
Citroën GSA : la Citroën qu’il vous faut !
Lorsqu’il s’agit d’évoquer l’histoire des Citroën à suspension hydropneumatique (les Hydroën, pour reprendre la formule à la fois juste et poétique de notre cher et regretté Thierry Astier), la GSA arrive rarement en tête de liste dans les fantasmes des collectionneurs. Souvent vilipendée en raison d’un design abâtardi et veuf des subtilités de la GS originelle, modèle de transition destiné à faire patienter la clientèle et les concessionnaires en attendant la BX, la petite familiale chevronnée a, de surcroît, longtemps traîné une image tout à fait injuste de « voiture de vieux » qui lui colle encore aux pare-chocs dans certains milieux. Au lendemain de son quarantième anniversaire, il est grand temps de réhabiliter une auto dont la fiche technique et les qualités routières méritent mieux que le purgatoire dans lequel beaucoup continuent de la reléguer.
<p>Dans <i>Une époque formidable</i>, excellent film de et avec Gérard Jugnot, ce dernier incarne un cadre supérieur victime d’un licenciement qui va provoquer sa dégringolade de l’échelle sociale, jusqu’à le transformer en clochard. Symbole de sa déchéance : un soir, ayant dû revendre son break Volvo, le voici qui est contraint de rentrer chez lui en <strong>GSA</strong>. Cette scène, tournée au début des années 1990, en dit long sur l’image qui était celle de la voiture à l’époque : une haridelle ringarde, tout juste bonne à véhiculer des nécessiteux ou à servir de reprise subventionnée pour l’achat — soyons cruels — d’une Opel Astra ou d’une <a href="https://www.carjager.com/blog/article/ford-escort-rs-turbo-gros-coeur-et-chassis-chewing-gum.html">Ford Escort</a> neuve, avec sièges en velours, direction assistée et barres de renfort dans les portières, c’est-à-dire ce dont l’automobiliste moyen pouvait alors rêver de mieux. Il faut dire qu’à ce moment-là, l’obsession de la fameuse <i>qualité perçue</i> avait déjà pris le pas sur toute autre considération. Les nombreuses excentricités de la Citroën, ses particularismes conceptuels et la désinvolture de sa finition dessinaient le portrait d’une auto trop singulière pour être attirante, et dont il était bien vu de se moquer. Et pourtant…</p>
<img decoding="async" loading="lazy" src="https://public.carjager.com/content/2020/04/03145424/Citroe%CC%88n-GSA-05.jpg" alt="Citroën GSA blanche de trois quart avant" width="1024" height="768">
<img decoding="async" loading="lazy" src="https://public.carjager.com/content/2020/04/03145445/Citroe%CC%88n-GSA-06.jpg" alt="Citroën GSA blanche de profil" width="1024" height="768">
<img decoding="async" loading="lazy" src="https://public.carjager.com/content/2020/04/03145507/Citroe%CC%88n-GSA-Break-03.jpg" alt="Citroën GSA break bleue de trois quarts avant" width="1024" height="768">
<img decoding="async" loading="lazy" src="https://public.carjager.com/content/2020/04/03145535/Citroe%CC%88n-GSA-Break-01.jpg" alt="Citroën GSA break bleue de trois quarts arrière" width="1024" height="768">
La GSA eut droit elle-aussi à une version break
<h2><strong>A, comme améliorée</strong></h2>
<p>En 1979, le segment des <strong>familiales</strong> s’avérait déjà fort concurrentiel et les nouveautés y étaient fréquentes, en France comme ailleurs. En particulier, le succès très significatif des <a href="https://www.carjager.com/blog/article/peugeot-305-la-discretion-meme.html">Peugeot 305</a> et <a href="https://www.carjager.com/blog/article/renault-18-bienvenue-dans-les-annees-80.html">Renault 18</a> avait contribué à renouveler et à moderniser l’offre. Bien sûr, ces deux berlines ne constituaient, en réalité, que de profondes actualisations de plateformes déjà anciennes, voire carrément périmées dans le cas de la Renault, dont l’essieu arrière rigide et les suspensions aux déhanchements cartoonesques réjouissaient davantage les amateurs de folklore que les amoureux du pilotage. Il n’empêche qu’en comparaison, la carrosserie de la <a href="https://www.carjager.com/blog/article/citroen-gs-la-berline-quil-manquait-a-citroen.html">GS</a>, lancée près d’une décennie plus tôt, avait pris un sérieux coup de vieux, sans doute moins en raison de ses caractéristiques réelles que de l’usure du temps.</p>
<img decoding="async" loading="lazy" src="https://public.carjager.com/content/2020/04/03145602/Citroe%CC%88n-GSA-01.jpg" alt="Citroën GSA de face dans l'usine de production" width="1024" height="768">
<img decoding="async" loading="lazy" src="https://public.carjager.com/content/2020/04/03145617/Citroe%CC%88n-GSA-02.jpg" alt="Intérieur de la Citroën GSA" width="1024" height="768">
<p>Gros succès commercial, la <strong>Citroën</strong> avait probablement été « trop vue » et, en dépit du restylage intervenu en 1977, son design apparaissait désormais daté, rattaché à une philosophie esthétique remontant à la fin des années 1960. Pourtant, cinquante ans après, sous l’œil des amateurs d’aujourd’hui, débarrassé des vaines préoccupations liées à la mode, la <strong>justesse de son dessin</strong> éclate au grand jour. La remarquable finesse des montants de carrosserie et la grande luminosité qu’ils autorisent, l’efficacité aérodynamique de l’ensemble et les nombreux détails et <strong>innovations typiques de la marque</strong> (roues arrière semi carénées, pare-chocs arrière solidaires de la malle, volant monobranche, etc.) ont dorénavant retrouvé l’admiration qui leur revient.</p>
<img decoding="async" loading="lazy" src="https://public.carjager.com/content/2020/04/03145706/Citroe%CC%88n-GSA-Club-04.jpg" alt="Citroën GSA marron vue de haut" width="1024" height="672">
<img decoding="async" loading="lazy" src="https://public.carjager.com/content/2020/04/03145727/Citroe%CC%88n-GSA-Club-02.jpg" alt="Citroën GSA marron vue de derrière" width="1024" height="676">
<p>Néanmoins, et en dépit d’un <strong>contenu technique extrêmement flatteur</strong> pour l’époque, s’agissant d’une voiture d’à peine plus de quatre mètres de long — <strong>suspension hydropneumatique</strong>, quatre freins à disque (<i>in board </i>à l’avant), train avant avec pivot dans l’axe — l’auto n’était certes pas exempte de défauts et l’opération <strong>GSA</strong>, bien que réalisée avec un budget notoirement limité, avait pour but d’en corriger le plus flagrant, nous voulons parler de l’absence de <strong>hayon</strong>, de moins en moins acceptable sur une carrosserie bicorps à l’orée des années 80. S’y ajoutèrent des aménagements sans doute plus discutables ; ainsi, la planche de bord au dessin aérien fit-elle place à un mobilier nettement plus torturé, comme si les stylistes avaient souhaité tourner résolument le dos à l’insouciance des Trente Glorieuses, c’est-à-dire à l’élégance et à la pureté évocatrices de temps révolus, au profit d’un futurisme à la fois pessimiste et naïf, abritant, toutefois, de solides préoccupations ergonomiques.</p>
<img decoding="async" loading="lazy" src="https://public.carjager.com/content/2020/04/03145754/Citroe%CC%88n-GSA-Pallas-01.jpg" alt="Citroën GSA de profil" width="1024" height="669">
<img decoding="async" loading="lazy" src="https://public.carjager.com/content/2020/04/03145834/Citroe%CC%88n-GSA-Pallas-03.jpg" alt="Citroën GSA rouge de trois quarts arrière" width="1024" height="668">
<p>Ainsi, le tableau de bord retrouvait-il les <strong>compteurs « pèse-personne »</strong>, pourtant abandonnés depuis deux ans ; allant désormais par paire, comme sur <a href="https://www.carjager.com/blog/article/citroen-cx-la-derniere-vraie-citroen.html">la CX</a>, ils se trouvaient enchâssés au sein d’un ensemble dominé par une silhouette de la voiture, celle-ci étant cernée par divers témoins d’alerte. Ce dispositif était censé attirer plus efficacement l’attention du conducteur en cas de problème mécanique mais, à la vérité, il a probablement réjoui avant tout les passionnés de <i>Star Trek</i>plutôt que les fanatiques de l’ingénierie aéronautique. En outre, les <strong>commodos traditionnels</strong> avaient disparu. À leur place trônaient deux satellites très représentatifs de ce dont le bureau d’études Citroën était encore capable à ce moment-là — soient des équipements tout d’abord déroutants, puis indispensables à l’utilisateur, leur rationalité et leur praticité ne se révélant qu’à l’usage… Pour le reste, les habitués de la GS retrouvèrent les marottes auxquelles ils étaient accoutumés, de la poignée centrale commandant le frein à main à l’emplacement absurde de l’autoradio, sans oublier la manette permettant d’ajuster la <strong>hauteur de la suspension</strong>.</p>
<img decoding="async" loading="lazy" src="https://public.carjager.com/content/2020/04/03145903/Citroe%CC%88n-GSA-Pallas-08.jpg" alt="Citroën GSA de profil dans une pente" width="1024" height="768">
<h2><strong>A, comme atypique</strong></h2>
<p>Car, bien entendu, la <strong>GSA</strong> conservait toutes les spécificités qui avaient caractérisé sa devancière et qui lui permettaient d’offrir à ses disciples une <strong>expérience de conduite</strong> strictement introuvable ailleurs. Le ronflement caractéristique du <strong>quatre cylindres à plat à refroidissement par air</strong>, l’impavidité dont l’auto faisait preuve vis-à-vis des intempéries, les vitesses qu’il était possible d’atteindre en virage — et en toute sérénité — ainsi que l’atmosphère générale du bord donnaient au conducteur comme à ses passagers l’impression délicieuse de ne pas voyager dans le même univers que leurs malheureux semblables, contraints de se coltiner d’épuisants et dangereux déplacements au volant de machines forcément moins sûres et moins confortables.</p>
<img decoding="async" loading="lazy" src="https://public.carjager.com/content/2020/04/03145927/Citroe%CC%88n-GSA-Special-01.jpg" alt="Citroën GSA rouge de trois quarts avant" width="1024" height="768">
<img decoding="async" loading="lazy" src="https://public.carjager.com/content/2020/04/03145944/Citroe%CC%88n-GSA-X1-01.jpg" alt="Intérieur de la Citroën GSA" width="948" height="768">
<p>Moins sûres, moins confortables, peut-être, mais souvent mieux motorisées. Parce qu’il faut bien l’avouer, le <strong><i>flat four</i> Citroën</strong>, pour valeureux qu’il fût, souffrit jusqu’à sa disparition d’un <strong>déficit de puissance</strong> de plus en plus criant au fil des années. Brillant dans sa conception, mais plutôt souffreteux en comparaison des réalisations de la concurrence, l’appareil ne fut jamais en mesure de dépasser les <strong>65 chevaux</strong>, une valeur ridicule si on la compare, par exemple, à ce dont Alfa Romeo était capable en partant du bloc de la « <a href="https://www.carjager.com/blog/article/alfa-romeo-alfasud-la-revolution-passe-par-le-sud-de-litalie.html">Sud</a> » — une voiture à laquelle la GS a souvent été comparée, à juste titre. Cette lacune, d’autant plus regrettable compte tenu des <strong>qualités du châssis</strong>, a sans doute joué un rôle non négligeable dans l’édification d’une image faussée par un certain philistinisme, assimilant le modèle à un lugubre déplaçoir pour retraités ; ce qui en dit long sur l’ignorance d’une partie du public, n’ayant évidemment pas pris la peine d’en prendre le volant…</p>
<img decoding="async" loading="lazy" src="https://public.carjager.com/content/2020/04/03150008/Citroe%CC%88n-GSA-X1-10.jpg" alt="Citroën GSA dans un aérodrome devant un jet" width="1024" height="768">
<img decoding="async" loading="lazy" src="https://public.carjager.com/content/2020/04/03150024/Citroe%CC%88n-GSA-X1-11.jpg" alt="Citroën GSA dans un aérodrome devant un jet" width="1024" height="768">
<h2><strong>À, comme à redécouvrir</strong></h2>
<p>…alors qu’il suffit de parcourir les premières sinuosités d’une route de campagne au bitume rapiécé pour percevoir les innombrables sources de satisfaction dispensées par un exemplaire entretenu et chaussé comme il devrait l’être. À l’heure où <a href="https://www.carjager.com/blog/article/citroen-ds-une-sacree-id-devenue-mythologique.html">la DS</a>, <a href="https://www.carjager.com/blog/article/essai-video-citroen-sm.html">la SM</a> et, dans une moindre mesure, les premières GS voient leurs cotes respectives dépasser les possibilités d’un nombre croissant de collectionneurs, la <strong>GSA</strong> mériterait davantage d’attention. D’abord en raison de son <strong>intérêt technique</strong>, ensuite parce que c’est la <strong>dernière familiale Citroën</strong> de l’ère Michelin et enfin parce qu’elle ne réclame qu’une poignée de cerises pour entrer dans votre garage : <strong>trois à quatre mille euros</strong> peuvent largement suffire pour acquérir une voiture en bel état.</p>
<img decoding="async" loading="lazy" src="https://public.carjager.com/content/2020/04/03150041/Citroe%CC%88n-GSA-X1-02.jpg" alt="Citroën GSA bleue vers les plages de normandie" width="1024" height="683">
<p>À l’évidence, nombreux sont ceux qui persistent à considérer qu’elle est <i>moche</i> — formulation n’ayant pas plus de signification que son contraire, étant donné le niveau de subjectivité qu’elle recèle. De fait, il s’agit bien d’une <strong>Citroën</strong>, donc d’une machine incapable de susciter des sentiments tiédasses : aux hommages de ses thuriféraires répondent les vociférations moqueuses de ses détracteurs. Mais qu’importe, au fond ? À l’instar de ses aînées, la <strong>GSA est une voiture cérébrale</strong>, vivante, qui implique, de la part de son conducteur, une sincère indifférence vis-à-vis de l’opinion dominante et des courants moutonniers. À vous de savoir les dépasser : c’est le prix — modique — dont il faut s’acquitter pour pouvoir profiter d’une <strong>authentique voiture d’ingénieurs</strong>. À tout prendre, c’est toujours mieux qu’une brouette approximative élaborée sous le joug du dieu Marketing…</p>
<p>Texte : Nicolas Fourny</p>
