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Citroën M35 : moteur rotatif, clients cobayes et bide monumental

PAUL CLÉMENT-COLLIN - 21 déc. 2014

L ‘Ami6 avait un profil dérangeant, mais original. On ne peut pas dire qu’elle était belle, mais elle détonnait ! L’Ami8 gommait sa singularité, en devenant tout bonnement moche, ce qui était déjà plus convenable dans une France conservatrice. Mais le pire du pire fût atteint avec la Citroën M35, qui perdait en devenant coupé le fragile équilibre que le hayon tentait de donner à l’Ami8. En plus d’obtenir la palme de la Citroën la plus laide de l’histoire, elle réussit à en devenir le bide le plus retentissant.

En 1969, Citroën est encore leader sur le haut de gamme grâce à son éternelle DS (lire aussi: Citroën DS), et se targue d’être le champion de l’innovation : traction avant, coque autoporteuse, suspensions hydropneumatiques, lignes avant-gardistes, tout est là pour renforcer les ingénieurs du Quai de Javel qu’ils sont décidément l’avenir, en oubliant les trous béants dans la gamme. 3 modèles suffisent à Citroën pour exister : la 2CV, l’Ami et la DS.

Décidé à rester leader sur les technologies de pointe, Citroën s’engage avec la marque allemande NSU dans l’aventure du moteur rotatif utilisant la technologie Wankel (lire aussi: Citroën GS Birotor). Allez savoir pourquoi, c’est un dérivé de l’Ami qui servira de cobaye sous la forme d’un affreux coupé et d’une dénomination ésotérique, la M35. Partant du principe qu’un essayeur « maison » est un professionnel, bien trop habitué à la conduite et trop au fait de la technique pour véritablement éprouver une mécanique, Citroën décide d’utiliser ses propres clients pour « tester » grandeur nature la viabilité du projet.

Au programme : une voiture moche donc, avec un moteur rotatif de 995 cm3 développant la bagatelle de 49 chevaux, avec une consommation proche de celle d’une grosse berline. Le premier choc pétrolier n’est pas encore arrivé et l’argument ne pèse pas lourd. Afin de se prémunir de fuite, Citroën va communiquer sur cette opération, annonçant que 500 clients testeurs pourront acheter la M35. Jouant sur la rareté et sur le privilège de devenir « testeur Citroën », la marque aux Chevrons n’hésitera pas à faire payer (cher) ses clients (14 000 francs tout de même, soit plus cher qu’une DS à l’époque) pour essuyer les plâtres. L’opération réussira si bien que les 500 exemplaires ne seront jamais atteint.

Seuls 267 exemplaires sortiront des chaînes de chez Heuliez, qui les fabriquait pour le compte de Citroën entre 1969 et 1971. Chaque voiture était numérotée (inscription sur l’aile, d’ailleurs souvent bidon pour faire croire à 500 exemplaires), et sur la vitre arrière était inscrit : « ce prototype M35 à moteur à piston rotatif est en essai longue durée entre les mains d’un client Citroën ».

La M35 n’est pas un foudre de guerre. Sur terrain plat, pas trop de soucis, mais dès que ça monte, les pertes de puissance se font sentir. En revanche, la tenue de route est louée par la presse, ainsi que le confort : la M35 étrenne de sièges proche de ceux qui équiperont la SM (lire aussi: Citroën SM). Conscient des limites de son modèles, Citroën préférera se concentrer sur une version Birotor de la GS (qui ne connaîtra pas de suite non plus), pour finir par abandonner la technologie du moteur à piston rotatif.

Finalement, Citroën tentera de racheter les exemplaires confiés aux client pour les passer au pilon et oublier cette mésaventure. Seuls quelques exemplaires ont échappé au massacre, dont l’un des prototypes conservé par Heuliez et vendu en 2012 avec tous les autres bijoux de famille. Si vous êtes un fondu de la marque et que vous cherchez une perle rare, partez à sa trace !

Lire aussi: Citroën Ami 6

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