McLaren McL 6GT : comme un retour aux sources
par Nicolas Fourny le 18 septembre 2026C’est peu dire que le dernier concept car McLaren a provoqué une surprise chez les bons connaisseurs de la marque – et aussi chez les autres, d’ailleurs, tant la McL 6GT ne ressemble pas à ses devancières. Et par surcroît, conçue comme un hommage à la mythique M6GT de 1969, dernière voiture conçue sous la férule de Bruce McLaren, l’auto ne se singularise pas seulement par son design, mais aussi par une fiche technique qui nous ramène trente années en arrière : un V8 dépourvu de toute hybridation et une boîte manuelle : voilà qui tranche singulièrement avec les sportives actuelles…

Bruce n’est pas mort
L’histoire des McLaren de route ne ressemble à aucune autre. Si l’on retrace l’historique de Ferrari, Lamborghini ou Aston Martin, et en dépit des difficultés financières fréquemment rencontrées par les deux dernières citées, leur linéarité saute aux yeux, avec une discontinuité dans la production pour ainsi dire jamais remise en cause. Il n’en va pas de même pour la firme de Woking, créée avant tout pour la course et qui, de longues décennies durant, a abordé la question des modèles routiers de façon singulière. Il y eut donc, tout d’abord, la M6GT, dérivant directement d’une voiture de compétition mais dont le développement s’arrêta net à la mort de Bruce McLaren, qui se tua à l’âge de 32 ans, un jour de juin 1970, au cours d’une séance d’essais sur le circuit de Goodwood.
De la course à la route
S’ensuivit une longue période de glaciation au cours de laquelle McLaren, sous la férule de Ron Dennis à partir de 1980, redevint totalement étrangère aux voitures de route, se consacrant entièrement à la compétition au plus haut niveau. Avec, en Formule 1, une impressionnante moisson à la clé : dix titres de champion du monde des constructeurs et treize titres « pilotes » entre 1974 et 2025. Associée à des motoristes tels que Porsche, Honda ou Mercedes, l’écurie britannique se hissa au niveau de la Scuderia Ferrari, qu’elle domina outrageusement jusqu’à la fin des années 1990. Entretemps, et de façon inattendue, l’ingénieur Gordon Murray, auteur des MP4/4 et MP4/5 de course, avait eu carte blanche pour concevoir la supercar la plus fantasmatique des années 90, j’ai nommé la F1 !


Deux salles, deux ambiances
Avec son habitacle à trois places et poste de conduite central, sa carrosserie aux exemplaires vertus aérodynamiques, lui permettant de se passer des appendices lourdingues chers à la Lamborghini Countach, son poids contenu et son V12 BMW de 627 chevaux, l’engin est immédiatement devenu un mythe à soi seul. Vendue l’équivalent de deux Ferrari F50 et lancée en pleine récession, en 1993, la F1 se vendit extrêmement mal, d’où une rareté qui, aujourd’hui, renchérit encore une cote devenue stratosphérique (comptez environ 12 millions d’euros). Et puis, après seulement 106 exemplaires de F1 produits et avec une victoire aux 24 Heures du Mans 1995 en poche, McLaren referma une nouvelle fois la parenthèse des voitures de route. Cette fois néanmoins, l’attente fut moins longue puisque, dès 2011, le constructeur remit le couvert – mais à une tout autre échelle cette fois. Avec la MP4-12C, c’en était fini des productions artisanales et ultra-confidentielles : il s’agissait désormais de s’attaquer frontalement aux « petites » Ferrari, c’est-à-dire aux berlinettes V8 d’entrée de gamme de Maranello.
Comme hier… ou presque
Par la suite, la 12C a fait des petits, si l’on ose dire. Et depuis quinze ans, McLaren n’a cessé de développer son catalogue, jusqu’aux supercars hybrides telles que la P1. Des autos à l’indéniable contemporanéité, ce que reflètent leurs caractéristiques comme leur design. C’est la raison pour laquelle la présentation de la McL 6GT, lors de la Monterey Car Week, durant l’été dernier, a suscité un tel étonnement. D’abord en raison de son style : l’auto ne ressemble pas du tout au reste de la gamme actuelle du constructeur ; elle s’efforce d’évoquer, au contraire, les galbes vintage de la M6GT, toutefois constitués de carbone. Et puis, surtout, en raison de détails propres à réjouir l’amateur : un V8 atmosphérique dépourvu de toute hybridation, une transmission aux roues arrière et une boîte manuelle à six rapports dont la sublimissime tringlerie visible depuis l’habitacle justifierait à elle seule l’achat de l’auto. À l’heure où ces lignes sont écrites, on n’en sait pas plus : la puissance, le couple, le nombre d’exemplaires prévus, sans parler du prix : tout cela viendra à son heure…


Post-scriptum : telle qu’elle est, la McL 6GT est, selon son constructeur, très proche de la voiture « de série » qui sortira d’ici deux ans. Par surcroît, le modèle devrait initier une nouvelle série de supercars encore plus exclusives que les McLaren « normales ». Souhaitons que le constructeur, qui traverse une passe difficile en ce moment, trouve dans ce projet les ressources nécessaires à son prochain rebond !



Nicolas Fourny


