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Aurus Sénat Limousine : histoire du projet "Cortège", volonté de Poutine

PAUL CLÉMENT-COLLIN - 8 mai 2018

On peut dire ce qu’on veut, mais l’apparition de l’Aurus Sénat Limousine (appellation provisoire), lors de l’intronisation de Vladimir Poutine comme « nouveau » président de la Fédération Russe, est la preuve qu’une volonté politique peut changer les choses en matière d’automobile de luxe et de prestige. Vexé sans doute par l’étonnante (et assez moche) Beast inaugurée en 2009 par Barrack Obama, l’ami Vlad avait décidé qu’il ne serait pas en reste : lui aussi aurait sa limousine, une vraie, entièrement russe. Voici l’histoire de l’Aurus Sénat et du Projet « Cortège » !

La Zil 4112-R n’a jamais convaincu Poutine : trop vieille et trop ringarde

Tout commence réellement lors de l’élection de Poutine, pour la 3ème fois, à la présidence de la Russie, en 2012. Vladimir en est convaincu, les officiels russes ne doivent plus se déplacer autrement que dans des véhicules russes. Mais il faut bien se l’avouer : la Russie ne dispose d’aucun véhicule de ce type depuis la disparition de ZIL qui, de toute façon, ne produisait plus que des modèles obsolètes. On tente bien de proposer au président une version modernisée appelée ZIL 4112-R mais Poutine n’en veut pas, hors de question de rouler dans une voiture aussi « arriérée ». Il veut une voiture moderne, digne de sa fonction et de sa personne, et qui n’ait pas à rougir devant les Rolls-Royce, Bentley, Mercedes et Maybach qui pullulent dans les rues de Moscou. Il y va de son prestige, mais il entrevoie aussi un véritable marché : avec le réveil de la Russie, les oligarques, lassés d’acheter des jouets étrangers, pourraient bien se ruer (par besoin, envie, ou servilité) sur un modèle 100 % russe. Cette fois ci, le projet est sérieux, contrairement au dernier grand projet de ce genre dans les années 80 (lire aussi : ZIL 4102).

L’enjeu est donc politique, stratégique, et pourquoi pas économique. Pour cela, le projet doit être piloté par l’Etat, et non confié à une entreprise privée. Et qui dit Etat dit l’omnipotent Poutine. En tout cas, c’est l’Institut Central de Recherche Scientifique sur les moteurs et l’automobile, connu en Russie sous le nom de NAMI, qui s’y colle et qui va gérer le projet. Cependant, le NAMI va être habile, s’alliant tout de même sur ce coup-là à un constructeur automobile local. Au tout début, on pense à Marussia, qui tente de produire chez Valmet des supercars russes (lire aussi : Marussia) mais l’entreprise n’est pas très solide et disparaît en 2014. On pense un temps à Dartz, propriétaire de la marque Russo-Baltique (lire aussi : Russo-Baltique), mais c’est finalement le groupe russe Sollers-JSC qui deviendra l’allié du NAMI sur le projet « Cortège ».

Premiers dessins de l’Aurus

Bien qu’une bonne partie des activités du groupe Sollers soit constituée de joint-venture avec des constructeurs étrangers (Ford notamment, mais aussi Ssangyong, Mazda et Toyota), c’est aussi le propriétaire du dernier constructeur russe encore réellement en activité (Lada appartenant désormais à Renault) : UAZ, qui flatte encore le patriotisme russe avec la production du fameux Hunter, et du Patriot (lire aussi : UAZ Hunter). Mine de rien, ce sont entre 50 et 60 000 4×4 siglés UAZ qui sortent des chaînes tous les ans, un bastion de la résistance à l’invasion étrangère, un symbole !

Premiers Spyshot de la Berline

Dans un premier temps, histoire de profiter de l’occasion pour faire un peu de propagande, un concours de design sera lancé en 2013, concours qui ne contribuera qu’à faire parler du projet. Poutine sait déjà dans quelle direction il veut que les designers se tournent : Rolls Royce et Bentley sont dans le viseur. Le NAMI est doté d’un budget de 12,6 milliards de roubles pour l’occasion (environ 170 millions d’euros).

La version berline sera la plus vendue

Le projet « Cortège » ne se limite pas à la création et à la production d’une voiture d’apparat. Dans l’esprit de Poutine, il s’agit de créer une marque à part entière, avec une gamme : une limousine donc, mais aussi une berline de luxe (version courte et sans doute « grand public » de la limousine) et un étonnant « minibus », ni vraiment SUV, ni vraiment monospace. Assez vite, les dessins des 3 modèles seront déposés (cf. illustrations).

Dessins / photos des brevets révélés par la presse russe

Pour la technique, tout doit être d’origine russe. Dans la pratique, le NAMI et Sollers vont faire appel à Porsche et à Bosch pour élaborer un V8 de 600 chevaux environ. Cependant, il s’agit bel et bien d’un moteur totalement nouveau. On planche aussi sur un 4 cylindres et un V12. La plate-forme elle aussi est totalement nouvelle : nommée EMP (rien à voir avec Peugeot, c’est l’acronyme russe de Plate-forme Modulaire Unifiée), elle servira à l’ensemble des modèles.

Le projet de Minibus tel qu’il a été déposé

En 2017, deux prototypes de la version limousine sont roulants, le A disposant du V8, et le B disposant semble-t-il d’un V12. Poutine conduira lui-même, en juin, le prototype A pour se faire une idée. L’affaire est bien lancée mais le calendrier serré : il faudra être prêt en mars 2018, date à laquelle le FSO (qui gère le parc de véhicule de la présidence) doit récupérer les 16 premiers véhicules.

La Limousine telle qu’elle a été présentée le 7 mai 2018

Dans la pratique, les délais ne seront pas tenus. En ce début mai, pour l’intronisation du « nouveau » président, c’est bel et bien dans un prototype que Poutine monte pour parcourir les quelques centaines de mètre du cortège. Peu importe, le message est clair : la Russie disposera désormais de sa propre limousine, et elle en impose. Dans le contexte international actuel, et l’opposition polie à la coalition occidentale sur la question de la Syrie, mais aussi celle de l’Ukraine et de la Crimée, cette limousine n’est pas qu’un caprice de Tsar, mais bel et bien un outil diplomatique.

Outil diplomatique, certes, mais aussi économique : début janvier, le NAMI et Sollers créent une joint-venture tandis que le nom de la nouvelle marque est trouvée : Aurus, contraction de Aurum en latin (Or) et de Russia, tandis que la version limousine prend officieusement le nom de Sénat… Tout un symbole. Pendant que se construisent les commandes définitives de l’Etat Russe (entre 14 et 16 véhicules pour cette première commande), les grandes manœuvres commencent. L’industrialisation est effectuée dans les locaux du NAMI (jusqu’à une capacité de 200 véhicules par an). La commercialisation se fera au travers d’un réseau qu’on tente d’ores et déjà de mettre en place en Russie, mais aussi à l’export.

La voiture a été prévue dès le départ pour être moins chère que la concurrence (d’environ 15 %) come l’a déclaré le Ministre du Commerce Denis Manturov. Le prix de départ pour la version berline sera d’environ 6 à 7 millions de roubles (soit 90 000 euros à peu près). L’objectif réaliste que se sont fixés le NAMI et Sollers : 300 véhicules par an.

Avec le soutien de l’Etat Russe et du Ministère du Commerce, et la réalisation quasi étatique du projet (NAMI), nul doute que le projet ira jusqu’au bout : la présentation de la voiture en début de semaine sonne comme un point de non retour. La version berline sera présentée au Salon de Moscou qui ouvre ses portes le 29 août tandis que la marque sera officiellement commercialisée à partir de septembre prochain. Pour continuer à soutenir le projet, le gouvernement a par ailleurs annoncé en janvier qu’une nouvelle commande sera faite en 2019 pour équiper différents ministères. La production se concentrera d’abord sur la berline et sur la limousine, mais le minibus pourrait voir rapidement le jour.

Découvrir le reste de la gamme Aurus, Berline « en live », SUV et Cabriolet, c’est ici : le reste de la gamme dévoilée

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