Venturi rachetée par PSA ? c’était une possibilité en 1999, restée sans suite

Publié le samedi 17 septembre 2016.
Mis à jour le jeudi 11 juillet 2019.
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Le milieu des années 90 est une période sombre pour l’automobile de sport française. Après un feu d’articifice (un chant du cygne) avec les Venturi 200/210, 260, 400 puis 300 (lire aussi : L’aventure Venturi), l’Alpine A610 (lire aussi : Alpine A610), les Mega Track (lire aussi : Mega Track) et Monte Carlo (lire aussi : Mega Monte Carlo) et bien d’autres modèles de grande (Safrane Biturbo, 405 T16) ou petite série, 1995 sonne le glas avec l’annonce de l’arrêt de l’Alpine A610 et de la disparition de la marque. Cette même année, Venturi est lâchée par ses banques malgré un redressement spectaculaire opéré par Hubert O’Neil, est doit déposer le bilan. Hommell vivote (lire aussi: Hommell Berlinette), et De La Chapelle peine à lancer son Roadster (lire aussi : De La Chapelle Roadster). L’heure n’est plus à la fête.

La 300 Atlantique avait belle allure: sa carrière se brisera cependant par manque d'image et de moyens
La 300 Atlantique avait belle allure: sa carrière se brisera cependant par manque d’image et de moyens

Pour Venturi, la solution (temporaire) vient d’Asie, avec un rachat par le groupe de distribution automobile de luxe Nakarin Benz, avec une idée simple : développer les ventes de la marque en Asie grâce au réseau de son nouveau propriétaire et à une 300 Atlantique (qui troquera en 1999 son PRV contre un V6 ES9/L7 d’origine PSA/Renault et modifié par le belge Alvan, pour devenir Biturbo lire aussi : Venturi Atlantique 300) modernisant avec brio (grâce au talent de Gérard Godfroy) le dessin originel.

Si en 1996 l’avenir semble radieux, les espoirs s’effondrent en 1997. Car contre toute attente, l’Asie, et particulièrement la Thailande, va s’enfoncer dans une crise financière sans précédent. Etrange comme les plans les mieux huilés peuvent subir de plein fouet les effets d’une crise financière à l’autre bout du monde. Après des années de croissance à deux chiffres, l’Asie du Sud Est s’effondre après la quasi-faillite de l’Etat Thailandais, et sa tentative désespéré de maintenir sa monnaie (le baht)… L’effondrement du baht entraînera dans son sillage toutes les monnaies des pays alentours puis, par ricochet, touchera l’économie réelle avec une baisse drastique du pouvoir d’achat.

L'usine de Couëron, du temps de l'espérance et des participations au Mans
L’usine de Couëron, du temps de l’espérance et des participations au Mans

Dans ce contexte, la florissante entreprise Nakarin Benz, spécialisée dans la voiture de luxe, est particulièrement touchée par la crise. Désormais, les moyens manquent, et Nakarin Benz vacillent. Début 1998, les actions Venturi sont transférées dans une filiale australienne de Nakarin Benz, Auto Americas (spécialisée dans l’import de 4×4 américains en Australie). Un tour de passe passe destiné à protéger la filiale française de la crise subie par sa maison mère. Un investissement de 6 millions de francs par Auto Americas. Un financement qui finalement ne viendra jamais.

Michael Bishop, directeur général de Venturi depuis 1996, dit un peu partout sa confiance dans l’avenir, avec l’arrivée de l’Atlantique Biturbo présentée en 1998, et envisage 100 véhicules par an. Pourtant, il sait très bien que sans financement, sur un marché difficile pour les marques de luxe en général et pour Venturi en particulier, avec un actionnaire qui n’a plus les moyens de ses ambitions, il faudra trouver un nouveau partenaire : et pourquoi pas un grand constructeur français ?

Un Coupé 406 dans sa configuration Export Japon.... Imaginez une version sportive siglée Peugeot-Venturi ?
Un Coupé 406 dans sa configuration Export Japon…. Imaginez une version sportive siglée Peugeot-Venturi ?

C’est dans le numéro 1 du regretté magazine Auto Live que la nouvelle est révélée début 1999 : selon Michael Bishop, Venturi serait en contact avec PSA en vu d’un rapprochement. Ainsi déclarait-il à l’époque :

« l’avenir de Venturi passe par des études d’ingénierie pour d’autres constructeurs, et surtout par un rapprochement avec un grand constructeur. Peugeot est celui que nous avons rencontré au dernier Mondial de l’Auto à Paris (ndlr : 1998) et depuis nous sommes en discussion ».

Au moment de l’interview, un modèle bâché était visible dans le hall de l’usine de Couëron, ressemblant (selon le journaliste) dans sa ligne au coupé Peugeot 406. Venturi travaillait-elle à modifier les trains roulants du Coupé 406 pour le rendre plus sportif ? S’agissait-il d’y implanter un V6 ES9 retravaillé à la sauce Venturi ? Rien ne filtrera plus jamais sur les relations entre Peugeot et Venturi. D’ailleurs, les discussions finiront pas s’arrêter sans déboucher sur quoi que ce soit, et Venturi sera déclarée en faillite en 2000, puis rachetée au rabais par Gildo Pallanca Pastor.

Avouez en tout cas qu’un Coupé 406 revu et corrigé à la sauce Venturi, et plus accessible qu’une 300 Atlantique, ça aurait eu de la gueule. Malheureusement, PSA ne rachètera jamais Venturi (en avait-il vraiment l’ambition ou bien était-ce une tentative de bluff du boss de la petite firme nantaise?), et la firme désormais s’engagera vers l’aventure électrique, pour finir par arrêter toute production automobile en 2016, malgré quelques ventes symboliques de la Fétish signée Sacha Lakic. A l’heure de la renaissance d’Alpine, peut-être cet article redonnera des idées à Peugeot et à Carlos Tavares ?

En prime, voici la vidéo parue dans Auto Live (sur le CD-Rom distribué dans le magazine): on y voit la fameuse auto bâchée:

Photos: Dom44, Communauté Venturi et DR

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21 commentaires

denis pechon

Le 17/09/2016 à 19:05

humm
article intéressant qui a le mérite de montrer que notre industrie passe son temps à rater les opportunités… comme j’ai souvent l’habitude de le dire, nos constructeurs eussent été teutons, Mvs alias venturi aurait connu le Graal d’amg ou de bavaria ou d’alpina. Plutôt que d’insipides mazouts, certes performants, nos 605 607 508 auraient eu des v6 es9 à plus de 300 canassons. Certes l’appoint de 2 roues motrices de plus n’eussent pas été de trop, mais qu’un saut de puce plus loin et Dangel eut imaginer quelques boites de transfert adaptées aux écuries disponibles. Au lieu de cela nous bénéficions de moteurs bridés, tout comme certains actionnaires, de techniques de pointes et de moteurs enterrés pour toujours, sauvés peut être par la fée électricité mais pas sur, au risque de basculer pour toujours sous les fourches caudines d’un comptable s’évertuant à calculer le bénéfice d’un rcz doté de turbines à mazout. Avouons qu’un rcz à moteur d’atlantique 300 aurait certainement eu plus de marques de reconnaissances qu’un 1600 270 cv, certes efficace mais doté d’une mécanique commune à tant d’autres déplaçoir du lion…
Alors prions pour que Carlos s’offre les cendres de venturi…
les rêves ne coutent rien mais parfois rapportent.
la fin de venturi est à l’image de beaucoup de choses chez nous, ils auraient mérité de ne pas naitre en France, de bon ingénieurs, des techniciens remarquables mais une clique de commerciaux nuls jusqu’à la trogne et surtout sans aucune vision de ce que les quelques 6 milliards d’étrangers attendent.
non le vin français n’est pas le meilleur, non la bouffe française n’écrase pas le reste du monde, non le marché français de l’auto n’est en rien représentatif de ce que le reste de la planète attend, PSA commence à se mordre les doigts du marché chinois, encore une fois devrait on dire….

Utopiboy

Le 17/09/2016 à 21:15

Avant d’ambitionner de faire renaître le Gerfaut, il y a PGO à sauver de la banqueroute ! PSA y a bien des liens puisqu’il fournit les mécaniques (le 2.0l de feu la 306 S16, et maintenant le fameux 1.6 THP).
Quoi qu’il en soit, l’Atlantique 300 était une belle bête, à mes yeux aussi désirable qu’une Ferrari F355 contemporaine. Dans ma short-list pour remplir un garage de « ouf », le jour où quelqu’un m’offre un billet de loto gagnant…

Paul

Le 17/09/2016 à 21:17

Erreur, PSA ne fournit plus les moteurs de PGO depuis longtemps, puisque PGO se fournit chez BMW 😉

SRDT

Le 17/09/2016 à 22:56

Et pourtant maintenant PSA fournit le THP 200 à Secma…

Venturi voulait sans doute vendre des 406 coupé améliorées.
Mais du point de vue de PSA ça aurait été plus simple et moins cher de confier directement l’intérieur grand luxe à Pininfarina et de sous-traiter l’étude moteur (comme Venturi).
En fait pour que ça soit intéressant pour PSA il aurait fallu que Venturi supporte la totalité des coûts.

Pour ce qui est d’un rachat actuel par PSA Carlos Tavares est l’artisan de la résurrection d’Alpine donc je le vois mal aller essayer de plomber son bébé avec Venturi. En même si Alpine y arrive (je lui souhaite) y aura-il la place pour une deuxième marque française au blason moins prestigieux?

Paul

Le 17/09/2016 à 23:03

Le rachat en 99 aurait pu se justifier, mais sûrement pas en 2016, c’était plus pour « titiller » l’amateur. Aujourd’hui Venturi n’apporterait pas grand chose à PSA, même dans le domaine de l’électricité. Je pense (sans certitude) que le vrai plus que pouvait apporter Venturi pour un Coupé 406 haute performante n’aurait pas été forcément du côté du moteur, mais du châssis et des trains roulants… Mais bon, cela ne s’est pas fait, et sans doute les discussions étaient plus intéressées du côté de Venturi que du côté de PSA qui a du écouter poliment puis décliner… Enfin, c’est toujours rigolo de voir les occasions manquées malgré tout 😉

Denis pechon

Le 18/09/2016 à 10:39

Une idée de l’époque (j’ai toujours rêvé d’une venturi) était de re motorisé les berlines du lion avec les versions MVS . 406 coupé dopée au biture !
c’est drôle de savoir que le projet existait…
c’est le manque de financements qui a tué venturi, une maladie bien de chez nous, malgré les bilans améliorés de la firme, le banquier devait rouler en porsche….

Denis pechon

Le 18/09/2016 à 10:44

Putain de correcteur automatique. ..
biture = biturbos
remotoriser
Ps: si le Web Master pouvait introduire la modification à posteriori !

Denis pechon

Le 18/09/2016 à 12:23

Pour rappel aussi, il n’est guère dans les gènes de nos constructeurs de re uperer les constructeurs / clients en difficultés. Auverland le Land Rover français a coulé tranquillement (UMM) sans que PSA n’y voit d’opportunités d’intégration dans la gamme. Pourtant, moteurs, boîtes étaient livrés par le groupe. Mais là encore les oeillères. …

Paul

Le 18/09/2016 à 12:29

Petite précision: Auverland n’a pas coulé, au contraire, puisqu’elle a racheté Panhard à PSA (justement) pour ensuite se rebaptiser Panhard (ce qui explique la disparition de la marque, mais n’inversons pas les rôles 😉 )… Puis Panhard va être racheté par Renault Trucks (Groupe Volvo) mais existe toujours en tant que tel, ce qui donne une situation cocasse: Panhard, finalement racheté par un Renault qui n’en est pas un, puisqu’il s’agit de Volvo… Ironie de l’histoire 😉

venturi addict

Le 11/02/2018 à 19:44

Paul, le châssis du coupé 406 est certainement le meilleur que peugeot n’ai jamais réalisé et je ne vois pas comment une toute petite équipe même très motivée aurait pu faire? durcir les suspensions ?pourquoi se taper le cul alors que le coupé tient extrêmement bien le pavé et c’est bien le moteur v6 qui est un peu chétif….

Utopiboy

Le 17/09/2016 à 23:29

Oups, en effet. Mais PSA ne fournit-il pas d’autres périphériques ? Ne serait-ce qu’un commodo de phare ? (en photo, je crois reconnaître les boutons de vitres et rétros de 206)

Denis pechon

Le 18/09/2016 à 10:34

Une partie des équipements viennent de psa (505), d’autres de Renault mais en plus petits nombres, sur les premières MVS, les feux arrière étaient BMW. Des pièces très coûteuses en petites séries et surtout très demandées en sav.

Eddy123

Le 18/09/2016 à 09:58

Sa ne pouvait pas arriver…
Un de nos constructeurs nationale !!
Faire de vrai sportive!!
En France ? ?
Renault à déjà du mal à ressortir une Alpine 4 cylindres..

LHB

Le 18/09/2016 à 11:44

Il y a bien eu une version Venturi chez PSA: le Berlingo électrique « by Venturi »…

Plus sérieusement, a-t-on une source sûre permettant de confirmer ce projet de 406 coupé Venturi ?

Je doute que PSA ait eu besoin d’un minuscule artisan peu connu pour développer une version à hautes performances. Il existait déjà en interne un projet de V6 poussé à 3,2l, l’ES13. Ce moteur a tourné en compétition (barquettes Pescarolo, 208 T16).

Paul, tu peux nous en dire davantage sur ce moulin ?

Paul

Le 18/09/2016 à 11:53

La seule source vient de cette interview de Michael Bishop début 1999, attestant des négociations… Pour le coupé 406, il s’agissait juste de spéculations du journaliste d’Auto Live (cf vidéo)… J’en ai cependant entendu parlé par d’autres sources, parlant d’un Coupé 406 dont les trains roulants avaient été retravaillés par Venturi (particulièrment pointu à l’époque, et reconnu pour les qualités du châssis et des trains roulants de ses modèles)

rubinho

Le 19/09/2016 à 09:56

Perso, je ne vois pas trop ce que Venturi aurait apporté a PSA en terme de liaisons au sol ; PSA est surement un des groupes le plus tatillon a ce niveau ….

venturi addict

Le 06/04/2018 à 21:20

Bonsoir Paul
je pense avoir une bonne connaissance de venturi
il n’y a jamais eu de tractation avec psa
bien au contraire psa n’accordait que peu de crédit à Bishop car il parlait beaucoup trop et mettait ses clients en perpétuel porte à faux

Wolfgang

Le 18/09/2016 à 23:43

Renault a Alpine, Peugeot aurait pu avoir Venturi.
ça leur aurait éviter de créer DS, un truc tocard sorti de nulle part…

Marc Limacher

Le 19/09/2016 à 13:21

Les années 98-2000 chez PSA sont intéressantes en spéculations et projets avortés.
Notons la 206 S16 « Prost GP » (souhaité par Corrado Provera), la 607 W8 Volkswgen etc…

C’était une époque ou les communicants étaient maîtres sur le plan produit en lui même (une SMART faite par PSA qui s’en souvient encore par exemple ?) Une période charnière entre le départ de Calvet et la prise de pouvoir de Foltz.

Notons qu’en 1999, Alain Prost a proposé son équipe à PSA, qui a étudié cela un temps. Avant de dire non.
Ce refus, ainsi que le refus de vendre à Daimler-Chrysler a mis fin à toute ses spéculations de communicant pour revenir au plan produit.

Greg

Le 20/09/2016 à 09:39

MVS/Venturi n’avait pas les moyens -ni techniques ni humains- de vendre une prestation de « consultant » ès-trains roulants, ce n’était quand même pas Lotus ni Porsche!
Si les Venturi étaient créditées d’une tenue de route phénoménale, cela venait du talent d’une poignée de personnes externes à l’entreprise: tout d’abord les gens de chez Rondeau qui avaient dessiné et construit le prototype, puis les pilotes essayeurs Jean Philippe Vittecocq (alors chez Michelin) et Jean Pierre Beltoise 😉
Les préparations moteur aussi, venaient de l’extérieur: EIA pour la mémorable 280 SPC…
Ce que Venturi faisait très bien en interne, c’était les garnitures intérieures, cuir et bois!
Pure spéculation: ce que la presse auto en général reprochait à la 406 Coupé, c’était… sa présentation intérieure bien trop proche de la berline 😉
Vous voyez ce que je veux dire? 😉

Denis pechon

Le 20/09/2016 à 20:18

Yes….

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