Maserati Khamsin : la malédiction Citroën !
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Maserati Khamsin : la malédiction Citroën !

Par Paul Clément-Collin - 09/09/2022

Il y a une Maserati rare et peu connue, même par les spécialistes, qui commence aujourd’hui à revenir en grâce, à la faveur de la flambée spéculative sur les véhicules de collection : il s’agit de la Khamsin. Et oui, encore un vent chaud comme à l’accoutumée chez Maserati avant l’apparition de la Biturbo, celui-ci venant d’Egypte.

A la voir, avec son dessin plutôt réussi, et certaines originalités (comme l’arrière « vitré » des versions européennes), on peut se poser la question : pourquoi est-elle si méconnue ? Comme beaucoup de voitures mal-aimées, la Khamsin a subit une cascade de petites causes amenant à une seule conséquence : une faible diffusion.

Maserati Khamsin de trois quarts arrière Sketch Bertone par Gandini de la Khamsin, datant de 1972 Sketch Bertone par Gandini de la Khamsin, datant de 1972

Petit flashback… En 1968, Citroën rachète le constructeur au trident à la famille Orsi. Ce rachat est un peu le fruit du hasard : Pierre Bercot le patron des chevrons, veut lancer la version sportive de la DS, mais considère qu’il n’a pas les moyens de concevoir un V6 « typé » sport. Après avoir consulté Volvo ou BMW, c’est vers Maserati (et son ingénieur Giulio Alfieri) que se tourne Citroën. C’est un vrai bol d’air que ce contrat d’engineering pour Maserati qui perd beaucoup d’argent (malgré le succès de la Ghibli lancée en 1966).

Maserati Khamsin vue de trois quarts avant

La famille Orsi voit d’un si bon œil l’arrivée de Citroën qu’elle propose à son partenaire français de racheter la marque. A l’époque, la marque française est en bonne santé, avec un puissant actionnaire (Michelin), et le rachat de Maserati lui permet de poursuivre le développement de son modèle SM (lire aussi : Citroën SM) tout en faisant l’acquisition d’une marque de prestige. Ironie de l’histoire, Citroën emporte le morceau face à De Tomaso, qui prendra sa revanche 7 ans plus tard !

Maserati Khamsin de dos

L’ingénieur Alfieri voit d’un bon œil l’arrivée de Citroën, amenant un peu de modernisme (notamment pour ce qui concerne les suspensions, évidemment). L’apport de Citroën se vera sur les Bora et Merak, sportives à moteur central arrière. Mais je m’égare, revenons donc à la Khamsin. Justement, la Khamsin sera la plus « Citroën » des Maserati. Conçue entièrement sous l’ère française, elle sera dotée du fameux système hydraulique : suspension, freinage, mais aussi Diravi (rappelez-vous, la direction revenant toute seule en position « tout droit »).

Maserati Khamsin grise de trois quarts avant

La Khamsin, c’est aussi la volonté de proposer une GT 2+2 capable de rivaliser avec Ferrari notamment. Pour cela, Maserati retournera au moteur à l’avant, un V8 de 4,9 litres et 320 chevaux. Elle est présentée en 1972 sur le stand Bertone au Salon de Turin : le dessin (superbe) est du à Marcello Gandini qui révèle ici son talent. Ce n’est qu’en octobre 1973 qu’elle sera officiellement présentée par Maserati et Citroën.

Maserati Khamsin bleue roulant sur route

1973 justement, ca ne vous dit rien ? Sale année pour présenter une GT de forte cylindrée (même si à mon sens, ce n’est pas forcément une excuse). Mais en ce début des années 70, la donne a changé pour Citroën. La SM ne rencontre pas le succès escompté, et surtout, la firme de Javel a dépensé beaucoup (trop?) d’argent en recherches vaines sur le moteur rotatif (pas du tout adapté à une situation de crise énergétique). Les caisses sont vides, et Michelin n’est plus disposé à combler les déficits. En 1974, la firme est vendue à Peugeot, qui n’hésite pas à couper les branches mortes : Maserati est mis en faillite en 1975, racheté par une société de l’état italien (le GEPI) qui revendra aussitôt à Alejandro de Tomaso.

Maserati Khamsin rouge de dos

La période n’est donc vraiment idéale pour la Khamsin. Sa première année de production, 1974, est perturbée par le rachat de Citroën et l’abandon de la filiale. Aux Etats-Unis (marché qui devait être prometteur), elle doit se plier aux nouvelles règles de sécurité, et perd son arrière vitré si original. De Tomaso, le nouveau repreneur, maintient la Khamsin mais comme un cache misère, le temps de mettre au point son grand projet : la Biturbo (lire aussi : Maserati Biturbo). La pauvre Khamsin se vendra péniblement jusqu’en 1982, mais Dieu que les dernières années sont dures : seuls 26 exemplaires se vendront entre 1980 et 1982. Au total, 435 exemplaires seront produits, dont 155 pour le marché américain.

Maserati Khamsin verte roulant sur la route

Avec le retour en grâce de l’automobile de collection comme objet spéculatif, la Khamsin retrouve des couleurs aujourd’hui, à tel point que la dernière vente d’Artcurial a vu partir un bel exemplaire à plus de 162 000 euros. Avis aux amateurs !

Lire aussi cette mine d’informations: https://www.maseratikhamsinregistry.com/

Paul Clément-Collin

Paul Clément-Collin

Paul Clément-Collin est une figure reconnue du journalisme automobile français. Fondateur du site culte Boîtier Rouge, sacré meilleur blog auto aux Golden Blog Awards 2014 et cité parmi les médias auto les plus influents par Teads/eBuzzing et l’étude Scanblog Advent, il a ensuite été rédacteur en chef de CarJager et collaborateur de Top Gear Magazine France. Journaliste indépendant, spécialiste des voitures oubliées, rares, iconiques ou mal-aimées, il cultive une écriture passionnée et documentée, mêlant culture auto, design, histoire et anecdotes authentiques, et intervient également sur des événements majeurs comme le Mondial de l’Auto.

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