Venturi 260 Atlantique : tout pour le sport

Vendredi 30 novembre 2018
Retour

La Venturi 260 Atlantique marquait un moment particulier de la jeune histoire de la marque créée par Gérard Godfroy et Claude Poiraud. Cette époque était encore celle de l’euphorie : Didier Primat (héritier Schlumberger) et le groupe Primwest soutenaient Venturi comme une danseuse, les ambitions sportives s’affichaient, tandis que le développement d’une gamme plus puissante semblait rencontrer l’adhésion. La crise n’était pas encore tout à fait là et l’idée d’affirmer les ambitions sportives de Venturi avec une version spéciale du coupé Cup511 (260 APC), plus incisive, semblait une bonne idée. C’était aussi l’occasion d’affirmer l’orientation « atlantique » de la marque depuis son déménagement à Port Launay, dans le petit village de Couëron. Ainsi naquit la Venturi 260 Atlantique, l’une des versions les plus recherchées aujourd’hui de la marque au Gerfaut.

La Venturi 260 Atlantique n’offrait qu’une seule teinte bleue spécifique

Depuis 1984 et la présentation de la première maquette de la « Ventury » (alors avec un y) par ses deux créateurs, Gérard Godfroy (le designer) et Claude Poiraud (l’ingénieur), l’aventure de la Manufacture de Voiture de Sport (MVS) et de son coupé 200 (Cup221) avait pris de l’ampleur. Avec l’aide de Hervé Boulan, la petite entreprise de Cholet s’était orientée vers la production d’un coupé mêlant habilement performances, confort et luxe. Malgré des ventes sans cesse grandissantes, la rentabilité n’était toujours pas au rendez-vous et il fallut trouver un mécène. Didier Primat jouera ce rôle, lui qui était déjà actionnaire d’une autre petite marque française, De La Chapelle.

Avec l’arrivée de ce nouvel actionnaire aux poches pleines, les choses allaient changer : Xavier de La Chapelle (le fondateur de la marque éponyme) prenait la présidence de l’entreprise. Celle-ci déménageait à Couëron en Loire-Atlantique, à côté d’un circuit d’essai (Faÿ de Bretagne) construit pour l’occasion avec l’aide du Conseil Général (une affaire qui fera grand bruit). Dans le même temps, les versions Transcup étaient enfin disponibles à la vente après une mise au point difficile. Enfin, les coupés évoluaient vers de nouvelles versions plus puissantes : 2.80 SPC, 260 SPC puis 260 APC (Cup521 puis Cup511). Les ingénieurs et techniciens enthousiastes n’hésitaient pas à prendre sur leur temps libre pour développer des projets annexes : 260 Rallye Raid ou plus tard la 400 Trophy. Enfin, le rapprochement de Venturi et De La Chapelle (grâce à leur actionnaire commun) permettait d’envisager d’autres horizons : le monospace de luxe Parcours devait ainsi être fabriqué dans la nouvelle usine du Port Launay. Bref, le temps semblait au beau fixe.

Ottomobile a réalisé une version miniature très fidèle de la 260 Atlantique qui permet de l’admirer dans le détail

L’entreprise MVS, rebaptisée Venturi, s’était affirmée ces dernières années avec un produit remarquable, salué par la presse et par la clientèle, mais dont la sportivité s’affirmait surtout par la qualité de ses trains roulants plus que par sa puissance (200 ch). Les versions 260 chevaux venaient compenser ce déficit de puissance, mais restaient des coupés luxueux (cuir et boiseries, climatisation). Il fallait sortir une version beaucoup plus marquée « sport » pour envoyer un signal à la clientèle : oui Venturi pouvait rivaliser avec une Porsche 911 Carrera RS par exemple.

Détail des jantes spécifiques de la 260 Atlantique

La nouvelle orientation sportive de Venturi passerait donc par une petite série (25 exemplaires, pas un de plus) destinée à une clientèle déjà conquise par la marque, mais permettant de « communiquer » notamment via la presse spécialisée. Dans cette logique, le moteur restait identique à celui d’une 260 APC, un V6 PRV de 2.8 litres développant 260 chevaux, mais la voiture, elle, subissait une sévère cure d’amaigrissement. Allégée, elle mettrait alors en évidence les qualités dynamiques de la voiture sans recourir à une surenchère de puissance.

La Venturi 260 Atlantique fut présentée en 1991. La nouvelle usine, à Couëron, donnait sur l’embouchure de la Loire, à deux pas de l’Océan : le nom permettait d’ancrer la marque à l’Ouest. Son héritière, la 300 Atlantique perpétuera cette héritage « océanique ». Elle récupérait le bouclier avant et sa lame des nouvelles 260 et n’était disponible qu’en une unique couleur bleue, avec des stickers spécifiques « 260 Atlantique » sur les flancs et à l’arrière. Ses jantes reprenaient le dessin traditionnel des MVS mais étaient peintes en noir, pour plus d’agressivité.

L’intérieur spécifique des Venturi 260 Atlantique, avec du carbone et du loricar blanc, gris et bleu

A l’intérieur, adieu boiseries, place au carbone contribuant à alléger la voiture. Adieu aussi le cuir, les sièges Recaro étant recouvert d’un cuir synthétique, le loricar (dans des couleurs spécifiques, blanc, gris, bleu), faisant de la 260 une voiture Vegan. Pour éliminer encore un peu de poids, on ira jusqu’à percer le châssis, tout comme le pédalier et le repose-pied en aluminium. Enfin, la 260 Atlantique perdait tout élément superflu, notamment la climatisation ou la roue de secours. L’isolation phonique était réduite au minimum. Ainsi, le coupé ligérien ne pesait plus que 1 110 kg au lieu des 1 275 des versions normales (165 kg de moins).

Avec cette version, vendue 495 000 francs à l’époque, Venturi affirmait ses ambitions sportives matérialisées par l’implication en Formule 1 avec le rachat de l’écurie Larrousse, la participation au Trophée Andros, le lancement par la suite du Gentleman Trophy, puis bien plus tard la participation aux 24 heures du Mans avec les 500 LM, la fabuleuse 600 SLM et ses dérivés 600 LM-S. Les 25 exemplaires de la 260 Atlantique se vendront comme des petits pains, ouvrant la voie à une deuxième série spéciale en 1993, la 260 LM, à l’histoire plus chaotique.

Aujourd’hui, la Venturi 260 Atlantique est une pièce de choix pour l’amateur du Gerfaut. Sa rareté et son efficacité ont fait grimper sa valeur par rapport à une 260 normale. LVA indique une cote (sous estimée selon moi) de 37 000 euros pour une 260 APC, quand on trouve des 260 Atlantique proposées entre 55 et 65 000 euros. Certes, le marché des « venturistes » est un petit marché (un peu plus de 650 voitures produites tous modèles confondus), mais les passionnés sont prêts à y mettre le prix.

Photos : Tony Boulet (Extrême Limite), Ottomobile, DR

 

CARACTERISTIQUES TECHNIQUES VENTURI 260 ATLANTIQUE 1991

Motorisation

Moteur V6 PRV à 90°, 12 soupapes
Cylindrée 2 849 cc
Alimentation Injection, Turbo Garrett T3
Puissance 260 ch à 5 750 trs/min
Couple 44 Mkg à 1 750 trs/min

Transmission

Roues motrices Arrière
Boîte de vitesses BVM à 5 rapports

Dimensions

Longueur 4 070 mm
Largeur 1 700 mm
Hauteur 1 160 mm
Poids à vide 1 110 kg

Performances

Vitesse maxi 270 km/h, 0 à 100 km/h en 5,2 secondes
Production totale 25 exemplaires (1991)

Tarif

Cote moyenne 2018 nc

Articles associés

17 commentaires

Alexandre

Le 30/11/2018 à 21:50

Merci Paul pour cet article.

Paul

Le 30/11/2018 à 21:56

merci Alexandre, je pense que tu connais mon attachement à la marque et à son histoire 😉

pod

Le 30/11/2018 à 23:44

Merci pour cet article !
Quelques corrections à apporter cependant : c’est Loricar et non pas Lorica. Le carbone du tableau de bord n’apporte pas de gain de poids (il reste collé sur du contreplaqué, comme le bois). En revanche, le capot avant en carbone permettait de gagner quelques kilos par rapport aux capots en fibre de verre des autres versions. Etc.

Paul

Le 01/12/2018 à 16:57

bien vu, sans doute parce que je buvais de la limonade Lorina en rédigeant ce texte… corrigé 😉

Loïc

Le 01/12/2018 à 16:31

Il y aussi une erreur sur le couple dans les caractéristiques, c’est celui de la SPC.
Les versions APC et donc Atlantique, ainsi que LM, faisaient 44 mkg.
Un grand merci en tout cas à l’auteur pour nous rappeler cette fabuleuse aventure.

Paul

Le 01/12/2018 à 16:53

j’ai eu du mal à trouver le couple exact, et l’ami Tony était full vendredi (oui oui 😉 il bosse)… d’où certaines inexactitudes

Loic

Le 01/12/2018 à 17:00

Je comprends… il faut même se souvenir que les toutes premières versions catalysées de la 260 (celles avec les bas de caisse rapportés) ne faisaient pas réellement 260 cv mais plutôt 250 cv.
Pour en revenir au couple de la 260 APC, certains documents le donnent à 1750 t/mn (régime du couple de la SPC au passage) et d’autres plus vraisemblables à 2000 t/mn.
Une nouvelle fois, merci à vous.

Paul

Le 01/12/2018 à 17:02

Bon, je vais être obligé d’en tester une pour sortir des carcans 😉

Loïc

Le 01/12/2018 à 17:16

Je n’en possède plus malheureusement, sinon je vous aurais fait signe, mais pour avoir eu une SPC et une 260 APC, ma préférence allait à la SPC en raison du caractère moteur plus sympa et du couple court. Sur route c’était mieux que l’APC, même si j’ai beaucoup aimé mon APC aussi.

Choco

Le 03/12/2018 à 10:49

Que de regret aujourd’hui qu’une marque pareille ait disparue. On se rend bien compte que le renouveau d’Alpine ne doit qu’à la volonté de Renault. Je ne pense pas qu’aujourd’hui quelques millionnaires puissent se payer ce genre de danseuse. C’est bien dommage.

Alain

Le 04/12/2018 à 08:19

Bonjour Paul, et merci pour tous ces articles passionnants! C’est moi qui me fait des idées , ou cette voiture ressemble drôlement à une toyota Supra des années 80?

Choco

Le 04/12/2018 à 11:40

Pas vraiment de ressemblance à mon goût. Les Supra ont toujours eu un moteur à l’avant alors que les Venturi ont un moteur central. Après ça reste un coupé des années 80 avec des lignes tendues.

Ludovic

Le 25/12/2018 à 22:40

elles etaient fabuleuses ces Venturi, songez que 1100 kg c est le poids de la nouvelle Alpine qui n a qu 4 cylindres
Même si les contraintes règlementaires ne sont bien évidemment plus les mêmes aujourd’hui
JE pense que l échec de cette marque ne tient pas aux qualités de ses autos mais juste au fait que dans ce segment de marche et de tarifs l absence d image de marque ne peut permettre de concurrencer sérieusement les grandes marques établies
Et encore songez que dans les années 80 Porsche avait passé une phase difficile !
Si j étais ne 20 ans plus tôt (j en ai 44 aujourd’hui) nul doute que j aurais ete client Venturi

wolfgang

Le 12/01/2019 à 23:07

La ligne était superbe, surtout celle de l’Atlantique d’ailleurs.
Mais on était dans l’artisanal, dans l’assemblage de pièces venant d’autos ordinaires, ce qui n’aide pas à se faire une image prestigieuse (moteur, phares, rétro, commodos… tout venait de la grande série avec peu de modif sauf sur le moteur).
Les commandes de boite n’étaient pas top.
Bref on est loin de la perfection d’une NSX par exemple.
Et le prix était élevé.
Pas facile de se lancer dans la construction automobile.
Les autos qui ont des moteurs piquées à d’autres marques atteignent rarement des sommet, même en collection.

Jb

Le 14/02/2019 à 09:21

« Le petit village de Couëron » qui compte 20 000 âmes hein :p
J’y vis et j’ai découvert sur le tard à quoi ont servi ces locaux de Port Launay, j’étais loin de m’en douter !

Laisser un commentaire