Jaguar Type 01 : c’est à présent que tout recommence
par Nicolas Fourny le 20 octobre 2026Eh bien voilà, nous y sommes : après deux longues années d’attente, Jaguar vient de présenter la voiture censée incarner son renouveau – on pourrait même parler de renaissance car, à notre connaissance, il n’existe aucun autre exemple d’un constructeur automobile ayant supprimé la totalité de son catalogue afin de se consacrer à la conception et au lancement d’un modèle entièrement inédit et sans aucun rapport avec ses productions précédentes ! Avec la Type 01, second modèle 100 % électrique de Jaguar, la firme de Browns Lane entend séduire une clientèle nouvelle, et c’est pourquoi l’esprit de rupture a été poussé aussi loin par rapport aux anciennes Jag. Partons donc ensemble à la découverte d’un objet aussi déconcertant que fascinant…

Quatre-vingts ans d’histoire
Depuis sa création officielle en tant que marque en 1945, prenant alors la suite d’un label « SS » devenu difficilement utilisable pour les raisons que l’on sait, l’histoire de Jaguar a connu un destin contrasté. Le constructeur a ainsi vécu des périodes fastes, avec des succès notables en compétition – sept victoires aux 24 Heures du Mans – et, dans le domaine des voitures de route, plusieurs modèles ayant profondément marqué l’histoire de l’automobile, comme la Type E ou les berlines Mark II et XJ. Toutefois, Jaguar a également traversé de nombreuses vicissitudes, comme dans les années 1970, avant de connaître une renaissance inespérée, renforcée par son intégration au groupe Ford à partir de 1989. À cette époque, tout paraissait de nouveau possible pour la marque qui, au tournant du siècle, présentait une gamme complète et affichait de grandes ambitions.
Des ambitions contrariées
Il s’agissait alors, ni plus ni moins, que de s’en aller rivaliser directement avec les incontournables références germaniques – BMW, Audi et Mercedes, voire même Porsche – en déployant une ingénierie ambitieuse adossée à la puissance financière de Ford. On a donc vu apparaître une toute nouvelle XJ entièrement réalisée en aluminium, une X-Type censée faire de l’ombre à la BMW Série 3, ainsi qu’une gamme « grand tourisme » entièrement réactualisée. Puis Jaguar est entrée de plain-pied dans le XXIe siècle en inaugurant un design inédit pour son trio de berlines – XE, XF, XJ. Une prise de risque majeure alors que Ford, suite à la crise des années 2008-2009, était contraint de céder l’entreprise au groupe indien Tata Motors. Et qui ne s’avéra guère payante pour le félin britannique, lequel ne parvint jamais à se défaire de son statut d’éternel outsider, incapable, faute de moyens, d’inquiéter réellement les ténors du premium.


Un saut vers l’inconnu
De fait, rien n’y fit, ni l’arrivée d’une F-Type conçue comme une « tueuse de 911 », ni l’apparition de deux SUV a priori assez incongrus dans la mesure où Jaguar faisait partie du groupe JLR, au sein duquel Land Rover était en principe le spécialiste de ce type de véhicules, mais qui permirent néanmoins à la marque de garder plus ou moins la tête hors de l’eau plusieurs années durant, tandis que la XJ disparaissait sans descendance et que le duo XE/XF ne faisait plus que de la figuration dans les statistiques de ventes. On en était là quand les dirigeants de JLR, constatant l’impasse industrielle et commerciale dans laquelle se trouvait Jaguar, décidèrent de basculer dans la radicalité en tuant littéralement la marque… pour mieux la faire renaître, mais avec une tout autre identité, une philosophie inédite – et, conséquemment, une clientèle nouvelle, pratiquement sans aucun rapport avec les anciens jaguaristes, tribu constituée de vieux boomers de toute façon en voie de disparition accélérée. Ainsi, à l’automne 2024, assista-t-on à une campagne marketing destinée à lever le voile sur les substrats du « nouveau » Jaguar, et à la présentation du concept car Type 00, annonciateur du premier modèle de série de l’ère qui allait s’ouvrir. Et c’est peu dire que la campagne en question, totalement déconnectée de l’ancienne identité de Jaguar et accusée de wokisme, et le prototype lui-même furent accueillis plutôt fraîchement – à tel point que Gerry McGovern, chief designer de la firme, fut très vite prié de prendre la porte !
Les limites de la provocation
Deux ans plus tard, nous voici donc en présence de la Type 01, tout aussi disruptive qu’attendu. Nous avons affaire à une longue berline (5,23 mètres), plus basse que la moyenne (1,40 mètres, soit dix centimètres de moins qu’une Classe S), et présentant une physionomie délibérément brutaliste qui demeure difficilement tolérable pour beaucoup d’observateurs. Les amateurs de finesse esthétique sont clairement priés d’aller voir ailleurs : massive, voire même menaçante si vous avez un peu d’imagination, la nouvelle Jag évoque davantage la voiture tueuse du film Enfer mécanique que le coupé XJC de John Steed. À notre sens, c’est sans doute la partie arrière, dépourvue de lunette – le conducteur doit compter sur une caméra à la place du vitrage habituel – et encore plus granitique de la proue, qui est la plus discutable. On peut se demander comment va vieillir ce dessin qui semble conçu pour choquer plutôt que pour susciter l’admiration… Il en va de même à l’intérieur, où l’on trouve un mobilier de bord rappelant, par certains aspects, celui de la Rover SD1, l’ensemble étant volontairement ascétique et aussi chaleureux que la salle d’attente d’une clinique de luxe. Il paraît même que les concessionnaires Jaguar ont dû se fâcher pour obtenir que le cuir et le bois soient présents, car ces matières rétrogrades n’étaient pas prévues au départ ! En comparaison, la fiche technique de la Type 01 semble presque banale. 1030 chevaux, le 0 à 100 km/h en 3,2 secondes et 720 kilomètres d’autonomie : avec sa batterie de 118 kWh, cette GT s’inscrit sans éclat particulier dans les normes actuelles.



Post-scriptum : la révélation de la Type 01 de production n’a pas dissipé notre perplexité en contemplant cette machine dont les concepteurs se sont méthodiquement attachés à faire voler en éclats l’image traditionnelle de Jaguar. Affrontant avec un certain courage les quolibets et autres volées de bois vert qui fleurissent sur les réseaux sociaux, les responsables du projet ont fièrement annoncé que 50 000 clients potentiels s’étaient déjà fait connaître, prêts à débourser entre 150 et 250 000 euros pour prendre le volant de l’engin. La commercialisation effective d’icelui étant prévue début 2027, on saura vite si ces témoignages d’intérêt se traduisent en bons de commande…


Nicolas Fourny


