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Alpine A310 4 cylindres : celle qu’on adore détester, à tort !

PAUL CLÉMENT-COLLIN - 27 juil. 2022

Ne cherchez plus ! La plus belle voiture des années 70, c’était bien elle ! L’Alpine A310, sortie en 1971, était une merveille de design : un chef d’oeuvre qui sera malheureusement dénaturé avec le passage au V6 en 1976 (lire aussi : Alpine A310 V6). J’ai lu tout et n’importe quoi sur cette voiture : le début du déclin d’Alpine ? Allons, voyons, cette hypothèse ne tient pas à l’examen des chiffres : la Berlinette (1962-1976) s’est vendue à 7176 exemplaires (soit 448 ex par an en moyenne), l’A310 (en 4 et 6 cylindres, 1971-1985) à 11 484 ex (soit 717 ex par an de moyenne) et la V6 Turbo « GTA » (1985-1991, lire aussi : Alpine GTA) à 6494 ex (soit 928 ex par an)… Le vrai déclin intervient en fait avec l’A610 à partir de 1991 (lire aussi : Alpine A610). Alors ? Que reproche-t-on vraiment à cette A310 ?

A310 10

On lui reproche d’abord… de ne pas être une A110 ! Le parti pris d’Alpine, et c’est une décision courageuse je trouve, c’est de ne pas faire comme Porsche avec sa 911 : avec l’A310, on fait table rase du passé, et on propose une vision moderne de la petite sportive. Les fondamentaux restent les mêmes, mais la ligne, elle, est totalement en phase avec le futur automobile. Ramassée mais élancée, la « nouvelle » berlinette dispose d’une rangée de phares sous verre, le tout dessiné par Michel Beligond : une vision très pompidolienne, ce qui, peut-être, ne lui sera jamais pardonné dans une France qui regrette de Gaulle, l’A110 (qui lui survit pourtant) et qui a tendance à toujours regarder le passé ! D’autres exemples existent : la Citroën CX ne remplacera jamais dans les cœurs la DS, alors qu’objectivement, elle était bien meilleure en tout : cependant, elle n’était pas la première de la lignée, et seul l’aînée, en France, mérite les superlatifs, tandis que les cadets galèrent pour exister.

A310 08

Ainsi va l’histoire de l’A310 : malgré ses qualités, sa ligne époustouflante, et ses chiffres de vente bien meilleurs que l’A110, elle sera toujours « moins considérée » que sa grande sœur, auréolée de ses victoires en rallye, et de son droit d’aînesse… Ce mythe est aujourd’hui entretenu savamment par les gardiens du temple, ceux qui savent (ou croient savoir) et qui imposent leur loi à tous les autres : interdictions de toucher à la berlinette, et interdiction de dire que l’A310 était une réussite, meilleure que l’A110 en tous points !

A310 11

Il faut dire aussi que l’A310 paiera au prix fort un statut usurpé de « voiture Renault »… Lancée en 1971, elle devance largement la prise de participation majoritaire de la Régie (en 1973). Mais elle naît en une période troublée : grèves à Dieppe, comptes dans le rouge, et lancement prématuré (qui entachera la réputation de la marque, car c’est bien connu qu’en automobile, on paie cash la précipitation). Rajoutons à cela une crise pétrolière qui tombe mal (et d’une certaine manière, heureusement que Renault était là, quoi qu’en disent certains puristes). Alpine aurait-elle pu survivre jusqu’en 1995 sans Renault ? Nul ne le sait, mais voilà, Renault (qui fournit pourtant depuis 1955 Alpine, lire aussi : Le vrai berceau d’Alpine est dans le 18ème arrondissement !), c’est « pas bien ».

A310 12

On reproche aussi à l’A310 sa « montée en gamme ». En 1971, à sa sortie, elle est sans doute plus lourde que l’A110, mais aussi plus puissante (1,6 litre et 125 ch pour l’A310 « VE »), et reste dans la catégorie des petites voitures sportives et relativement légère. Ce n’est qu’en 1976, avec le passage au V6, qu’elle s’embourgeoisera vraiment (et encore). Et quand bien même ? Elle se vendra très bien aussi avec 6 cylindres !

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L’erreur de Jean Rédélé et de Renault sera peut-être de faire vivre la berlinette trop longtemps, et de la laisser cohabiter avec l’A310, renforçant les ayatollahs dans leurs certitudes : seule l’A110 trouvait grâce à leurs yeux, et l’A310 le paiera au prix fort. Puisque son design était avant-gardiste (un petit côté Vaillante Commando), il fallait aussi (peut-être) envisager de tuer la mère, pour laisser la fille se faire une place dans l’histoire.

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L’A310 va évoluer au fil du temps. Si les premières (VE, 1971-1973) disposaient du 1600 de la Renault 16, les suivantes (VF, 1974-1976) récupéreront le moteur de la Renault 17, avec l’injection. La puissance ne gagne que 2 petits chevaux (127) mais l’agrément de conduite est largement supérieur. La version VG (1976) quand à elle, se voulait « accessible », avec seulement 95 ch ! Elle ne sera produite qu’une année, avant le passage au V6 (ce qui en fait sans doute la plus rare des A310, avec environ 386 exemplaires entre 1975 et 1976) : une voiture très Boîtier Rouge, mal aimée d’une gamme déjà mal aimée !

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On peut reprocher l’embourgeoisement de l’A310 en passant au V6, mais là encore, les chiffres donnent tort aux partisans de cette thèse : en 1976, on vend 329 A310 4 cylindres (et 140 V6) ; avec la disparition des 4 cylindres et des A110, l’A310 V6 se vend à 1220 exemplaires en 1977 ! Le vrai reproche que je ferais à cette version V6 : avoir tué les versions 4 cylindres qui auraient pu continuer à « compléter » la gamme par le bas et surtout s’être grimée avec un design bien moins pur, abandonnant notamment cette face avant si fantastique (cet alignement de feux sous verre) et récupérant des appendices aérodynamiques lui donnant anachroniquement un air de tuning !

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Avec la présentation de la Vision cette année (préfigurant une « A120 » toute proche (lire aussi : Alpine Vision Concept), une question me taraude : pourquoi, malgré un design plutôt réussi, ce nouvel opus de la saga Alpine n’arrive-t-il pas à me convaincre totalement ? C’est en écrivant ces lignes que je viens de comprendre : il entretient un mythe un peu usurpé d’une A110 au dessus du lot et d’une A310 ratée. Alors que l’A310 représentait (et représente un peu encore) le futur et l’A110 le passé. Alors que l’A310 inaugurait une ère industrielle chez Alpine, tandis que l’A110 fleurait bon l’artisanat. En fait, Renault, avec son A120 Vision, ne fait pas preuve de « vision » stratégique justement, mais ne fait juste qu’écouter les partisans d’un « c’était mieux avant », en leur servant la soupe qu’ils attendent, mais qui les décevra inévitablement car  « ce ne sera pas une A110 », tout bêtement. La déception sera à la hauteur des ambitions de Renault.

Avouez que la version V6 est tout de même moins « pure » !

Sans refaire une A310 (je n’aime pas trop le « néo-rétro »), il aurait (peut-être?) fallu faire preuve d’audace et oser présenter un futur plutôt que resservir le passé. Et puisqu’il s’agit d’un véhicule de conquête, offrir une vision décalée de la sportive, plutôt que de jouer le consensus mou d’une A110 revisitée. L’A310, en ce sens, aurait pu être une source d’inspiration plus intéressante (sans pour autant la copier!). Mais que voulez-vous ? Je ne travaille pas chez Alpine, et on m’a pas demandé mon avis. Et puis vous savez quoi ? J’espère me tromper. En attendant, je rêve, à contre-courant, d’une A310 4 cylindres, avec ses phares typiques, sa gueule fluide et sa légèreté (oui oui, avec 825 kg pour la VF, et 840 pour la VE, on est quand même dans le TRES léger) : voilà une française qui mérite son titre de voiture la plus BR du siècle ! Sans compter sa rareté : 2340 exemplaires seulement !

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