Volvo Série 140 (142, 144, 145) : parpaing d’origine !

Dimanche 3 juin 2018
Retour

La série 140 de Volvo est sans doute la plus emblématique de la marque, celle qui lui a donné la direction pour les 50 années suivantes, celle qui a instauré le style Volvo. Il ne s’agissait pourtant pas d’une voiture révolutionnaire à proprement parlé, et dérivait largement de l’Amazon qu’elle remplaçait (enfin pas tout à fait, celle-ci ne quittant les chaînes de production qu’en 1970), mais sans le vouloir, sans idée marketing précise, elle instaurait une nouvelle identité à la marque suédoise, souvent moqué certes (le « style parpaing »), mais immédiatement identifiable, et surtout plutôt élégant malgré tout. Avec les 142 (coupé), 144 (berline) et 145 (break), Volvo allait conquérir les années 70 et préparer le terrain pour le best-seller suivant, la série 200 (240/260).

A l’époque avec Volvo, pas la peine d’aller chercher très loin pour le nom de son futur modèle : ce sera 3 chiffres côte à côté, le 1er indiquant la série (1 pour première série), le 2ème le nombre de cylindres (4 ici), et le 3ème le nombre de porte (2 pour le coach, 4 pour la berline, et 5 pour le break). Vous l’avez ? Bref, c’est à l’été de l’année 1966 que commence la production de la 144 (la première du trio) dans l’usine de Torslandaverken.

Le style est du au designer suédois Jan Wilsgaard, un style qu’on appellera bientôt « boxy style ». Rigolez tant que vous voulez, mais arriver à rendre identifiable au premier coup d’oeil un assemblage de boîte comme étant une Volvo, ce n’était pas donné à tout le monde. D’ailleurs, en matière de style, c’est la sobriété qui est la plus difficile à obtenir, et donc une certaine classe. En l’espèce, seuls quelques détails suffisent à rendre les 144 intemporelles au point que son dessin survivra jusqu’en 1993 à quelques détails près avec la série 200.

Etrangement, la 164, modèle 6 cylindres destiné à une clientèle plus luxueuse et qui apparaîtra deux ans après la 144 (on vous en reparlera bientôt), ne restera pas dans la mémoire collective : normal, avec sa calandre « à l’ancienne » et ses phares ronds, elle faisait encore tellement 60’s, quand la 144 respirait les années 70 avant l’heure. Avoir l’air moderne suffit de peu de choses. Mais revenons à nos moutons.

cette photo, assez cocasse, représente toute une époque 😉

A sa sortie en 1966, la 144 reprenait le B18 de l’Amazon, un 4 cylindres 1.8 de 75 chevaux. Cette propulsion équipée de 4 freins à disque, pesait 1150 kg, un poids plume aujourd’hui, une lourde voiture à l’époque. Aussi, on lui offrit rapidement une version plus puissante, le B18B issu notamment de la 1800 (lire aussi : Volvo P1800), et développant 100 chevaux grâce à deux carburateurs: la 144S était née. En 1967, deux carrosseries virent s’ajouter à la gamme : la 142, version coach à deux portes, et la 145, sa version break.

La 142 peut surprendre aujourd’hui, tant la carrosserie coach a disparu de nos routes. Pire, dans les gammes des constructeurs, les versions 3 portes disparaissent, alors des deux portes qui ne sont même pas des coupés, hein ! Pourtant, la 142 sera un véritable succès (412 986 ex), se vendant mieux que le break 145 (ce qui explique la volonté de Volvo de faire perdurer cette tradition du coach/coupé, avec la 262C ou la 780). Mais en vérité, si le break fut celui qui se vendit le moins de la série 140, il sera celui qui installera la réputation de la marque au début des années 70.

Nous y voilà : la star du trio, c’est bel et bien la 145. Son look deux volumes bien carré permettant d’y rentrer à peu près tout ce qu’on veut (dans la limite de 2m3), et son plancher plat une fois les sièges arrières rabattus, en firent la chouchoute des familles nombreuses, des antiquaires et des brocanteurs. S’il dut se contenter de 268 317 exemplaires, il lançait la tradition du grand break Volvo qui permettra à la 245, son successeur, de frôler ensuite le million d’unité.

En 1968, la 145 élargissait sa gamme vers l’utilitaire, en proposant la version Express, disponible en plusieurs configuration, van tôlé, ambulance, ou transport scolaire (avec un toit rehaussé). L’Express sera essentiellement vendue en Suède, Norvège ou Finlande. En 1969, la véritable nouveauté sera l’évolution du B18 A et B vers le B20 A et B. Le 4 cylindres passait à 2 litres de cylindrée, et la puissance à 82 chevaux pour le B20A et 100 ch pour le B20B (144S). Le B20 continuera d’évoluer durant la carrière des 140, avec une évolution « injection » en 1971, (2.0 E) et ses 124 chevaux, et une autre moins puissante destinée à répondre aux normes américaines, un marché important pour Volvo, limitée à 115 chevaux (2.0 F) en 1972.

Les versions « Express » seront réservées à la Scandinavie

En 1971, les 140 recevaient leur premier lifting, plutôt léger et concernant essentiellement la calandre (plastique noir si à la mode à l’époque, ça faisait encore plus moderne) inaugurait le logo sur une barrette en diagonale, mais excentré sur la gauche. C’est à l’occasion du deuxième lifting de 1973 que le logo Volvo revenait au centre (c’est encore le cas aujourd’hui). C’était histoire de tenir le coup jusqu’à la fin programmée en 1974, date à laquelle la série 200 prit le relais.

Aujourd’hui, la 240 est passée à la postérité, la 144 moins, allez savoir pourquoi ? C’était pourtant elle qui avait lancé le mouvement. Y’a des injustices comme ça. Je n’irai pas jusqu’à dire que la 144, ou la 145 car Volvo est désormais synonyme de break, coûte que dalle, mais presque. Accrochez vous cependant si c’est une 142 qui vous tente, car il en reste peu malgré une production respectable.

Galerie d'image

Voir toute la galerie

Contenu alimenté par

Vous recherchez ou vendez

une auto de collection

Concours

CLASSIC & SPORTS CAR


Tentez de gagner un reportage sur vous et elle dans notre magazine partenaire
Classic & Sports Car France.

Articles associés

13 commentaires

Eddy123

Le 03/06/2018 à 13:52

Il y a une belle 2 portes qui croupit dans le jardin d’une maison dans Bordeaux…
Elle a l’aire encore propre. .. pour combien de temps..

lionel

Le 03/06/2018 à 20:45

Petite remarque : c’est l’usine de Torslanda, pas de Torslandaverken. Verken voulant dire fabrique, c’est redondant.
Torslanda, au nord de Göteborg, d’où sortent toujours la majorité des Volvo de Suède. Je pense d’ailleurs que c’est le seul site encore en activité pour Volvo cars en Suède.

martin

Le 03/06/2018 à 21:06

Moi, je la trouve très sexy cette voiture surtout sur la 3eme photo.

Carolucem

Le 04/06/2018 à 00:22

Il manque la partie competition. La 142s etait engagée en rally..

Fabrice

Le 04/06/2018 à 11:00

Le 3 septembre 1967, la Suède est passée de la conduite à gauche à la conduite à droite. Ce qui explique une forte demande pour de nouvelles voitures avec la direction du bon côté. Et l’apparition de deux modèles qui vont devenir mythiques pour leur constructeur: la Volvo 140 et la Saab 99 en 1968.

Dimitri

Le 04/06/2018 à 16:05

Oui, mais en Suède, bien que l’on roulait à gauche, la majorité des voitures avaient quand même le volant à gauche (Sauf la confidentielle Saab Sonett 1, produite à 6 exemplaires + 1), ce n’est donc pas l’explication pour la forte demande… juste une époque de forte croissance générale.

allan wagos

Le 04/06/2018 à 16:29

Avant qu’apparaisse l’Espace Renault, le break Volvo était la bétaillère à cathos  » comprendre grande voiture pour famille nombreuse pour cathos intégristes  » si légions dans ma bonne ville de Fontainebleau !!!

Bagnole inusable bonne à tout faire , conduite par Madame en semaine et transporter une charretée de Scouts le Week End .

AbuShemsy

Le 09/06/2018 à 23:18

Qu’est ce que les cathos intégristes viennent faire là ?

fc30

Le 12/06/2018 à 17:54

On a déjà eu droit à une diatribe de ce genre dans l’article sur le C5 Aircross, ça suffit ces préjugés…

Lesautosdephil

Le 04/06/2018 à 23:19

le style ? A priori quelconque et pourtant elle a effectivement une élégance naturelle cette série 100, élégance que la série 200 perdra partiellement en s’équipant de poutres en acier en guise de pare-chocs. Cela ne lui a pas empêché d’avoir le succès qu’on lui connaît.
J’ai connu deux série 100 : celle d’un voisin ayant un poste à responsabilité dans la grande distribution naissante ; celle d’un grand oncle qui était chef d’entreprise dans le BTP. Preuve s’il en est que Volvo était déjà considéré comme du haut de gamme.

Eddy123

Le 06/06/2018 à 18:35

Pour la « poutre en acier », tu ne crois pas si bien dire. ..

Greg

Le 07/06/2018 à 10:04

« La perfection, ce n’est pas quand il n’y a plus rien à ajouter, c’est quand il n’y a plus rien à enlever »
Moi j’aime bien l’ambulance, et l’infirmière suédoise à couettes! 😀
C’est marrant sur la 2ème photo de la N°1 tombant de chaine, on dirait que les pneus sont lisses d’origine!
En tout cas, merci pour cette belle tranche d’histoire, et ces photos d’une autre époque!
Mes parents n’étaient pas cathos mais on était quand même une famille nombreuse.
Par les effets conjugués de bas salaires et d’une couronne suédoise plus forte que le franc français, le « break Volvo » demeurait un fantasme inaccessible…

Laisser un commentaire