de nombreux magazines. Enthousiaste, Wiegert envisage une mise en production pour 1980.

Un prototype nommé W2

La W2 est particulièrement moderne au moment de sa présentation : châssis semi-monocoque en aluminium et carrosserie en fibre de carbone et de kevlar, autant de solutions inspirées de l’aéronautique pour faire de cette supercar un avion sur route. Malgré de sérieux atouts et un certain engouement du public, les choses ne sont pas si simples. Pour lancer une voiture, il faut de l’argent que Wiegert n’a pas et pour convaincre des investisseurs, il faut plus qu’un prototype aussi beau et novateur soit-il. La W2 va donc poursuivre son développement durant la première partie des années 80, totalisant plus de 160 000 km d’essais routiers.

Le temps d’affiner le produit, Wiegert finit par trouver le financement grâce à une levée de fonds boursière, permettant la production de 2 véhicules de présérie désormais appelés W8 et le lancement de la voiture en 1989. Mais, entre-temps, le tarif s’est envolé : des 50 000 dollars initiaux, on est passé à 150 000 puis, à sa sortie, à plus de 400 000 ! A ce prix-là, le marché est forcément plus limité, surtout quand on manque de notoriété.

De la W2 à la W8

Par rapport à la W2, la W8 a un peu évolué : le V8 d’origine GM est passé à 6 litres et la puissance à 625 chevaux, pour une vitesse de pointe annoncée à 389 km/h, loin devant les supercars de l’époque (la Ferrari F40 se contente de 324 km/h, la Porsche 959 atteint 344 km/h dans sa version S). Pourtant, cette vitesse n’est qu’un record sur le lac salé de Bonneville, Vector préférant communiquer sur un plus raisonnable 350. La W8 s’équipe d’une boîte automatique, elle aussi d’origine GM, à 3 rapports, un choix étrange tant cette boîte s’avère peu sportive.

 

Pour développer sa notoriété, Vector va tenter le placement de produits : on pourra ainsi voir une W8 dans le film Soleil Levant avec Sean Connery. Wiegert prêtera aussi une W8 au tennisman Agassi, posant devant avec sa fiancée de l’époque, Demi Moore. Une habile façon de faire croire qu’il en était le propriétaire.

Production restreinte

Toujours est-il qu’en 1989, la production commence, lentement mais sûrement. Vector peut compter sur un client fidèle, le prince Khalid d’Arabie Saoudite, qui en commandera 3 exemplaires. Pourtant, les clients ne se pressent pas et la petite société de Wiegert n’arrive à placer que 17 voitures. Le cash file, malgré la levée de fond et le juteux procès intenté à Goodyear pour une utilisation frauduleuse du nom Vector pour une gamme de pneus. Pour relancer la machine, Gerald Wiegert va présenter au salon de Genève 1992 un nouveau modèle, basé sur la W8, sous le nom de biscornu d’Avtech WX-3. La nouvelle voiture, annonce des puissances démoniaques, de 700 chevaux à 1 200 chevaux (potentiellement).

De quoi calmer les clients potentiels d’une W8 en retrait, sans pour autant faire la preuve d’une probable mise en production. Dans le même temps, le fond d’investissement indonésien, Megatech, (lié au fils du tout puissant président Suharto) rafle toutes les actions disponibles sur le marché et prend le contrôle de la société Vector, à l’insu de Wiegert. La “nouvelle” direction met sur la touche le fondateur de la marque, mais ce dernier réussira judiciairement à récupérer les locaux et les protos, mais pas la propriété de la marque.

Fin de l’aventure

Megatech poursuivra l’oeuvre Vector avec une toute nouvelle voiture, la M12, dont le look évoque une W8 modernisée, mais cachant sous sa carrosserie “ricaine” un châssis, des trains roulant et un moteur de Lamborghini Diablo. Car fin 1993, Megatech rachète Lamborghini en déficit chronique à Chrysler, et se retrouve propriétaire de deux marques de sportives, l’une américaine, l’autre italienne, mais c’est une autre histoire.

Revenons à notre W8. Au total, 22 exemplaires de la série auront été construits : la W2 évoluant en proto W8, deux préséries, 17 versions de série et les deux prototypes WX-3 (coupé et roadster). Autant vous dire qu’il faudra s’armer de patience pour en trouver un exemplaire. Pourquoi s’offrir une telle voiture ? Pour son histoire, sa rareté, sa ligne époustouflante et impressionnante, ainsi que son gros moteur. Malgré des trains roulants travaillés et un couple démentiel, elle reste certes limitée par sa “boîtauto” mais avec elle, impossible de rester discret.

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