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Maserati Quattroporte III : pour en finir avec Citroën

PAUL CLÉMENT-COLLIN - 30 sept. 2017

Il y a des voitures comme ça, dont on arrive jamais vraiment à déterminer si on les aime ou pas, si on les trouve belles ou pas, si on en a envie ou pas. La Maserati Quattroporte III en fait partie. Sa longévité dans la gamme Maserati l’a aussi rendue un peu ringarde par rapport à la production contemporaine : en 1990, sa dernière année de commercialisation, elle paraissait vraiment son âge. Avec le temps, et la mode des voitures des années 70 et 80, sa ligne revient à la mode, malgré un côté cachalot échoué sur la route. L’oeil se réhabitue, à force de voir de drôles de trucs rouler. Le paquebot so 70’s déjà un peu démodé au début des années 80 prend alors tout son charme, et me voilà presque désireux d’en avoir une dans mon garage.

Cette grande berline (irai-je jusqu’à dire limousine?) porte en elle les traces de l’histoire : elle était pour Alejandro de Tomaso, nouveau propriétaire de la firme Maserati, un moyen de clôturer l’aventure Citroën qui s’était fourvoyée avec une Quattroporte II traction, V6 et suspensions hydrauliques (sur la base d’un châssis de SM, lire aussi : Quattroporte II) dont seuls 12 exemplaires et 1 prototype seront réellement fabriqués. En gros, la Quattroporte III, c’est un peu le chien qui pisse sur le mur pour marquer son territoire : pour marquer sa différence, retour direct à la propulsion (avec un châssis issu de la Kyalami, elle-même dérivée de la De Tomaso Longchamps, lire aussi : Maserati Kyalami), et gros V8 sous le capot.

Avec cette nouvelle Quattroporte, De Tomaso veut frapper un grand coup, et tirer rapidement un trait sur le passé : dès novembre 1976, des exemplaires de pré-série sont présentés à la presse, avant d’exposer la bête quelques jours plus tard au Salon de Turin. Il faut marquer les esprits, tandis que la Kyalami éclipse la Khamsin elle aussi très Citroën (lire aussi : Khamsin). Malgré cette démonstration de puissance (un peu factice il faut bien l’avouer), la Quattroporte III ne sortira pas tout de suite.

Il faudra attendre 1979 pour voir la nouvelle grande berline Maserati enfin en vente ! 3 années de développement, mais surtout par manque de capitaux. Malgré son style signé Giugiaro (qui avait impressionné De Tomaso avec ses concepts Médici I et II de 74 et 76), elle semble déjà hors du temps. Contrairement à une Jaguar XJ intemporelle (lire aussi : Jaguar XJ), la 4porte (tel est son badge arrière jusqu’en 1981) paraît trop ancrée dans son époque, les années 70 et 80. En cela, elle ressemble un peu à la Talbot Tagora (lire aussi : Talbot Tagora).

L’AM330 (tel est son nom de code) récupère sous le capot le fameux V8 4.9 largement éprouvé, avec 280 chevaux à la clé, mais aussi une version plu sage de 4.1 litres et 255 chevaux. Ce moteur dont on retrouve les origines à la fin des années 50 est bien connu des Maseratistes et d’une certaine manière, rassure. De quoi aller tâter les 220 km/h avec le 4.1, voire plus de 230 avec le 4.9 ! A cette époque, et vu le poids de la voiture (1780 kg), ce n’était pas rien, la Quattroporte se classant parmi les berlines les plus rapides de ces années-là. Côté boîte, on retrouve une BVM 5 vitesses d’origine ZF ou d’une BVA 3 vitesses (Borg Warner puis Chrysler).

On l’a vu, le style est particulier, très carré, annonçant d’une certaine manière les « petites » Biturbo qui deviendront le cœur de la gamme Maserati à partir de 1981 (lire aussi : Maserati Biturbo Berline). Sans être laide, la Quattroporte semble souffrir visuellement d’un déséquilibre difficile à définir. La faute parfois aux photos qui peinent à retranscrire la réalité du dessin de Giugiaro. Les Biturbo, coupés ou berlines sembleront plus tard bien plus équilibrées. Après, on aime ou pas, et aujourd’hui, les Quattroporte ont retrouvé une certaine estime, à l’heure où le vintage revient à la mode.

La Royale disposait d’un V8 poussé à 300 chevaux et d’un intérieur encore plus luxueux

A l’intérieur, c’est grand luxe à l’italienne : boiseries et cuirs, fauteuils de salon, sans tomber trop dans le kitsch ; une voiture invitant au voyage, séduisant les grands et gros de ce monde (Pavarotti en était friand). En 1986, Maserati propose même une version dite Royale, encore plus luxueuse (4 sièges électriques, mini-bar, tablettes dans les contre-portes) et dotée d’un 4.9 porté à 300 chevaux ! A l’origine série limitée à 120 exemplaires, la Royale n’atteindra jamais ce chiffre, le compteur bloqué à 53 unités.

Luciano Pavarotti au volant de sa Quattroporte III

La Quattroporte sera fabriquée jusqu’en 1990, à 2155 exemplaires. Cela peut paraître faible, mais hors Biturbo, cette grande berline était un best-seller pour la marque, loin devant la Ghibli I ou l’Indy. Pour une marque semi-artisanale comme Maserati, on peut parler de succès. La voiture eut son petit succès en Italie mais aussi aux Etats-Unis (un marché d’emblée visé par Alejandro de Tomaso).

Une Quattroporte III destinée au marché américain

Rouler en Quattroporte III aujourd’hui, c’est d’une certaine manière marquer sa différence : ça parle au connaisseur, interpelle le pékin, impressionne quoi qu’il arrive. Le V8 fait toujours son petit effet, et la cote reste raisonnable (attention aux coûts d’entretien, cela reste une Maserati des années 80, même si le moteur était éprouvé). Elle trouvera une descendante 4 ans après l’arrêt de sa fabrication, avec la superbe Quattroporte IV, qui pourrait être un choix encore plus intéressant, surtout dans sa période revisitée par Ferrari (lire aussi : Quattroporte IV).

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