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Porsche 356/2 “Gmünd” : la mère de toutes les Porsche ?

PAUL CLÉMENT-COLLIN - 17 juin 2019

Avec 256 255 exemplaires vendus en 2018, Porsche est devenu un constructeur de poids et si le gros de la production se compose du Macan, du Cayenne et de la Panamera, la mythique 911 représente tout de même 35 573 unités. Difficile d’imaginer qu’au tout début de Porsche, les premières 356 sortaient d’un atelier en bois, une ancienne scierie de la vallée de Malta, en Carinthie, c’est-à-dire en Autriche. C’est pourtant dans la petite bourgade de Gmünd in Kärnten que l’aventure commence et que seront produits 52 exemplaires de la Porsche 356 “Gmünd”, la plus recherchée de toutes les 356.


Les ateliers de Gmünd, une ancienne scierie, bien loin des usines d’aujourd’hui.

Jusqu’en 1944, les bureaux d’études de Porsche sont situés à Zuffenhausen, un quartier de Stuttgart, mais l’avancée des armées alliées conduisent la famille Porsche à se réfugier en Autriche, à Gmünd in Kärnten tandis que les locaux de Stuttgart sont réquisitionnés pour réparer les matériels militaires. Ferdinand Porsche n’en oublie pas son projet d’une petite sportive sur la base de la Volkswagen qu’il a conçue avant guerre. Pourtant, le projet va subir un coup d’arrêt : le 15 décembre 1945, il est convoqué avec son gendre, Anton Piëch, en France pour soi-disant auditer Renault et la future 4CV. C’est en réalité un prétexte pour les faire venir et les arrêter pour “crime de guerre”.

La 356 Roadster n°1, disposant alors d’un flat four en position centrale et d’un châssis tubulaire.

Sauver Porsche, rebâtir à Gmünd

Il est vrai que Porsche et Piëch s’étaient vus confier la responsabilité de la gestion des usines Peugeot par l’occupant allemand… Et devant la résistance discrète mais efficace de cadres et d’ouvriers français, le duo dut en référer à leur hiérarchie, provoquant la déportation de 8 cadres. Une tâche indélébile, du moins pour les autorités françaises qui gardèrent les deux hommes captifs jusqu’en 1947.

La 356/2 dite « Gmünd » dans la vallée de Malta, en Autriche.

Du côté de Gmünd, Ferry Porsche et sa soeur Louise Piëch tentent d’abord de survivre. Ferry a un meilleur ami, Piero Dusio, ancien footballeur, président de la Juventus de Turin (jusqu’en 1947) et fondateur d’une marque automobile appelée Cisitalia. Grâce à la commande d’une étude d’une voiture de course à quatre roues motrices, la petite officine Porsche se maintient à flot et Ferry peut poursuivre les travaux de son père concernant le projet 356. C’est aussi grâce à Dusio que les Porsche/Piëch pourront payer la caution de Ferdinand, lui permettant de rejoindre le petit fief familiale d’Autriche. Entre temps, le frère et la soeur avaient créée la société Porsche Konstruktionen GesmbH afin d’exploiter les brevets de leur père sans risque de confiscation de la part des alliés.

Le projet 356 pour point de départ

Lorsque Ferdinand Porsche revient à Gmünd, le projet 356 a déjà bien avancé. Le 17 juillet 1947, les petits ateliers en bois sortent un premier prototype. La 356 roadster n°1 ne possède que deux places, son 4 cylindres à plat est alors en position centrale, tandis que son châssis reste tubulaire. Bien que la future 356 risque encore d’évoluer, ce premier proto permet d’engranger les premières commandes, payées à l’avance. Déjà, un petit succès se dessine. En 1948, la 356 est homologuée avec déjà quelques différences : une coque autoporteuse, une cylindrée moindre (1 086 cc) et un moteur en porte à faux arrière, comme la Volkswagen dont elle dérive désormais.

La très rare 356 « Gmünd » cabriolet, produite à 8 exemplaires seulement.

Le 7 septembre 1948, Ferry Porsche négocie avec Heinz Heinrich Nordhoff, alors patron de Volkswagen, un pourcentage sur les ventes de la Käfer, les droits de produire sur sa base (châssis et moteur) la 356, ainsi qu’un accord de distribution : Porsche devient le distributeur exclusif de Volkswagen pour l’Autriche. Une petite rente qui va permettre de développer la partie “production automobile” mais aussi “bureau d’étude”.

De la 356 Roadster n°1 à la 356/2 « Gmünd »

Pour l’heure, la problématique reste de produire la 356/2, petit nom de cette Porsche que l’on appelle “Gmünd” aujourd’hui. Dans l’ancienne scierie, on fait tout à la main : un gabarit en bois permet de sculpter la carrosserie en aluminium et les ouvriers montent les voitures une par une. Les clients sont de riches allemands ou autrichiens qui, privés de voitures sportives par les restrictions en matière d’importation ou par manque de nouveaux modèles, se contentent de cette “cox” améliorée par le génial Ferdinand et son non moins génial fils Ferry. La réputation grandit, tout comme la production.

De 1948 à 1951, la petite entreprise va produire 52 exemplaires de la Porsche 356 dite “Gmünd”, 44 coupés et 8 cabriolets. Cela paraît peu, mais le succès et le bouche-à-oreille sont là : ne manque que l’outil de production. Avant de récupérer les installations de Zuffenhausen, Porsche va d’abord louer les locaux du carrossier Reuter à Stuttgart puis de récupérer ses propres installations. La 356 pouvait commencer sa carrière internationale, surtout après sa victoire au Mans en 1951 dans la catégorie des moins de 1 100 cc et une très honnête 20ème place au général.

Avec seulement 39 chevaux, la 356 “Gmünd” n’est pas un foudre de guerre, mais elle ne pèse que 600 kg grâce à sa carrosserie en aluminium : elle représente véritablement la genèse de la 356 qui par la suite deviendra Pré-A, puis A et ainsi de suite jusqu’à son succès aux Etats-Unis grâce à Max Hoffmann (qui sera à l’origine de la Speedster). Evidemment, ce côté “historique” se paie au prix fort, et les tarifs s’envolent : le prix d’une Porsche artisanale, rare et datant d’une époque où la marque restait encore humble.

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