Simca 1204 USA: la frenchy de Chrysler !

Lundi 22 juin 2015
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J’ai un souvenir fugace de la Simca 1100. Pourtant je n’étais pas bien vieux, mais je me souviens d’être monté dans celle de mon grand oncle Marcel, qui est mort en 1979. Autant dire que mes souvenirs automobiles remontent à mon plus jeune âge, étant né en 1975. A moins que je ne l’ai rêvé ? Non j’en suis sûr, je suis bien monté dans sa 1100. Je ne sais pas pourquoi sa voiture m’a marqué ? Sans doute parce que la 1100 est un excellent exemple de ce trait d’union entre les années 60 et les années 80, ces voitures que j’ai connu jeune, et qui n’étaient pas encore rares dans la circulation quotidienne (au contraire, la Simca 1100 a été l’une des voitures les plus vendues des années 70, avec 2 188 743 exemplaires vendus).

Pourtant dans ma tête, Simca est déjà une marque du passé. Lorsque je commence à m’intéresser à l’automobile plus sérieusement qu’à 4 ans, Talbot a pris sa succession, et propose des modèles très « eighties » avec l’Horizon (lire aussi: Talbot Horizon), la Samba ou la Tagora (lire aussi: Talbot Tagora). La 1100 a donc pour moi une place particulière, presque contemporaine mais appartenant déjà à un autre monde. Je vous en parlerai plus en détail, mais comme vous le savez, j’aime voir l’histoire par le petit bout de la lorgnette, aussi vais-je vous parler aujourd’hui de l’un de ses dérivés, peu connu du grand public : la 1204 USA.

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Rappelez-vous ! A la fin des années 50, le gouvernement français, à la recherche de devises, encourage (voire oblige) les constructeurs français à exporter. A l’époque, l’eldorado automobile n’est pas la Chine, comme aujourd’hui, mais bien les Etats-Unis ou des millions de voitures se vendent chaque année. C’est donc tout naturellement à la conquête de l’Ouest que partent les constructeurs français. Seulement, cette conquête n’est pour aucun d’entre eux une décision stratégique, mais bien une obligation, ce qui explique peut-être le manque de préparation, ou le peu d’enthousiasme, pour convaincre une clientèle américaine exigeante d’acheter un modèle français.

Chez Simca, en cette fin des années 50, la situation est assez paradoxale. Issue de Fiat, la marque de Poissy s’est américanisée en rachetant Ford France, et sous l’impulsion de son flamboyant patron Henri Pigozzi. Dans la production française, Simca est le plus américain des 5 grands constructeurs. D’autant qu’en 1958, Chrysler s’invite au capital en rachetant les dernières parts de Ford et un peu de flottant pour monter à 25 %. Paradoxalement, les modèles Simca très « américains » se vendront très peu aux Etats-Unis. Rentrant directement en concurrence avec des modèles américains, l’Aronde et l’Ariane ne se vendront qu’à quelques centaines d’exemplaires. Mais tout va changer en 1962. Chrysler prend la majorité du capital, décidé à faire de Simca sa tête de pont en Europe, tandis que la marque française lance sa petite 1000, à moteur arrière (en octobre 1961).

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Enfin, Simca dispose d’une voiture intéressante pour attaquer le marché US. Cela vous étonne ? Et pourtant, la raison est simple : le succès inattendue de la Volkswagen Cox aux States va créer une sorte de marché parallèle, celui de la petite voiture européenne chic à moteur arrière, qui cartonnera surtout dans les grandes villes de la côte Est, bourgeoise et tournée vers l’Europe, ou les mégapoles branchées de la côte Ouest (LA, San Francisco). Plus tard, ce marché s’élargira aux modèles originaux et distinctifs, dans lequel s’engouffreront les suédois Volvo ou Saab par exemple, le fameux marché des professions libérales et des professions intellectuelles supérieures (en gros, les snobs!).

Mais à l’époque, on en est pas encore là. C’est sous le nom de 1108 que la 1000 sera lancée aux States, mais elle ne rencontrera pas le succès escompté, avec des pointes à 15 000 exemplaires par an malgré la mise à disposition du réseau de « dealers » Chrysler/Dodge. Avec la 1100 qui se prépare, Chrysler croit (un peu trop tôt sans doute) à l’avenir d’une petite voiture low cost à hayon diffusée en masse aux Etats-Unis.

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Cette fois-ci, Chrysler prépare son coup, markete la voitures, propose une gamme complète (de la 3 portes au break, en passant par la 5 portes) et apporte un argument de poids : la voiture à moins de 2000 $ ! Elle conserve son sigle Simca, mais prend le nom de 1204, qui correspond simplement à la cylindrée exacte de son moteur. Drôle d’idée lorsque l’on sait qu’à l’époque, c’est presque la cylindrée qui est la plus importante, et qu’aux Etats-Unis, alors que la première crise pétrolière n’est pas encore passée par là, plus la cylindrée est grosse, plus on en impose. Surtout, le petit 4 cylindres est encore moins puissant que son homologue français, avec seulement 62 chevaux. En revanche, la 1204 n’est pas avare en équipements, mais souvent en option, faisant grimper le prix bien au delà des 2000 $ fatidiques (la climatisation notamment, ou la boîte automatique 3 vitesses).

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Lancée en 1969, la Simca 1204 porte les espoirs de Chrysler pour imposer aux Etats-Unis une marque accessible, aux accents européens, fiable et robuste. Une sorte de japonaise avant l’heure, mais il ne fait pas bon avoir raison trop tôt. La première année, seuls 7000 exemplaires Simca trouvent preneurs (dont quelques 1108), et comme la Berezina se doit d’être totale, 6000 ex sont vendus en 1970, et 2600 en 1971. En 1972, Chrysler jette l’éponge. Dommage car un an plus tard, la crise pétrolière changera la donne et aurait pu redonner un coup de fouet à Simca aux Etats-Unis.

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Paradoxalement, c’est à cette époque que la 1100 commence à cartonner en Europe et en France en particulier, ravissant la première place des ventes en 1972 ! En 1973, année record, ce sont presque 300 000 exemplaires qui sortent de l’usine de Poissy, ce qui n’était pas rien à l’époque. De toute façon, les nouvelles normes américaines instaurées en 1974 auraient été trop drastiques pour Simca, alors n’ayons pas de regrets.

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En 1977, Chrysler choisira une toute autre stratégie. Profitant des études de Simca pour lancer l’Horizon en France, la marque américaine décide d’en produire un dérivé sous ses propres marques (Dodge Omni et Plymouth Horizon), et ce alors qu’elle sait qu’elle va vendre sa filiale européenne (c’est Peugeot, poussé par le gouvernement français, qui rachètera Chrysler Europe en 1978). Ces « Horizon » américaines se vendront à 961 508 exemplaires. Comme quoi ? Elle eut même droit à sa déclinaison « Shelby » (lire aussi : Shelby GLH-S).

 

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5 commentaires

Benjamin

Le 22/06/2015 à 13:20

J’adore !

Paul

Le 22/06/2015 à 13:23

t’as intérêt 😉

Freditane

Le 22/06/2015 à 22:49

C’est marrant qu’elle ait gardé la même ligne ! D’ordinaire les « américanisées » se voyaient défigurées par des pare-chocs énormes pour correspondre aux normes en vigueur aux states !

Paul

Le 22/06/2015 à 22:59

Normal, les normes drastiques sont surtout arrivées après 1974… Avant, y’avait essentiellement le problème des phares sous vitre, mais qui ne concernait pas la Simca 1204 par exemple…

J2M

Le 24/06/2015 à 16:12

L’Omni-Horizon avait de tels pare-chocs, et elle était conçue (structure et esthétique) exprès pour les intégrer. J’en ai croisé une au Cap-Ferret en 78 ou 79 (une vraie, avec les plaque US !), et les pare-chocs étaient montés sur des supports amortis. Ca m’avait étonné !
Phares sealed-beam en format standardisé, pare-chocs à gogo, dépollution (même avec carbu), témoin de déficience de l’obligatoire double circuit de frein, triplex, tout y était.
Je conseille la lecture assez édifiante de « dangereuse à toutes les vitesses » de Ralph Nader, en Français. Agréable à lire et assez édifiant.
On lui doit tous ces gadgets et aussi (et surtout !) les cabriolets à arceau.

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