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Peugeot RCZ-R : baroud d’honneur

PAUL CLÉMENT-COLLIN - 9 déc. 2020

Il est de bon ton de toujours dénigrer les initiatives françaises dans le domaine de l’automobile sportive. Même la récente et très réussie Alpine A110 n’échappe pas à ce mal très français de “l’auto-bashing”. Et si le RCZ, petit coupé dynamique signé Peugeot, manquait de watts à ses débuts, et venait un peu tard après l’Audi TT clairement visée par le constructeur franc-comtois, il ne manquait pourtant pas d’arguments, d’autant plus qu’en 2014, une motorisation enfin punchy venait lui donner la puissance qui lui manquait jusqu’alors. Retour sur cet ovni de la gamme sochalienne, le Peugeot RCZ-R.

Le concept RCZ-R de 2012 annonce la version vitaminée du coupé sochalien !

Jusqu’en 2010, Peugeot s’était toujours contenté de coupés bourgeois qui, bien que parfois véloces et souvent élancés, n’avaient jamais eu de prétentions sportives. Des coupés 404 au désirable 504 qui suivit, en passant par le très esthétique coupé 406 et son moins convaincant successeur 407, tous surent rester dans la zone qui leur convenait le mieux : un grand tourisme abordable. Le sport était réservé, chez Peugeot, aux petites citadines, de la 104 ZS à la 205 GTi, ou plus tard les 206 S16 ou RC, puis 207. Certes, parfois, une berline de la catégorie supérieure s’offrait une mécanique vitaminée (405 Mi16, voire T16 un peu plus tard) mais cela restait du domaine de l’anecdote et jamais, au grand jamais, on n’avait vu naître un coupé sportif.

Un ovni nommé RCZ

Oui mais voilà, en cette fin de décennie des années 2000, chez PSA on est un peu “foufou”. Christian Streiff est aux commandes depuis 2007 et, si tout n’est pas parfait, le business tourne suffisamment bien pour imaginer se diversifier. Et puis, l’accident vasculaire dont il est victime en 2008 offre sans le vouloir une grande liberté aux équipes qui imagineront alors des développements impensables auparavant. Chez Citroën, cela donnera la DS3 quand, chez Peugeot, on se laissera aller à cet étonnant RCZ basé sur une plate-forme de 308 première génération.

Bien que reprenant la face avant de la 308, le RCZ affirmait d’emblée son caractère avec notamment ce double bossage sur le toit, gimmick très zagatesque permettant au nouveau coupé d’afficher sa sportivité. Une sportivité à laquelle ses moteurs ne rendent pas hommage : on trouve sous le capot le 1.6 THP à deux niveaux de puissance (156 et 200 chevaux) et le 2 litres HDi de 163 chevaux qui, avouons-le, ne fait pas rêver sur ce type de voiture. Certes, la puissance ne fait pas tout, mais avec 1 349 kg sur la balance, le rapport poids/puissance n’est pas le plus intéressant qui soit !

Une Française à l’accent autrichien

Cela n’empêche pas le RCZ de se faire tranquillement sa place. Comme à la grande époque du 406 Coupé, ce produit hors normes est fabriqué chez un sous-traitant. Cette fois-ci cependant, ce n’est pas Pininfarina qui s’y colle mais les Autrichiens de chez Magna-Steyr, à Graz. Songez donc que votre RCZ a été produit à côté d’une Aston Martin Rapide (avant que la firme anglaise ne relocalise sa production à Gaydon) ! Mais revenons à la version qui nous intéresse aujourd’hui : le RCZ-R. C’est en 2014, soit presque 4 ans après le lancement, que le coupé français s’offre enfin du muscle. Malgré la tempête que traverse PSA à l’époque, Peugeot Sport retravaille le 1.6 THP pour en gonfler l’écurie. Si la course aux chevaux n’est pas une fin en soi, quand on dispose d’un châssis aussi précis et rigoureux, il est dommage de ne pas proposer plus !

C’est ainsi que le RCZ-R propose dès lors 270 chevaux. Si, chez Peugeot, on sait qu’on n’en vendra pas des masses, on a en tout cas une idée derrière la tête : la 308 GTi (deuxième du nom) qui s’annonce et qui disposera exactement du même bloc. Le RCZ-R fait, en quelque sorte, figure de laboratoire pour la future petite bombe sochalienne. La presse salue les performances du coupé français qui, en plus, bénéficie du facelift de 2012 lui enlevant un peu sa trop grande ressemblance avec la première génération de 308. En somme, 2014 sonne comme l’année de la maturité pour le RCZ qui, enfin, dispose d’une gamme large et valorisante à son sommet.

Une RCZ-R au niveau, mais sacrifié sur l’autel de la rentabilité

Malheureusement, malgré toutes les qualités de cette ultime version du RCZ, l’heure n’est plus vraiment à la fête chez Peugeot. Après avoir frôlé la faillite en 2013, PSA se résout à changer de stratégie et fait appel à Carlos Tavares pour remplacer Philippe Varin. L’heure est grave, l’État français a dû venir au chevet du malade, tout comme le groupe chinois Dongfeng et, pour sauver le groupe PSA, il lui faut un remède de cheval. Certes, les orientations prises par Varin sont bonnes et semblent emmener PSA dans la bonne direction (montée en gamme de Peugeot, développement d’une nouvelle 308 prometteuse) mais il faut parfois changer de cavalier pour relancer la monture. Tavares, malgré son attirance pour le sport automobile (il avait fait partie des ardents défenseurs de la relance d’Alpine chez Renault), prend vite conscience qu’il faut rationaliser la production et décide de miser plutôt sur la nouvelle 308 et sa déclinaison GTi que sur le RCZ-R, isolé et bizarrement mal placé dans la gamme (il reste pour l’instant le seul modèle de l’ère moderne de Peugeot à ne pas avoir de numérotation).

La décision est donc prise d’arrêter le RCZ et, par ricochet, l’excellente version RCZ-R. L’ensemble des moyens sont désormais destinés à la 308 II qui doit relancer le groupe. En avril 2015, le patron de la marque de l’époque, Maxime Picat (qui sera ensuite remplacé par le bouillant et chaleureux Jean-Philippe Imparato), l’annonce : le RCZ ne passera pas le printemps. Le RCZ-R n’aura pas eu vraiment le temps de se faire une place et seuls 3 054 exemplaires auront été produits (sur les 67 915 RCZ fabriqués en Autriche). La décision d’arrêter le RCZ se comprend : la sous-traitance ne permettait pas d’atteindre les nouveaux objectifs de rentabilité, d’autant que ce véhicule “à part” dans la gamme n’apportait pas tant que cela en termes d’image de marque. Si on peut le regretter, l’avenir aura donné raison à Tavares : PSA est aujourd’hui un champion de la rentabilité. Enfin, les nouvelles normes et objectifs de rejets de CO2 condamnent aujourd’hui les initiatives de ce genre pour les constructeurs généralistes. Peugeot revient ainsi à du plus “classique” avec une 508 PSE hybride qui vient de rafler au RCZ-R le titre de Peugeot la plus puissante !

Aujourd’hui, le RCZ-R est au creux de la vague : encore relativement récent, il entre dans la catégorie occasion plus que collection, surtout qu’il n’a pas l’image d’une Porsche ou même d’une Audi. C’est peut-être cela qui devrait attirer votre attention. Avec ses 270 chevaux, il offre des performances de premier plan tout en étant plus abordable qu’une Alpine à la puissance comparable (mais pas l’architecture). En outre, ce modèle est rare (à peine 3 000 unités) tout en restant très valorisant. Enfin, si vous n’arrivez pas à trouver ce Graal, vous pourrez toujours vous rabattre sur le large choix des versions inférieures : le THP 200 peut être une alternative intéressante. Sinon, sachez qu’un concept de RCZ-R Bimota fut présenté en 2015, avec 304 chevaux sous le capot : resté sans suite !

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