Mercedes Classe S W140 : pachyderme de luxe !

Mercredi 2 décembre 2015
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Lorsqu’en 1991 fut présentée la nouvelle Mercedes Classe S (nom de code W140) au Salon de Genève, je fus surpris par son allure pachydermique qui tranchait nettement avec sa devancière, l’élégante et élancée Classe S W126. D’abord horrifié, j’ai fini par m’habituer à sa silhouette de cachalot, tout comme de nombreux clients qui firent de cette voiture un succès malgré un look a priori ingrat.

Les premiers sketchs de la W140
Les premiers sketchs de la W140

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Mercedes pense à renouveler son vaisseau étendard à peine 4 ans après le lancement de la W126. Les premiers dessins datent en effet de 1985, c’est dire si Mercedes s’y prenait tôt alors que ce type de grande berline vivait à l’époque de longues années (en moyenne 10 ans pour la W116 ou la W126). Pour présenter un petit bijou de technologie et d’équipement, les ingénieurs prirent leurs temps : 6 ans entre les premiers sketchs et la présentation à Genève.

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Première maquette, prévue aussi en break !

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Il faudra cependant accélérer le mouvement car entre temps, une nouvelle marque lancée au Etats-Unis taillait des croupières à la W126 vieillissante : la Lexus LS400 (lire aussi : Lexus LS400) qui s’en inspirait nettement tout en modernisant le style et en plaçant la barre technologique très haut. Il fallait, face à cette nouvelle rivale, frapper un grand coup dans la démesure.

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La W140 offrait dès son lancement une palette de possibilité vraiment large : 6 cylindres essence, V8, V12 et 6 cylindres diesel ; empattement court (W140) ou long (V140), et enfin coupé (C140) à partir de 1992. De quoi couvrir tous les segments du marché. Les versions à empattement court s’appellent SE (SD en diesel), et SEL avec l’empattement long. Les coupés prennent le nom de SEC.

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Côté moteur, la W140 connut plusieurs évolutions. En 6 cylindres essence, elle commença sa carrière avec un 3,2 litres 24 soupapes de 231 ch qu’elle gardera jusqu’à la fin de sa carrière en 1998 (mais avec plus de couple à partir de 1993) sous le nom de 300 SE puis S320 (nouvelle nomenclature en 1993). A partir de 1993, la W140 reçut un nouveau 6 cylindres essence « d’entrée de gamme » de 2,8 litres et 193 ch sous le nom de 300 SE 2.8 puis très rapidement S280. Côté V8, la 400 SE reçoit un 4,2 litres de 281 ch, puis 293 ch en devenant S420 en 1993, tandis que la 500 SE propose un 5 litres de 320 ch puis 326 ch en 1993 (S500). La 600 SE quand à elle reçoit un V12 de 6 litres et 394 ch (408 ch pour la S600 à partir de 1993). Enfin, les versions turbo-diesels recevront un 6 en ligne de 3,4 litres et 150 ch, puis un 3 litres de 177 ch, ce qui n’était pas du luxe pour propulser cette grosse berline de presque 2 tonnes ! Voilà pour les moteurs, ouf !

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Ah non pas tout à fait : signalons aussi quelques versions AMG ! Il y eut tout d’abord la possibilité « d’upgrader » sa V12 à 445 ch. Puis une version S70 avec une évolution moteur à 7 litres et 500 ch fut proposée, et vendue à 112 exemplaires. Enfin, le frère du Sultan Jeffry (lire aussi : Ferrari 456 GT Venice) se fit construire 10 exemplaires d’une version S73 T AMG, soit une W140 transformée en break et dotée du 7,3 litres et 565 ch de la Pagani Zonda C12-S 7.3. Au total, 18 exemplaires seront construits bien après la fin de la production de la W140 (aux environs de 2002) et sont reconnaissables à leurs faces avant de coupé CL.

La S70 AMG, rare et chère encore aujourd'hui !
La S70 AMG, rare et chère encore aujourd’hui !

Puisqu’on en est à parler des multiples versions de la Classe S W140, notons aussi qu’une version Pullman de la 600 (sur une base déjà allongée V140) proposait les charmes de la limousine à l’américaine… Enfin, à l’américaine ? Dans l’esprit oui, dans la réalité, plutôt à la belge puisque c’est Carat Duchatelet, le fournisseur européen en limousines et véhicules blindés (lire aussi : Lexus LS 600H L) qui développa ce dérivé de grande taille pour la firme Mercedes-Benz. Anecdote rigolote : il fallait changer les pneus tous les 10 000 km à cause du poids de ces bêtes rallongées et pourvues d’un épais blindage !

La Pullman, étudiée par Carat Duchatelet
La Pullman, étudiée par Carat Duchatelet

Au chapitre des raretés, on trouve aussi un exemplaire unique développé pour la venue du pape Jean-Paul II en Allemagne en mars 1997. Basée sur une W140 S500 L, la « papamobile » étrangement de couleur noire se transformait en landaulet, ce fameux concept de la berline avec l’arrière découvrable ! Ce modèle a été conservé par Mercedes of course, impossible a priori de se l’offrir.

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Une chose est sûre avec la Classe S W140 : entre niveau d’équipement de premier ordre (climatisation sophistiquée, aide au parking puis radars de recul, sièges avant et arrières électriques, chauffant, ventilés et parfois massant, isolation phonique incroyable, direction à assistance variable etc, autant de petits trucs répandus aujourd’hui mais qui innovaient franchement en 1991), motorisations puissantes et effet statutaire assuré, ce « flagship » mettait la barre très haut et reprenait un certain avantage sur la Lexus LS400.

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Produite de 1991 à 1998 (AM 99) à 432 732 exemplaires (dont 22 022 coupés) malgré des tarifs indécents, elle peut être une très belle occasion de se faire plaisir aujourd’hui que les tarifs, en occasion, semblent dérisoires rapporté à ses motorisations ou à son luxe (les modèles V12, à la consommation gargantuesque, sont les moins chers aujourd’hui presque). Bien sûr, s’agissant de modèles de luxe, avec des gros moteurs et très sophistiqués, il faudra prévoir le budget entretien qui va avec, mais se prendre pour un grand de ce monde ou pour une tête couronnée, ça n’a pas de prix !

Images : Daimler AG

 

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15 commentaires

J2M

Le 02/12/2015 à 13:13

Autant la C111 et la première 190, oeuvres du même Bruno Sacco demeurent intemporelles et indiscutable, autant celle-ci dérange encore.

Curieusement, elle passe mieux aujourd’hui. Peut-être parce qu’elle « cassait les codes » des proportions et de l’esthétique très conservatrice des années 90. Et puis son confort, ses moteurs et sa fiabilité la rendent encore désirable.
Celle qui lui a succédé était infiniment plus fine et séduisante. Mais il lui manque ce côté « Panzer » assumé, revendiqué et recherché par la clientèle.
J’aurai du faire conducteur de chars…

Paul

Le 02/12/2015 à 13:20

Oui j’ai oublié de préciser qu’elle fut dessiné par Sacco, mais aussi par un frenchie, Mister Boulay 😉

Greg

Le 02/12/2015 à 14:28

Ah, yesss, encore un « éléphant blanc »!
Bruno Sacco était alors devenu le chef du design, et dirigeait une équipe de designers. Ses collaborateurs disaient de lui qu’il « faisait autorité, mais sans autoritarisme ».
Bref, le dessin de la W140 n’est pas exactement de son fait, il était plutôt le « chef d’orchestre », celui qui transmet les consignes reçues de la direction, qui dirige les travaux, et qui prend les décisions.
La W140, pour kolossale qu’elle soit, offrait quand même un comportement de haute volée, grâce à un travail très rigoureux sur les liaisons au sol: triangles superposés à l’avant, multi bras à l’arrière, géométrie anti plongée et anti cabrage.
Traditionnellement, les Mercedes Classe S introduisent des innovations qui font sourire avant de s’imposer 1 ou 2 générations plus tard chez les concurrents et parfois, à l’ensemble de la production automobile.
La W140 introduisait: double vitrage, assistance de fermeture des portes (on les referme mais ne les claque pas, un puissant servo-moteur les enclenche en fin de course), aide au stationnement (2 petites antennes sortent des ailes arrière au besoin; solution tombée en désuétude au profit des capteurs à ultra sons sortis plus tard).
Le coupé SEC quant à lui a eu la primeur de l’ESP, produit de la maison Bosch.
En revanche, l’apparition d’un plantureux moteur V12 était une action de rattrapage face à BMW : 1 partout, la balle au centre.
Le catalogue de la « nouvelle Classe S » met fortement l’accent sur des considérations environnementales :
sièges garnis en fibres naturelles (coco), marquage des pièces en plastique pour faciliter leur identification et leur tri, très fort taux de « recyclabilité » de toute la voiture (le constructeur ose parler ouvertement de sa mise à la casse en fin de carrière!) et usine eco-friendly avec peintures sans solvants, récupération de la chaleur et station de recyclage de l’eau.
A l’époque, ses excès en tout lui ont été vertement reprochés: style, poids, équipement « too much », c’était la voiture qu’on aimait bien détester, sans doute parce que dans le fond, elle était très douée elle a été perçue comme un manifeste, non pas d’excellence de la part de Mercedes Benz, mais d’arrogance.
Jalousie mal placée, sans doute.
La W140 n’a fait ni la carrière ni les chiffres de vente de sa glorieuse ainée W126.
J’ai eu l’occasion de faire un petit tour en taxi 320 SE, pas la Diesel mais le 24 soupapes de 231 chevaux!
Un vrai tapis volant, à envisager aujourd’hui…

Paul

Le 02/12/2015 à 14:31

Oui merci pour ces précisions finalement très importantes: la W140 fut un vrai laboratoire de solutions aujourd’hui devenues basiques même sur de la moyenne gamme… Mais à l’époque ? Whouah… Pour les chiffres de ventes, si la W126 se vendit à plus de 800 000 ex, elle fut produite plus longtemps, tandis que la W140 devait faire face à une nouvelle concurrence: BMW Série 7 de haute volée, et Lexus LS 400 qui lui tailla des croupières sur son marché naturel, les Etats Unis 😉

Greg

Le 02/12/2015 à 14:40

Un jour sur l’autoroute, j’avais repéré de loin une Lexus LS dont on se rapprochait petit à petit.
J’ai demandé l’air de rien à ma femme: « devine ce que c’est, cette Mercedes? »
De loin, l’imitation était frappante.
Et de près… aussi, la clientèle américaine ne s’y est pas trompée!
Toyota/Lexus leur vend de la « value for money », comme Infinity, Acura, Hyunday (Equus) et Kia (K900)!
Il n’y a que les Européens pour s’attacher encore au « prestige » de leurs marques traditionnelles.

Paul

Le 02/12/2015 à 14:52

Ca je suis bien d’accord avec toi: comme quoi « l’image de marque » dont on parle en Europe et qui construit le premium n’est pas si importante que cela sur des marchés plus « pragmatiques » !

rubinho

Le 02/12/2015 à 15:36

Je me souviens tres bien du lancement de cette auto ; a l’époque c’etait mon 1er salon « étranger » (j avais 13ans ou 14ans, périple en train depuis Paris avec pit-stop a Lyon pour y retrouver mes cousins : l’aventure)
Et cette voiture m’avait marqué : la taille, le poids et les équipements, du cuir, du bois… comme vous disiez, double vitrage…. et les sièges électriques a l’arrière. Je n’avais jamais vu ça, forcement ca changeait de la 405 SR de la famille. Alors oui c’etait pas particulièrement beau, mais c’etait le Top de l’époque et ca m’avait impressionné.

Et concernant Lexus, oui les américains sont surement plus pragmatique vs les marques premium que la vieille Europe. Après, il ne faut pas oublier que Toyota, Honda…. au moment du lancement leurs marques de luxe partaient deja avec de bonnes (voir très bonnes) image de marque : fiabilité, équipements voir performance, ce qui est un avantage non négligeable. Mais ce qu’ils ont fait est de ttes facons remarquables

yigalev94

Le 06/01/2016 à 03:45

J’ai eu la SEL et la SEC ..que des bons souvenirs…et quel v12 !!!! Seule ombre au tableau. La conso en ville etait d un bon tiers superieure a ma w220 actuelle (que je nai connu que sans le gadget coupant a basse vitesse la moitié des douzes cylindres…dispositif desactivee pour cause de defaillance bien avant que je ne l achete)

Carvani

Le 17/01/2016 à 17:07

Une des dernières voitures dans laquelle Lady Di est monté….

Paul

Le 17/01/2016 à 17:20

Je crois même qu’on peut dire sans se tromper qu’il s’agit de la dernière tout court !

Carvani

Le 18/01/2016 à 13:04

Humm… tu sembles oublier l’ambulance Paul, même si ça reste dans le domaine de l’utilitaire……!

Sébastien CALERO

Le 30/05/2016 à 05:00

Bonjour Paul très bon article comme d’habitude !

Quelques petites prévisions et rectifications concernant les moteurs :

L’évolution majeure se produit en 1996 avec une nouvelle injection et surtout la toute nouvelle boîte automatique à 5 rapports (électronique et auto adaptative 722.6) pour les V8 et V12, de 1991 à 1995 aucune évolution mécanique ni de puissance !

Seuls les 6 cylindres évoluent, les injections 1991/1992, puis 1993 à 1995 et 96 à 98 sont différentes.

Concernant le coupé, j’en ai possédé deux, aujourd’hui je les entretiens !

Nous distinguons 3 dénominations ! SEC (93/94), S Coupé (95) et CL (96-98).

La W140 a été précurseur sur bien des points, avec l’introduction de l’ESP en 96, les airbag latéraux de série en 96 etc.

Mais pas de sièges ventilés ni massants.

Les radars de recul n’arrivent que tard en 96, et pour cause BMW avait exclusivité sur cette technologie bien avant avec sa série 7 E32 qui avait également déjà le double vitrage.

La W140 est un morceau de radinerie sans fin. L’ordinateur de bord est une option rarissime, alors que très rependu chez BMW et de série sur une Jaguar XJ…

A noter les diesel phase 1 S350 diesel à fuir comme la peste avec un moteur poussif et très peu fiable.

Le nouveau S300 Turbo diesel corrige le tir de façon admirable avec une fiabilité légendaire !

Yann

Le 20/02/2018 à 22:58

Petite précision , la 600 a démarré sa carrière avec 408cv puis 394cv et non l’inverse …

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