VW/Bombardier 183 Iltis : un putois bien désirable !

Samedi 4 avril 2015
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Parfois, j’aimerai pouvoir voyager dans le temps, et me retrouver en 1978 dans un des bureaux d’Ingolstadt le jour où il a été décidé d’appeler le Volskwagen 183 du doux nom de Iltis. Qu’est-il passé par la tête de ces ingénieurs et marketeurs pour trouver géniale l’idée d’appeler le futur 4×4 de l’armée allemande « le putois » ? Il y a des mystères de l’histoire que j’aimerai vraiment percer ! Mais le 183 avait suffisamment de qualité pour surmonter le handicap et connaître une brillante carrière militaire et sportive. Il faut dire qu’à part cette fameuse réunion, tout jouait en sa faveur.

Iltis 02

Dans les années 70 se pose un problème majeur pour quasiment toutes les armées d’Europe : les véhicules légers type « jeep » commencent à sérieusement dater et il devient essentiel de renouveler le parc rapidement. N’oublions pas que nous sommes en pleine guerre froide et que l’Europe reste sous la menace d’une invasion soviétique. Disposer d’un véhicule léger tout terrain moderne devient une priorité. En France, on roule encore avec des Jeep fabriquées par Hotchkiss dans les années 50, tandis qu’en Allemagne, ce sont les DKW Munga (dont la production a cessé en 1968) à moteur deux temps qu’on use jusqu’à la corde.

Iltis 04

Le plan Europa Jeep, destiné à équiper les armées allemandes, françaises et italiennes d’un véhicule commun est lancé dès 1962, mais sans véritablement aboutir malgré de nombreux projets. En 1975, la Bundeswehr ne peut plus attendre et lance donc un appel d’offre. Deux constructeurs répondent présents : Mercedes, allié avec l’autrichien Steyr-Puch, avec le G-Wagen (plus connu sous le nom de Classe G aujourd’hui), et Volkswagen avec l’Iltis. C’est l’Iltis qui sortira vainqueur de la compétition. Mercedes réussira à refourguer son G à Peugeot et à l’armée française dans le cadre d’une licence (lire aussi :Peugeot P4), et rencontrera le succès sur les marchés civils, avant de prendre sa revanche une décénnie plus tard en équipant l’armée allemande en remplacement de l’Iltis. Ironie de l’histoire !

Iltis 06

Si l’Iltis porte le nom de Volkswagen, il s’agit pourtant d’une Audi ! Etudié et fabriqué à Ingolstadt, il est en quelque sorte une version modernisée du DKW Munga. Exit cependant le moteur 2 temps, et place à un 1,7 litres essence de 75 chevaux ! Le cahier des charges est clair : longueur inférieure à 4 m, largeur inférieure à 1,6 m, garde au sol de 22,5 cm, charge utile de 500 kg, utilisable de -30° à +44°, capable de franchir des gué de 60 cm, capable de grimper des pentes de 50 % et d’atteindre les 50 km/h en moins de 10 secondes, rien que cela ! Le Putois répondra à toutes ces contraintes ! Véritable patchwork, l’Iltis pioche dans la banque d’organes Volkswagen : on trouve de la Cox, de la Golf, de l’Audi 80 ou 100 dans le 183 ! Et puis, le projet est mené par un ingénieur de génie, Roland Gumpert, père ensuite de l’Audi Quattro et de supercars à son nom (lire aussi : Gumpert). On dit que ce sont ses travaux sur l’Iltis qui l’auraient inspiré pour la Quattro !

Iltis 09

La production commence fin 1978 et se terminera en 1982 (du moins en Allemagne). 9547 exemplaires de cette première série seront fabriqués, dont 747 exemplaires pour le marché civil. Conscient de ses qualités, VW tenta en effet de conquérir le marché du 4×4. Présenté au salon de Genève 1979, il sera aussi engagé dans le Paris-Dakar 1980, raflant la 1ère, la 2ème et la 4ème place ! Mais cette victoire ne suffira pas à l’Iltis pour percer. Bien que pétri de qualités, il avait un défaut bien réel : son prix faramineux, bien plus cher qu’un Range Rover ! Mais n’allez pas croire que sa carrière s’arrête en 1982 ! Indestructible, l’Iltis se retrouve fabriqué à Valcourt, au Québec, sous la marque Bombardier qui en a racheté les droits et l’outillage pour répondre à la commande de l’armée canadienne. Mis à part les logos, rien ne change entre le 183 de VW et celui de Bombardier : on ne change pas un modèle qui gagne !

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2500 exemplaires du Bombardier Iltis seront fabriqués pour l’armée canadienne, puis 2673 exemplaires seront fabriqués pour l’armée belge. Pour l’Iltis belge, c’est un mécano industriel qui est organisé : les caisses sont fabriquées au Canada, puis envoyées à l’usine VW de Forest en Belgique pour y recevoir les moteurs en provenance d’Allemagne. On sait que Bombardier fournira aussi les armées camerounaises et d’Oman, portant le total des exemplaires fabriqués au Canada à environ 6000 exemplaires. Un prototype sera réalisé en conduite à droite pour l’armée singapourienne, qui ne donnera pas suite. Les derniers Iltis canadiens seront fabriqués en 1988. Entre temps, sa carrière allemande aura repris son court : à partir de 1985, VW en reprend la fabrication afin de compléter la commande de l’armée allemande. En 1987, il recevra même un nouveau moteur turbo diesel de 1,6 litres et 70 chevaux ! Cette deuxième tranche destinée à la Bundeswehr s’achèvera en 1988, après 1254 exemplaires produits ! Au total, ce sont environ 16 801 exemplaires du Volkswagen/Bombardier 183 Iltis qui auront été fabriqués.

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Petit à petit, les Iltis de l’armée Allemande seront remplacés par des Mercedes Classe G, tout comme ceux de l’armée canadienne. Le G aura eu sa revanche. On trouve donc souvent des Iltis déstockés de l’armée disponibles sur le marché de l’occasion. Robustes et fiables, ils font désormais le bonheur des amateurs de 4×4. Pour la petite histoire, si Peugeot répondit à l’appel d’offre de l’armée française avec le P4, un classe G à moteur de 504, Citroën proposa sa version de l’Iltis, baptisé C44, et dotée d’un moteur de CX, sans succès. Ce prototype participera lui aussi au Paris-Dakar, mais en 1981, avec moins de succès que ses frères allemands : il devra abandonner.

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3 commentaires

Medvejonoc

Le 27/10/2015 à 15:28

Je cite l’article: « N’oublions pas que nous sommes en pleine guerre froide et que l’Europe reste sous la menace d’une invasion soviétique »….

Alors, je ne sais pas si cette déclaration est là pour nous remémorer le contexte ou pour faire liaison, mais c’est vrai qu’une « invasion soviétique » çà aurait fait désordre, vu qu’on était déjà occupés par les ricains…

Maintenant qu’on y est, si on regarde une carte du Monde, à l’époque, le Kazakhstan était un pays soviétique d’une superficie comparable à l’Europe toute entière, mais avec en prime, du pétrole du gaz de l’uranium etc… Alors, franchement qu’est ce que les soviétiques auraient eu à gagner à envahir L’Europe?…

Vous allez me dire que mon commentaire n’a rien à faire ici… Pourtant, à bien y réfléchir, la menace d’une guerre ou l’existence d’une guerre, çà sert bien des intérêts et çà dope la production et les ventes… Et pour çà les industriels n’ont pas de patrie.

Quelques petites recherches sur le net suffisent à nous en convaincre.

Le bon côté de toute cette histoire, c’est peut-être que dans ce cas précis, le Iltis a participé à donner l’idée de l’adaptation de la transmission intégrale permanente sur les voitures de tourisme, jusqu’à démocratiser le concept.

Encore que, pour çà, les russes n’étaient pas en reste avec leur excellent Niva.

Puisqu’on en est là, et qu’on parle ici très souvent des productions décalées, des vilains petits canards, une petite recherche sur les Lada à moteurs rotatifs serait la bienvenue, non?! 🙂

Paul

Le 27/10/2015 à 15:36

Excellente idée pour les Lada à moteur rotatif 😉
Pour le reste, effectivement, avec le recul, il y avait peu de probabilité d’une invasion, mais à l’époque, cela paraissait crédible au plus haut niveau des états concernés, et particulièrement en Allemagne qui, ne l’oublions pas, était séparée en deux ! De quoi avoir peur de se faire manger l’autre moitié ! Je me rappelle aussi de certains français un peu à droite craignant les chars soviétiques après la victoire de Miterrand et de sa coalition avec les communistes. Là encore, on peut rigoler aujourd’hui, mais c’était une probabilité à prendre en compte à l’époque ! L’équilibre nucléaire avait finalement du bon, évitant ce genre de scénarios. Le terrain de jeu (enfin de guerre) se trouvant déporté vers les pays du 1/3 Monde (Afrique, Afghanistan, Vietnam etc).

Medvejonoc

Le 29/10/2015 à 07:16

Chiche! 😉

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