Rinspeed EB110 Cyan: une drôle de Bugatti
par Paul Clément-Collin le 12 novembre 2025
Je me souviens qu’en 1993, lors d’un été en Italie, j’avais acheté là-bas un modèle au 1/24 que j’ai toujours aujourd’hui, c’est dire si ce modèle m’avait tapé dans l’oeil. Curieusement, son design controversé me plaisait, son bleu france me faisait oublier qu’elle était fabriquée à Campogliano, près de Modène, et savoir que Michael Schumacher en possédait une achevait de me convaincre que nous avions à faire à une authentique supercar, peut-être la meilleure à l’époque.

En 1994, et bien que passionnément amoureux d’une jolie fille, je suis au summum de ma passion pour l’auto. Il faut dire que cette année-là, le monde de l’auto foisonne de projets les plus fous. Je me souviens donc parfaitement du Salon de Genève de cette époque-là. En vacances chez mon amoureuse de l’époque, je me souviens avoir joué au grand, à la terrasse d’un café de Dinard, feuilletant toute la presse auto autour d’une (ou deux) bière, tandis que ma belle montait à cheval. C’est ainsi que je découvris une étrange EB110, dont je ne sais toujours pas aujourd’hui si je l’aime ou pas : la Rinspeed EB110 Cyan Projet.

Cette EB110GT, livrée en décembre 1993 par l’usine à l’atelier suisse Rinspeed, fondé par M. Rinderknecht, sera re-looké pour le salon de Genève en mars de l’année suivante. Plusieurs modifications furent effectuées pour lui donner un air plus moderne, ou plus agressif, ou plus tuning (rayez les mentions inutiles, ou ajoutez les votres). A l’avant, adieu les gros blocs optiques, et place à des triples phares ronds à leds (déjà!) de chaque côté. Le capot avant est donc spécifique, et la face avant en est transformée. A l’arrière, les feux sont cachés derrière une grille couleur carrosserie. Enfin, un aileron (sans doute le point le plus contestable de la transformation) rajoute de la sportivité (ou tombe dans le ridicule, au choix).


Mais les modifications ne s’arrêtent pas là. En lieu et place du V12 de la GT, c’est celui de la supersport (SS) crachant ses 603 chevaux qui s’invite, sans pour autant que le châssis de la GT soit modifié (drôle de choix : sans doute était-ce pour disposer de la base de carrosserie plus esthétique de la GT). Pour améliorer les liaisons au sol, Rinspeed fait appel à Pirelli qui offre des P Zero spécifiques s’adaptant aux jantes BBS spécialement créées pour elle.

A l’intérieur, c’est grand luxe : l’aluminium côtoie le cuir (bleu lui aussi), tandis qu’un système audio Nackamichi vous permet d’écouter Technotronic à fond (« Pump up the jam », nous sommes en 1994 rappelez-vous). Enfin, laissez tomber votre Be Bop, puisque la Rinspeed EB110 Cyan vous offre un ensemble écran/téléphone Nokia 2110, le must à l’époque. Entre la couleur de la carrosserie et celle du cuir, vous comprenez mieux maintenant pourquoi le projet s’appelle Cyan (à moins que vous ayez séché tout vos cours de dessin à l’école).

Après cette apparition genevoise et moult articles de presse, que devient-donc cette EB110 Cyan ? Voilà une bonne question à laquelle je vais répondre. Elle sera vendue pendant l’été 1994 à l’un des deux patrons du fabricant de jantes BBS. Mais n’espérez pas retrouver et racheter cette EB110 telle qu’elle fut présentée à Genève par Rinspeed. Elle sera en effet remise en configuration d’origine (du moins pour ce qui est de la carrosserie), redevenant une EB110 anonyme parmi les 139 construites. Mais si l’envie vous prend de la retrouver, et de lui rendre son aspect « historique » (Rinspeed existe toujours), sachez qu’elle porte le numéro de série 39051 !
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Paul Clément-Collin
