Volvo 240 Turbo : La brique volante

Publié le jeudi 23 janvier 2020.
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Dans les années 70 et 80, le temps automobile n’était pas le même qu’aujourd’hui, et une voiture née en 1974 pouvait vivre presque vingt ans tout en conservant une base de clients fidèles et sans être ridicule face à la concurrence. La Volvo 240 fait partie de ces voitures bien conçues qui durent et évoluent au fil des ans, jouant sur leur image de solidité (et de praticité) tout en se permettant quelques excentricités, comme la volontaire 242 GT (un coupé presque sportif), l’étonnante 262C qui se voulait originale et luxueuse, et surtout la 240 Turbo, archétype de la berline et du break “énervé”.

On ne présente plus la série 200 de chez Volvo, qui est, peut-être, la voiture la plus emblématique de la marque. Cela n’est certainement pas étranger au fait que ce modèle a été produit durant 19 ans, de 1974 à 1993, à près de 3 millions d’exemplaires, un record à Göteborg. Mais ce modèle a surtout été un véritable symbole de fiabilité dans l’industrie automobile. L’illustration parfaite reste le cahier des charges lors de la conception, qui exigeait à toute Volvo 240 de traverser la Vallée de la Mort en Californie sous plus de 40°C en tractant une remorque remplie de 2 tonnes de sable sans que le moteur ne chauffe d’un iota. 

Pour 1974, c’est une vraie prouesse et ce ne sont pas les amateurs d’anglaises, italiennes ou françaises contemporaines qui diront le contraire. Mais au-delà de la fiabilité, c’est bel et bien sur la sécurité que la 240 a confirmé la solide réputation du constructeur. Élue en 1991 voiture importée la plus sûre de l’année aux USA, cette dame à la conception vieille de 17 ans faisait mieux que les pimpantes BMW Série 3 E36 et autres Mercedes Classe S W140 fraîchement sorties. On comprend pourquoi les autorités américaines ont choisi la 240 comme base d’étude pour actualiser leurs exigences en matière de sécurité automobile.

Elle avait tout et en voulait encore plus

Grâce à ses qualités de fiabilité, de sécurité, de confort et d’habitabilité, cette voiture à l’allure de brique Lego est devenue, au début des années 80, la voiture prisée de la bourgeoisie anticonformiste en recherche de différence face à un voisinage traditionnellement tourné vers Mercedes-Benz et de plus en plus vers les pétillantes BMW. Et c’est là que Volvo a compris qu’elle pouvait séduire cette nouvelle clientèle en recherche de plus de dynamisme.

Ainsi dès 1980 la marque pimente sa paisible Volvo 240 en lançant la 240 turbo et en 1981 la 240 break Turbo. Partant de la 240 2.1 injection K-Jetronic code B21E de 123ch, les ingénieurs suédois y greffent un Turbo Garrett T3 passant au code B21ET et soufflant à 0,67 bar, amenant la puissance à 155ch à 5.500 tr/min pour un couple de 245 Nm à partir de 3.750 tr/min. Tout cela associé à une solide boîte mécanique 4 vitesses + 1 vitesse surmultipliée capable d’encaisser plus de 700 ch.

Et la firme viking ne s’est pas arrêtée là. Le châssis a eu également droit à une cure avec l’adoption de suspensions à gaz plus dures, de barres antiroulis plus grosses et de jantes aluminium de 15 pouces avec pneumatiques Pirelli P6 195/60 R 15 dits à l’époque « taille basse ». À l’intérieur, l’ambiance à bord est sobrement rehaussée d’un compte-tours, d’un compteur de vitesse gradué jusqu’à 220 km/h et d’un manomètre de pression de Turbo.

Elle invente le “break énervé” 

Forte de ces améliorations, la 240 turbo annonce un 0 à 100 km/h en 9s, un 1000m départ arrêté parcouru en 30s et le cap fatidique des 200 km/h atteint. Aujourd’hui, ces performances peuvent faire sourire, mais il est bon de les replacer dans le contexte de l’époque, cette 240 turbo clouait la concurrence (SAAB 900 T8, Renault 18 Turbo), les bombinettes stars (Peugeot 205 GTi, VW Golf GTi) et faisait jeu égal avec la remarquée BMW E30 323i. On peut dire qu’avec son break 240 turbo, Volvo créa le concept de break sportif quelques années avant l’arrivée de la BMW E30 325i Touring et plus de 10 ans avant l’arrivée de l’impressionnante Audi RS2.

Après un peu plus de 4000 unités produites, Volvo annonça, après l’été 1985, l’arrêt de la production de cette confidentielle 240 turbo, ouvrant le chemin d’une longue tradition de modèles vitaminés de la marque suédoise, de la 780 Turbo puis 850 T5-R ou R, aux productions Polestar les plus récentes, en passant par les très exclusives Volvo S60/V70 R. 

Texte : Rodolphe Poprawa

 

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